LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE L’ADRIATIQUE
laient toute la maison. Et David conseillait à un commerçant, qui voulait entreprendre des affaires avec la Bosnie, de s’abstenir; une telle entreprise ne pouvait avoir quelque chance de succès que dans un temps qu’il jugeait fort éloigné1.
David du moins fit une démarche auprès du caïmacan, l’assura que l’empereur Napoléon n’avait que des sentiments bienveillants pour les Bosniaques, mais se plaignit des outrages qu’avaient subis les deux sapeurs et du pillage de la maison de M. d’Avenat. — Le caïmacan offrit de lui livrer la tète des insultcurs. — Mais c’est la populace tout entière, répondit David, qu’il faudrait châtier. Sachez d’ailleurs, ajouta-t-il noblement, que les Français aiment mieux recevoir un coup de poignard qu’une insulte. — Le caïmacan. lui donna de bonnes paroles, non sans ironie, car on ne parlait dans son entourage que de la nécessité de chasser bientôt tous les Français ; on n’attendait pour cela que l’arrivée du nouveau vizir; on ne voulait plus tolérer parmi les musulmans aucun infidèle2.
Les insultes continuèrent. On voulut enlever au consul ses domestiques bosniaques, on les menaça de les pendre, eux et leurs familles. A ce moment, un consul était envoyé à Traunik par le gouvernement autrichien ; la population l’arrêta à Brod ; puis, grâce à des ordres de la Porte, il put passer la Save et arriver à Dervent. A cette nouvelle, l’alarme fut grande à Traunik ; comme on avait vu, peu de jours auparavant, un marchand juif partir pour Brod avec une lettre de David, on en conclut que David voulait ouvrir l’empire turc aux Autrichiens. Son drogman fut soumis à un interrogatoire devant le caïmacan ; le marchand juif fut recherché, sans doute pour être pendu. Le consul français demanda une audience au caïmacan ; l’heure en fut fixée d’accord ; David t s’y rendit ; le caïmacan ne vint pas et renvoya l’entrevue au lendemain ; David résolut de ne pas s’y trouver à son tour : « C’est, dit-il dans une lettre à Champagny, lancer une flèche à un tigre, je le sais ; mais, Monseigneur, on me
1. Alt’, étr. (iorr. de Turquie, Dépêche de David, \ février 1808.