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S. Tatislchef, Alexandre Ier et Napoléon, 3 1 1 , note

court à l’Empereur1. 11 fui bien entendu dès le début que ces entretiens ne pouvaient avoir qu'un caractère provisoire, qu’en tout état de cause ils ne devaient pas aboutir à un contrat quelconque, que Napoléon réservait une véritable négociation à une entrevue qu’il devait avoir personnellement plus tard avec le tsar. Les Russes tentèrent souvent d’établir un accord sur certains points reconnus comme acquis ; Caulaincourt refusa de se prêter à quelque engagement que ce fût. Il y cul d’intéressantes discussions, rien qui ressemble à une conversation diplomatique en vue d’un résultat ; ce ne furent que des entretiens, comme à Tilsit ; ce fut la continuation par Caulaincourt des séduisantes paroles de son souverain.

Alexandre Ier admit d’abord qu'il ne fût point question de Constantinople, que, si elle était enlevée au sultan, elle fût établie en une sorte de ville libre, de petit état neutre. Puis Caulaincourt et Roumiantzov se mirent à partager, à envisager toutes sortes d’hypothèses, l’hypothèse d’un partage restreint, puis l’hypothèse d’un partage intégral de toute la Turquie d’Europe, puis l’hypothèse d’un partage de tout l'empire ottoman en Asie comme en Europe. Ce fut un beau débat, non pas très passionnant, puisqu’il était établi qu’il ne pouvait aboutir à rien, une sorte de discussion académique, assaisonnée de temps en temps de fines remarques, un jeu d'esprit de la plus exquise courtoisie ; on ne peut se défendre, à certains endroits, de penser que Caulaincourt s’amuse ; le chancelier russe discutait plus sérieusement.

Roumiantzov, rappelant les paroles de Tilsit, demanda pour la Russie la Moldavie, la Valachie, la Bulgarie; Caulaincourt admit que ce devait être le lot de la Russie, et réclama pour la France, l’Albanie, la Morée, Candie. On s’entendit moins bien sur la Serbie, que le Russe demandait pour lui, que le Français demandait pour l’Autriche, car ils étaient d’accord que les deux empires alliés ne pouvaient pas être de trop proches voisins ; ils voulaient être unis, mais de loin. Roumianlzov alors proposa que la Serbie fût attribuée à un archi-

i. Rapports et lettres de Caulaincourt du 26 février au if) mars 1808. Ces pièces ont etc publiées par M. Vandal dans la Revue d'histoire diplomatique, Ie1' juillet 1890.

duc autrichien, qui épouserait une grande-duchesse russe, laquelle grande-duchesse étant de religion grecque serait fort bien accueillie des Serbes, orthodoxes aussi; leurs enfants, pour cette raison religieuse, seraient élevés dans la religion grecque : on ne dit point quels seraient au juste le père et la mère de ces enfants. Caulaincourt écoutait cela avec intérêt et ajoutait : « J’abonde dans votre sens ; au reste, vous savez que je n’ai pouvoir ni pour vous accorder ni pour vous refuser1. » Dans ces conditions il pouvait tout écouter.

Encouragé, le chancelier demanda Constantinople. Caulaincourt se récria, fit. valoir la gravité de la question : « Quelle position, on peut dire, sur deux parties du monde ! Ce sont de ces idées avec lesquelles il faut se familiariser pour oser en parler! » Deux ou trois jours après, il était familiarisé, et consentait qu’en effet Constantinople ferait bien dans le lot de la Russie, mais estimait qu’il fallait un équivalent dans le lot de la France, que ce ne pouvait être que les Dardanelles. Roumiantzov ne voulut point l’admettre : Constantinople sans les Dardanelles ne pouvait avoir aucune utilité ; la France aux Dardanelles pourrait encore fermer la Méditerranée aux Russes. C’était bien ce que prétendait le gouvernement français ; il ne voulait pas laisser la Russie étendre son influence sur les pays du Levant ; ç’aurait été de sa part une véritable abdication ; des gouvernements moins puissants que celui de Napoléon Ier s’y sont depuis toujours refusés. Là était en effet le nœud de la question ; il était insoluble. Cela seul suffirait à marquer le caractère oiseux des Entretiens de Saint-Pétersbourg. Il fallut laisser cette question sans solution, la réserver à l’entrevue des deux souverains; cette réserve était bien inutile; une entrevue quelconque, dans quelques circonstances que ce fût, ne pouvait trancher ce nœud. On se contenta de résumer en deux colonnes les idées du chancelier russe et celles de l’ambassadeur de France; ce fut l’objet de la dernière conversation, celle du 12 mars 1808 2. Caulaincourt répéta au tsar

1. Rapport n° 20. — Cf. Vandal, Napoléon et Alexandre Ier, I, p. 28g.

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