‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 146 sur 201 · Correspondance de l’erse, 23 février · texte numérisé non relu

Correspondance de l’erse, 23 février

pienne est aux Russes, qui apportent par Astrakhan des couteaux, des ciseaux et autres « clincaillerics ». Les affaires se font, à l’intérieur, surtout par les Arméniens, qui sont malheureusement « portés par nature à la fraude1 ». Gardane pourtant ne désespère pas qu’on puisse établir une route commerciale par Bagdad, Alep et Alexandrette vers la Méditerranée ; mais il faudrait que le pays turc fût plus sûr.

Le cardinal Fesch voulait être éclairé sur la situation des chrétiens dans ces régions ; Gardane lui répond qu’il n’y a presque plus de catholiques en Perse. Il y a quelques Nestoriens dans les montagnes de l’Azerbaïdjan ; leur couvcnL principal est à Mardine ; ils ont une grande liaine des Turcs, beaucoup d’affection pour les Français ; il y aurait quelque intérêt à s’unir avec eux2. D’autre part les quelques chrétiens que Fabvier connut à Ispalian ne lui inspirèrent aucune estime; ce n’étaient que des marchands sans conscience ou des prêtres sans tenue ; quelques moines arméniens y menaient une vie si peu édifiante qu’il préférait n’en pas parler ; le Père Joseph, un missionnaire catholique dont Fabvier entendait la messe chaque dimanche, n’était qu’un « vieil ivrogne assez méprisable3 ».

La mission avait avant tout un intérêt militaire, et Gardane y apporta tous ses soins. Il fallait instruire l’armée persane à l’européenne pour qu’elle fût une digne avant-garde de la future expédition française. Il y avait fort à faire à cet égard.

La cavalerie était assez bonne ; elle comptait 1 44 ooo hommes, peu disciplinés, mais excellents cavaliers. — Il y avait 60000 hommes d’infanterie ; mais ils n’avaient aucune valeur ; ils étaient armés de vieux fusils très lourds, qu’il fallait appuyer, pour viser, sur une longue fourchette à charnière. L’artillerie n’existait pour ainsi dire pas; il y avait 2600 artilleurs ; mais leurs vieux canons étaient traînés par des boeufs ; les boulets éclataient presque toujours en sortant de

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