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Id.,icl., Champagny à Sébastiani, i4 janvier

LES RUSSES EN MOLDAVIE

en réponse à la lettre par laquelle Mustapha lui avait notifié son avènement ; il s’excusait du retard qu'il avait mis à cette formalité; il annonçait l’ouverture de la négociation avec la Russie ; il exprimait ses vœux pour la réconciliation de la Porte avec elle ; il invitait le sultan à porter désormais tous ses ciTorts contre les Anglais, avec tous les autres gouvernements européens. Le même jour, Champagny adressait au grand-vizir une lettre aussi insignifiante, dans le temps où l’absence de nouvelles précises sur la paix portait à son comble l'anxiété du gouvernement turc. En même temps, il donnait à Sébastiani des renseignements un peu moins vagues, aussi peu satisfaisants d’ailleurs : la communication des pleins pouvoirs entre les ambassadeurs russe et ottoman avait été encore quelque peu retardée; elle devait avoir lieu probablement le lendemain, 23 janvier, et les négociations pourraient alors commencer. Champagny indiquait la position que le gouvernement français était disposé à prendre à cet égard : le maintien de l’occupation russe en Moldavie et Valachie allait être évidemment un grave objet de discussion : « S. M. l’Empereur, écrivait le ministre, a bien voulu faire à cet égard des représentations à Saint-Pétersbourg ; mais fille a dû les faire avec les égards qu’on doit à un allié ; Elle 11e peut avoir la prétention ni le droit de régler entre les deux puissances leurs conditions de paix ; Elle usera de son caractère de médiateur pour les porter à se rapprocher l’une de l’autre et à tâcher de concilier des intérêts qui semblent si opposés. Mais il paraît nécessaire que les négociateurs des puissances belligérantes discutent eux-mêmes leurs prétentions et leurs intérêts avant que le médiateur intervienne dans cette discussion. » Champagny prenait déjà entre les adversaires en présence la position commode de Ponce-Pilate. 11 ajoutait : « L’Empereur a déjà beaucoup lait en facilitant l’ouverture d’une négociation; la lettre qu’il vient d’écrire à Sa llautesse est un nouveau témoignage d’intérêt. Vous pouvez la présenter sous ce point de vue. Cependant l’Empereur désire qu’il soit donné peu de publicité à cette démarche, qu’elle reste dans le secret du cabinet, et, si l’usage vous permet de ne pas présenter vous-même la lettre de l’Empereur, vous

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ferez beaucoup mieux de vous en absienir. Moins vous v mettrez île solennité et de publicité, mieux vous remplirez les intentions de l'Empereur, à qui plusieurs motifs font désirer que cette lettre 11c soit pas connue ; cependant il faut vous garder d’en affaiblir l’effet auprès de la Porte ottomane1. » La mission confiée à Sébastiani n’était pas des plus agréables. La diplomatie napoléonienne était manifestement dans l’embarras, parce qu’il fallait à la fois calmer les impatiences de la Russie et de la Porte. Le 22 janvier, Napoléon adressait une lettre aussi secrète que possible au sultan ; le 2 février, il adressait une lettre non moins secrète au tsar. Il n’est pas question ici de comparer l’éloquente lettre du 2 février aux banalités de celle du 22 janvier, il est bien évident que l’Empereur tenait plus alors à l’amitié de la Russie qu’à celle delà Porte. Du moins s’efforçait-il de retenir les deux. Ce n’était point une besogne aisée, et, dans de pareilles circonstances, il était dillicile que Sébastiani pût faire agréer sa demande de rappel : « La nécessité de votre présence à Constantinople, lui disait Cliampagny, a seule empêché que cette demande ne fût accueillie ; je la reproduirai dès qu’elle pourra l’être2. »

Le 23 janvier, Tolstoï et Muhib se rendirent chez Ghampagny pour échanger leurs pleins pouvoirs. Dans les pleins pouvoirs présentés par Muhib, il était fait allusion à l’armistice de Slobodzié. Tolstoï protesta, déclarant que cet armistice, n’ayant pas été ratifié, n’avait aucun caractère officiel . Muhib répliqua que cet armistice avait été signé d’un général russe, que cela du reste ne devait pas arrêter la marche des négociations pour la paix. Tolstoï voulut bien en exprimer l’espoir, mais ajouta qu’il avait besoin de nouvelles instructions de son gouvernement et demanda un nouveau renvoi des pourparlers. Muhib se plaignit de ce retard, en rejeta la responsabilité au plénipotentiaire russe, se dit immédiatement prêt à signer le traité qui pourrait être conclu. Cliampagny, le médiateur, ne dit rien 3.

1 . Aff. étr. Corr. de Turquie, Cliampagny à Sébastiani , 22 janvier 1808.

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