‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 69 sur 201 · Vandal, Napoléon et Alexandre, I · texte numérisé non relu

Vandal, Napoléon et Alexandre, I

NAPOLÉON A FINKENSTEIN. - OPERATIONS DIPLOMATIQUES l53

Le blocus conlinenlal ne l'effrayait pas encore beaucoup. C’est pourquoi elle ne mettait pas un grand zèle à secourir scs amis dans leur détresse, et la « grande expédition » destinée aux côtes de la Baltique ue quittait pas ses ports. Elle avait essayé, pendant que les alliés se débattaient en Pologne sous les coups de Napoléon et que Frédéric-Gui I laume et la reine Louise de Prusse perdaient presque tous leurs Etats, presque réduits à demander asile à Alexandre Ier, de dicter des lois au sultan, d’enlever Constantinople ou l’Egypte, d’arrondir son empire colonial, de cueillir vite tous les fruits des victoires de Nelson. Elle avait misérablement éeboué des deux côtés et y avait laissé quelque chose de son prestige. Pitt était mort.

Mais elle ouvrait moins libéralement son trésor aux alliés du continent et faisait beaucoup attendre les subsides convenus. Les modifications ministérielles lui paraissaient une excuse suffisante. Cela permettait à Napoléon de faire insérer au Moniteur ' ce récit évidemment arrangé. L’ambassadeur russe à Londres, M. d’Alopéus, s’en va trouver le nouveau chef du Foreign office, M. Canning ; mais M. Canning ne sait aucune langue étrangère ; M. d’Alopéus ne sait pas l’anglais; et ils n'ont pas d’interprète. Ils conviennent de s’entretenir en latin ; mais le latin ne se prononce pas à Saint-Pétersbourg comme à Oxford. M. d’Alopéus répète souvent un mot que M. Canning ne comprend pas : Oroum ! Oroum ! L’ambassadeur s’impatiente et crie plus fort: Oroum! sans être mieux entendu. Enfin, à bout d’efforts, il retourne les goussets de son gilet pour montrer qu’ils sont vides, comme le trésor public de son pays. M. Canning comprit enfin que le Busse avait dit à sa façon le latin aurum : il promit d’y songer.

Les alliés fondaient plus d’espérances sur l'intervention de l'Autriche : elle y mettait peu d’enthousiasme. Elle était lasse de payer toujours pour les autres. Depuis quinze ans, elle avait subi des désastres peu communs ; elle aimait le repos. Elle était alors comme frappée d’une crainte superstitieuse à

i . 18 avril.

suivre l’étonnante fortune de son vainqueur. Elle jugeait folie de tenter encore de l’arrêter, de lui ménager par de nouvelles luttes l’occasion de nouveaux triomphes. Aussi la mission de Pozzo di Borgo à Vienne n’eut-elle aucun succès : l’empereur d’Autriche lui répondit très nettement qu’il ne voulait pas entrer dans la lutte, qu’il n’était pas prêt, qu’il se battrait le plus tard possible. L’archiduc Charles, avec force révérences, refusa de se compromettre et déclara qu’on ne pouvait parler de pareilles choses qu’à l’Empereur son frère1. Les avances des gouvernements russe et prussien furent repoussées ; ils durent se contenter des vœux très sincères que l’Autriche ne cessa de faire pour leur succès.

Encore Napoléon leur disputa-t-il ce terrain d’abord. Il songea à une union étroite avec le gouvernement de Vienne.

Ce ne fut pas de sa part, dans les premiers mois de l’année i, 1807, une simple comédie diplomatique. Ce fut une tentative peut-être très sérieuse pour appliquer le programme politique que jadis Talleyrand lui soumettait et qui reposait, on le sait, sur une entente cordiale avec l’Autriche agrandie jusqu’au Danube inférieur et refoulant la Russie en Asie sur l’Inde anglaise2. Ce programme s’est développé en quelque mesure dans le courant du xix° siècle. Mais il était bien difficile que l’Autriche consentît, à la première invitation du gouvernement français, à abandonner toute action sur l’Italie, sur l’Allemagne, à rompre avec des traditions six fois séculaires, à se jeter dans l’inconnu.

Napoléon cependant lui offrit son alliance, pensa l’y obliger en la menaçant d’un rapprochement entre la France et la Russie, en l’effrayant sur les progrès constants delà Russie vers l’Europe centrale et la Méditerranée. « Un jour viendra, disait-il alors au baron de Vincent, où je paraîtrai devant à ienne avec 100000 hommes pour défendre cette capitale contre l’invasion des Russes3. » Le danger russe devait, ajoutait-il, obliger la France et l’Autriche à une étroite union.

Page 1