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LES TRAVAUX DE LA MISSION GARD ANE

la bouche, et tuaient plus de Persans que d’ennemis. Il y avait aussi un certain nombre de fauconneaux, du calibre de i 1/2, portés par des chameaux: à un signal de son conducteur, le chameau s’agenouille, on tire, le chameau se relève ; la hèle porte aussi deux sacoches pour la poudre et les balles ; elle est à la fois l’affût et le caisson ; mais si elle est blessée, elle devient furieuse, se précipite à travers la troupe, y jette le désordre, et cela est le cas le plus ordinaire1. Il vaudrait mieux que le schah n’eût pas d’artillerie. Il n’y avait en Perse qu’un seul canon à peu près bon, il avait été pris aux Russes ; Feth-Ali en était très fier ; aussi le gardait-il près de lui, à la cour, et il s’amusait quelquefois à le pointer et à le tirer lui-même.

Pendant que quelques-uns des officiers de Gardane, notamment Verdier et Lamy, entreprenaient l’instruction des troupes d’Abbas-Mirza et s’efforçaient de constituer peu à peu un noyau solide de troupes disciplinées, le lieutenant Fabvier fut chargé d’établir à Ispahan une fonderie, et de construire 5o canons semblables à celui dont le schah était si fier2. Fabvier s’installa à Ispahan dès le commencement de février. Il n’y trouva rien qui put l’aider à accomplir sa tâche, aucun atelier, point d’ouvriers, point de matériaux, beaucoup de mauvaise volonté de la part des fonctionnaires royaux, surtout de ceux qui lui témoignaient ouvertement les meilleures dispositions. Il lui fallut tout improviser, se faire lui-même menuisier, charron, fondeur, déjouer les intrigues de ses ennemis cachés, veiller presque nuit et jour sur ses instruments pour qu’ils ne fussent point volés ou brisés, user d’audace et même de violence avec ses ouvriers secrètement payés pour faire manquer sa besogne, lutter personnellement contre le gouverneur Hadji-Mohammed-Hussein-khan, pour avoir le moyen d’achever ses travaux. Il est incroyable qu’il ait pu vaincre tous ces obstacles et construire en cinq mois une vingtaine de canons. Il eut la grande joie de célébrer, le if>

1. Correspondance de Perse, 26 janvier 1808. — ISote de Gardane sur l’armce persane.

2. Cf. pour les travaux deFabvierà Ispahan l'article cité de M. Debidour.

août, la fête de l'Empereur, aux salves répétées de son artillerie, qui, au grand étonnement des spectateurs, ne tua personne parmi ses servants. 11 fallut encore, quand le scliali demanda le transport de ces canons à Téhéran, construire tout le matériel roulant, dresser au trait les chevaux nécessaires, aménager des chemins pour les y faire passer. Arrivé à Téhéran, il n’eut aucun remerciement ; on éprouva ses pièces ; on fit, dit-il, l’impossible pour les casser ; puis on les enferma dans des magasins, et il se trouva aussi avancé que s’il n’avait rien fait de toute l’année1. Il est vrai qu’on était alors au mois de décembre, et que les relations étaient assez tendues entre la mission française et le gouvernement du schah .

Gardane étudia avec le plus de soin les routes de la Perse 1 et les préparatifs d’une expédition vers l’Inde. C’est l’objet essentiel de sa correspondance avec Paris. Il fit relever par ses officiers les itinéraires exacts de toute l’Asie antérieure. Bianchi d’Adda dressa le plan de la route de Scutari à Téhéran, par Alep et Bagdad. Fabvier connut très bien celle de 1 Téhéran à Ispahan. Trézel parcourut celle de Bagdad à Ispahan, puis d’Ispahan à Chiraz, de Chiraz au golfe Per- ; sique ; Thuillier fut ensuite envoyé dans la direction de Méched.

D’après cela, Gardane dressa lui-même tout un plan de campagne vers l’Indus. Si l’on prend la route de terre, il faudra quitter Alep en mars ; il y a cinq journées d’Alep à Bir sur l’Euphrate ; puis on poussera par Bagdad, Bassorah, Bender-Bouchir, Chiraz, Yezd ; mais la route sera mauvaise pour les canons, et les Anglais pourront jeter des troupes sur la côte du golfe Persique ; il vaudrait mieux, de Bagdad, prendre par Ourfa, Ilamadan, le Khorassan et Hérat ; il y aurait de sept à huit mois d’Alep à l’Indus. — Si l’on peut passer par la mer Noire et Trébizonde, on pourra conduire une partie de l’armée par Erzeroum, Van, Hamadan, Nezd et Hérat, l’autre par Tauris, Téhéran, le Khorassan et Hérat ; de Trébizonde à l’Indus, il faudra de cinq à sept mois. On

i. Lettre de Gardane à son frère (i5 janv. 1809). — Cf. Debidour.

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