Id., id. , du même, 26 juillet
Dans le temps où Sébastiani avait tant de peine à maintenir ses relations avec la Porte, où les rapports se tendaient extrêmement entre Ali-pacha et les Français de Corfou, entre les Bosniaques et le consulat de Traunik, le dey d’Alger traitait aussi les Français en ennemis, les dépouillait de leurs concessions sur la côte de La Calle, donnait la chasse aux corailleurs et aux autres bateaux marchands, retenait en esclavage des Génois, des Corses, des Italiens, riait des menaces que le gouvernement impérial lui faisait adresser1. Ailleurs les religieux de la Palestine, depuis longtemps tranquilles, étaient de nouveau maltraités et menacés ; Champagny était obligé de les recommandera la vigilante protection de Sébastiani 2.
Partout, tout ce qui se rattache à la France excite chez les musulmans la haine ou au moins la défiance. Tous les bruits malveillants répandus par les ennemis de Napoléon sont écoutés, accueillis, répandus, grossis de bouche en bouche. Un médecin arrive à AN iddin pour soigner le pacha ; Mériage découvre que c’est un Anglais qui vient des vaisseaux de l’archipel; il le fait renvoyer à Routchouk et tenir en surveillance. Avant de partir, le personnage a raconté des nouvelles : que la paix est impossible entre la Porte et la Russie ; que Napoléon veut la Morée, Chypre, Candie ; que les Russes s’étendront jusqu’au Danube ; mais que les Anglais s’établiront en Egypte où ils ont beaucoup d’amis parmi les chefs des Mameluks3. A Routchouk, il continue son œuvre de démoralisation ; partout où il passe, des bruits de guerre se répètent, émeuvent profondément les populations qui se persuadent qu’en vérité les grandes puissances chrétiennes sont sur le point de donner à l’Islam un furieux assaut.
En ce temps là justement, le chancelier russe, M. de Rou-
1. Air. étr. Corr. de Turquie, Champagny à Sébastiani, 5 février 1808.