Correspondance de Perse, 21 janvier
Quand j'aurai le premier ordre, je serai à celle du Soleil1. »
Le grand-vizir Mirza-Chefy profite du départ d’Asker-khan, envoyé en ambassade à Paris, pour ouvrir avec Champagny une correspondance amicale; il se félicite de cette « circonstance favorable pour dévoiler aux yeux de Votre Excellence les charmes et appas de la nymphe de l’amitié que nous lui avons vouée2 ». Le schah serait heureux d’envoyer auprès de Napoléon son plus jeune fils, âgé de six ans, pour recevoir à Paris une éducation française, ou du moins il réserve à son grand ami une garde d’honneur de 60 cavaliers persans, armés de lances, de boucliers, couverts de cottes de mailles, montés sur des chevaux entiers, ajoute Gardane, qui seraient utiles aux haras français.
Plus tard, quand l’été fut venu et que le schah alla passer quelque temps à sa résidence de Sultanié, Gardane fut du voyage, et eut le long de la route de fréquents entretiens avec le souverain. C’est là que, le i5 août, fut célébrée solennellement la fêle de Napoléon ; il y eut de brillantes manœuvres des troupes nouvelle nont organisées à Tauris par le capitaine Verdier. 11 y eut un Te De uni, des salves d'artillerie; le second drogman, de Nerciat, composa pour la circonstance des strophes poétiques. Peu de jours après, on fêta aussi l’anniversaire de la naissance de Feth-Ali, qui regardait comme « une prédestination céleste le rapprochement de ces deux époques ». — « Grâce au Dieu sublime el très saint, écrivait le schah à Napoléon, toutes les affaires de la Perse coulent au gré des souhaits de notre cœur affectueux, et la coupe des intentions de l’amitié contient à pleins bords le nectar du succès 3. »
Cependant la mission travaillait beaucoup, avec une sorte de fièvre ; Gardane n’oubliait pas que Napoléon lui avait donné quatre mois pour étudier la Perse, et se persuadait sans doute que l’année ne s’écoulerait pas sans que la grande entreprise de l’Inde fût commencée. En vérité il fut, avec ses
1. Leltre de Fabvier à son frère (article cité de M. Debidour).