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Id , id., du même, i5 février

trouvera toujours prêt à m’exposer à tout plutôt qu’à laisser avilir le nom français. » Sur ces entrefaites, le consul autrichien, resté à Dervent, demanda l’intervention du consulat |l français pour obtenir des passe-ports du caïmacan ; David dut lui répondre « qu’il ne pouvait rien sur ces bêtes féroces ». Les Bosniaques déclaraient que, s’il avançait, ils le massacreraient, lui et sa suite. En un mot, l’anarchie était complète ; le gouvernement n’était plus obéi de la populace et ne cherchait pas à l’être. Mais David ne faiblissait pas ; il était résolu à la conduite la plus ferme : « Pour les braver mieux encore, je vais renvoyer en France ma femme et mes enfants. Alors, entièrement libre, je ferai voir à ce mauvais peuple que notre courage égale notre douceur, et qu’un Français seul, mais appuyé sur le nom du grand Napoléon, a plus de force qu’ils n’ont d'insolence et plus de fierté qu’ils n’ont d’orgueil \ »

Enfin le nouveau vizir, Ibrahim-pacha, arriva à Traunik le 7 avril et parut animé à l’égard des Français des meilleures dispositions. Le premier drogman du consulat,

M. d’Avenat, envoyé pour le saluer, fut admirablement accueilli et entendit d’aimables discours : « Les Anglais, lui dit le vizir, ont été assez fous pour essayer de nous faire ' changer d’alliance et de politique. Mais ni leurs ruses ni leurs menaces n’ont pu rien sur nous. Que nous importe . l’Angleterre ? Les Anglais ne sont pour nous que des \ marchands qui nous apportent du drap et auxquels nous donnons de l’or. Quel mal peuvent-ils nous faire? Nous i prendre quelques misérables des de l’Archipel ? Mais ils n’oseront jamais nous attaquer sur le continent. Il n’en est pas de même des Français. Ils peuvent nous faire ou beau- l coup de mal ou beaucoup de bien. Notre union avec eux fait notre force et la leur ; elle est pour nous un principe invariable. »

Le 12 avril, David à son tour fut reçu en audience solennelle et fut l’objet des plus grands honneurs, comme au temps du regretté pacha Méhémet. Huit cawas et quatre chiaoux.

i. AIT. étr. Corr. de Turquie, Dépêche de David, 25 mars 1808.

LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE l’aDRIATIQUE 28Ô

lui amenèrent un cheval tout bardé d’or et lui annoncèrent qu’il était attendu chez le pacha. Accompagné du chancelier du consulat, M. Chaumetle-Desfossés, et des deux drogmans, il fut reçu au bas du grand escalier du palais par un maître des cérémonies et ses deux adjoints. Au moment où il arrivait, l’Itchoglanglar Bach-Agaci (gouverneur des pages) cria : « Gloire à Dieu ! Voilà notre ami, l’hôte de notre empereur! » Et le salut fut répété par toute la cour.

Le vizir, sortant des appartements intérieurs, entra dans le divan en même temps que le consul et lui lit signe de s’asseoir à la place honorable. Après avoir fait servir des conserves, du café et des pipes, Ibrahim renvoya la cour et David demeura seul avec lui. Pendant plus d’une heure, le pacha l’entretint de son aversion pour les éternels ennemis de la Porte et de la France ; il rappela qu’il était à Constantinople l’année précédente au moment du passage des Dardanelles par les Anglais, et s’exprima à leur égard « avec une énergie d’idée qui paraissait venir du cœur ». 11 dit entre autres choses : « Les Anglais veulent fonder un empire sans solidité en se rendant les dominateurs des mers. Je les compare à un animal hydrophobe qui entrerait dans la vaste cour de mon palais. 11 courra dans tous les sens sans y trouvera manger cpie des pierres ; mais il ne viendra jamais jusqu’à mon divan où il serait exterminé. De même, les Anglais pourront bien rester seuls navigateurs dans nos mers désertées ; mais nos côtes les i repousseront et au lieu d’y trouver des secours contre la famine et les tempêtes, ils n’y trouveront que la guerre. »

Le pacha exprima au contraire la plus vive admiration pour l’Empereur et Koi. Puis on apporta le sorbet, l’eau de senteur, les cassolettes d’aloès ; et, lorsque la mission française pr it congé du vizir, David fut revêtu d’une magnifique pelisse de samour, M. Chaumettc- Desfossés d’une hermine, M. d’Avenat delà pelisse réservée aux premiers interprètes, et le drogman bosniaque d’une capote rouge; et, dans le moment où le Capidjilar kehayaci, c’est-à-dire le premier maître des cérémonies, leur couvrait les épaules de ces ornements somptueux, le Capidjilar-Ayaci cl les deux Itch-Alay Tchavouslare, c’est-à-dire le chef de l'état-major et scs lieu-

tenants, criaient par trois lois : « Par la grâce de Dieu, voilà les marques d'honneur que notre gouvernement accorde à ses illustres hôtes. »

David fut profondément touché de ces preuves d’amitié ; il était fier de cette cérémonie, sans exemple, disait-il, dans les consulats généraux du Levant ; car la pelisse d’honneur n’était accordée qu’aux ambassadeurs, et même seulement à leur première et à leur dernière audience. Tout cela, qui était bien fait pour corriger et contenir la malveillance des habitants, le consul l’attribuait à l’habileté de M. d’Àvenat, le médecin interprète, auquel justement le pacha, n’ayant pas amené de médecin, venait de confier « l’intendance de sa santé ». En récompense, David demandait au gouvernement impérial, pour M. d’Àvenat, le titre de premier interprète de consulat général de Bosnie1.

Ces grandes joies furent courtes; la bonne volonté du paclia manqua d’une qualité qui lui eût donné encore plus de prix; elle n’eut pas la constance, et le consul général de Bosnie connut encore des jours amers : il en souffrit davantage, ayant goûté les douceurs de l’amitié et senti l’agréable poids des pelisses d’honneur.

Au mois de juillet suivant, David fut chargé par le gouverneur de Dalmatie de se plaindre que des bandes turques avaient pillé quelques villages sur le territoire dalmate, aux environs d’Imoschi et de Makarska : « Que voulez-vous que je fasse pour ces guerres de frontières, s’écria le vizir? Elles ont existé de tout temps. Vous pouvez agir comme ont constamment fait les Autrichiens : lorsque les Turcs enlevaient des bestiaux ou tuaient quelques hommes aux Croates, ceuxci se jetaient à leur tour sur nos terres, les pillaient et massacraient tous ceux qu’ils rencontraient. Ce n’est pas pour des bagatelles pareilles que deux grands Etats cessent d’être amis2. » Il semble d’après cela que le nouveau pacha de Bosnie avait au plus haut degré l’orientale vertu de l’insouciance. Le malheur est qu’il la manifesta aussi lorsque la population

1. Air. étr. Corr. de Turquie, Dépêche de David, i3 avril 1808.

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