Id., id., du même, l4 janvier
rissaicnl pas au jour qu’il avait fixé; un autre avait été obligé de se faire circoncire pour avoir traité une femme turque malade; un autre avait dû prendre les purgatifs et les médecines préparés pour Pasvan. Et le successeur de celui-ci dut, dans sa maladie, se contenter cl’un médecin juif arrivé de Constantinople avec un sac de pilules propres à tous les maux. Il n’en était pas plus sûr de conserver son autorité à Widdin ; il avait épousé la veuve de Pasvan-Oglou, pour s’assurer l’influence et les richesses de cette famille. Mais le fils de Pasvan, âgé de i5 à 16 ans, espérait bien un jour s’emparer du pachalik, et autour de lui déjà les intrigues se nouaient, capables d’affaiblir toute autorité dans la région cl d’aider au progrès des Russes.
Mustapha le Bairactar était solidement établi à Roulchouk ; mais il s’y comportait comme un souverain indépendant. Il paraissait même fort indocile à l’égard du sultan Mustapha IV ; il avait dû son élévation à Sélim III et ne l’avait pas oublié; on lui attribuait des desseins ambitieux. Cela encore pouvait un jour être avantageux aux Russes. .
A Constantinople ils avaient conservé de nombreux et zélés partisans, plus actifs à mesure que l’influence française perdait du terrain. Presque tous les Grecs — plus d’un quart de la population de la ville — leur étaient dévoués, par sympathie religieuse, par haine des Français catholiques, par la persuasion que Napoléon était le principal obstacle à la chute de l’empire turc ; c’était la suite naturelle de l’agitation que le « projet grec » de Catherine II avait suscitée et entretenue parmi tous les sujets orthodoxes de la Porte. Le gouvernement russe avait des amis même dans le divan, même parmi les plus puissants ministres du sultan. Entre ceux-ci, il en était qui, conscients de la faiblesse de la Porte, estimaient dangereux de lutter contre le puissant empire voisin, et prudent de le désarmer et de s’accorder avec lui, en lui ôtant tout prétexte d’intervention ; il en était d’autres, plus nombreux, qui n’étaient pas insensibles .aux présents que le gouvernement de Saint-Pétersbourg leur faisait discrètement passer. Les uns et les autres étaient des ennemis plus ou moins déclarés de J’influence française ; par les déceptions
LES RUSSES EX MOLDAVIE
qu’avait produites à Constantinople le traité de Tilsit, ils retombaient naturellement dans la conviction que les mystérieux desseins de Napoléon étaient très redoutables; ils se retrouvaient dans l’état d’esprit où les avait mis jadis l’expédition d’Egypte. Ils se défiaient de nouveau. Le plus influent de ces ennemis de Sébastiani était le reis-effendi lui-même, Ilalct, qui ne se lassait point d’attribuer au gouvernement français les plus sinistres intentions.
C’est pourquoi les Russes n’abandonnaient rien de leurs entreprises ; les conséquences du traité de Tilsit étaient exploitées par eux très habilement ; ils reprenaient pas à pas toutes les positions politiques qu’un moment l’ambassade de Sébastiani leur axrait lait perdre. Dans le temps où Napoléon occupait le Portugal et préparait l’annexion de l’Espagne à son empire, ils gardaient la Moldavie et la Valachie, et, d’un mouvement en quelque sorte parallèle, poussaient leurs avantages du Danube jusqu’au Bosphore.
Ils appréciaient trop nettement l’intérêt de cette situation pour la compromettre par une paix hâtive qui aurait coupé court à leurs constants progrès. Ils faisaient au contraire tous leurs efforts pour en retarder la conclusion, et les négo dations ouvertes à Paris n’avançaient pas ; c’est à peine si elles étaient entamées. L’armistice avait été signé ; cela leur donnait les profits du temps de paix ; ils faisaient valoir jusqu’au divan leur bonne volonté, se montraient disposés parfois à ouvrir des négociations directes avec la Porte, rejetaient les retards sur le gouvernement français, du moins sur l’éloignement de Paris L L’armistice n’avait pas été ratifié par le tsar : cela leur donnait les profits du temps de guerre, autorisait leurs mouvements de troupes, l’expédition des renforts, la poursuite de leurs intrigues en tous lieux. Ils ne demandaient que la continuation de cet état de choses ; l’eau trouble est bonne pour pêcher.
Pendant de longs mois, jusqu’à la fin de l’année 1807, Tolstoï s’était refusé, à Paris, à ouvrir des conférences pour la paix, sous prétexte qu’il n’avait pas reçu de Pétersboürg
1. Alt’, étr. Corr. de Turquie, Dépêche de Sébastiani, 28 janvier 1808.
les pouvoirs nécessaires. Muhib-effendi s’cn plaignait à Champagny, reprochait au gouvernement français de ne pas exercer la médiation qu’il avait promise au traité de TilsiL Enfin, le i3 janvier 1808, Champagny annonça à l’ambassadeur ottoman que le comte Tolstoï venait de recevoir de pleins pouvoirs pour traiter de la paix sous la médiation de la France1. Le 1 4 , les deux ambassadeurs se réunirent chez. Champagny, et la négociation fut inaugurée. Le ministre en informa aussitôt Sébastiani et le chargea d’en faire part à la Porte, en lui faisant espérer un prompt acheminement vers une paix définitive ; il joignit à celle nouvelle des observations qui devaient produire à Constantinople le plus déplorable effet : il laissait entendre que les négociations seraient peut-être longues à cause des distances ; il posait cette inquiétante question : Si les Russes voulaient garder la Moldavie et la Valachie, que ferait la Porte? Recommencerait-elle la guerre et serait-elle capable de la soutenir longtemps 2 ? — Que devait penser la Porte de ces questions que Sébastiani lui transmit avec le plus de discrétion possible? IN’était-ce pas une invitation détournée à renoncer aux provinces que les Russes occupaient? Quelle confiance devait-elle conserver aux engagements répétés que Sébastiani avait pris, au nom de son souverain, de garantir l’intégrité et l’indépendance de l’empire ottoman ? — Dans la même dépêche du i4 janvier, Champagny se plaignait de la conduite d’Àli-pacha et demandait si la Porte était capable de se faire obéir de lui ; et voici la singulière façon qu’il avait de calmer les inquiétudes du gouvernement turc : « La véritable source des inquiétudes de la Porte ottomane est bien moins dans les dispositions de ses voisins que dans sa propre faiblesse. Ce n’est pas à des plaintes sur l’ambition des autres, c’est à une bonne administration, c’est au soin de faire respecter son autorité dans l’intérieur qu’elle doit s’attacher. » Champagny avait peut-être raison de parler ainsi ; mais la Porte avait certainement raison de s’en alarmer.
Le 22 janvier enfin, Napoléon écrivait lui-même au sultan,
1 . Aff. étr. Corr. deTurquie, Chauipagnyà Muhib-efl'endi, i3 janv. 1808.