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Corr. de Turquie, Sébastiani à Talleyrand, io juin

2. Id., id., ior juin, Sébastiani à Talleyrand. — Archives nationales, AF, IV, iC88, 5° dossier.

annonça solennellement à tous les sujets du sultan la continuation de la guerre. Des cassolettes de bois précieux, des pistolets richement ciselés furent préparés pour être offerts en cadeaux à l'empereur Napoléon : ils ne devaient pas arriver à leur destination ; le porteur en effet fut arrêté en août par des voleurs et dépouillé. Les ministres adressèrent même à Sébastiani des paroles de regrets au sujet de la déposition de Sélim : l’ambassadeur garda le silence.

Le i4 juin, Sébastiani reçut de la Porte et transmit aussitôt à Talleyrand une note olîicielle par laquelle elle s'engageait à continuer vigoureusement la guerre, à ne faire aucune paix séparée avec les ennemis de la France ; pour le cas où des négociations seraient engagées, elle envoyait de pleins pouvoirs à son ministre à Varsovie pour prendre part au congrès général comme représentant d’une puissance alliée de la France. Sébastiani ajoutait même : « Le ministère actuel a plus de vigueur et de moralité que l’ancien ; il tiendra mieux ses engagements. »

En échange de cette note, la Porte avait demandé à Sébasliani de lui renouveler les intentions du gouvernement français, et il pensa pouvoir répondre aussitôt que « la France ne ferait aucun traité sans y stipuler l’indépendance et l’intégrité de l’empire ottoman et sans exiger l’abolition de toutes les dispositions qui pouvaient porter atteinte à la liberté de la Sublime Porte ». Il avait cru devoir donner tout de suite ces assurances au divan, parce que les agents anglais s’efforçaient de renouer des négociations avec la Porte, et surtout parce que Pozzo di Borgo venait d’arriver à Ténédos avec de pleins pouvoirs du tsar, offrant, moyennant la paix; on du moins la neutralité, l’évacuation de la Moldavie, de la Valachie, de l’Egypte, et les bons offices de la Russie pour la pacification de la Serbie et la restitution de Chabats et de Belgrade '.

Peut-être Sébastiani prévoyait-il néanmoins de grosses difficultés ; car il renouvelait une fois de plus le désir d’être

i. Affaires étrangères. Correspondance de Turquie, i5juin, Sébastiani à Talleyrand.

LA PORTE ET LE TRAITE DE TII.SIT

relevé de ses fonctions diplomatiques. 11 se plaignait de sa mauvaise santé, de douleurs de poitrine, de toux inquiétantes. 11 se plaignait du mauvais état de ses finances ; car il avait fait d’importantes dépenses pour la réception des officiers français venus de Dalmatie au mois de février, poulies travaux des Dardanelles et du Bosphore, pour la gérance des légations de Hollande, de Naples et d’Italie : « Je sortirai d’ici abymé.de dettes. » Il voulait aussi arranger les affaires de la succession de sa femme ; il craignait de perdre la tutelle de sa fille, et il ne savait comment se tirer de ces embarras, n’ayant pas de code à sa disposition *.

C’étaient là des prétextes sur lesquels il revenait sans cesse. En vérité, Il ne s’élail jamais plu à Constantinople, même au temps de ses plus glorieux succès ; il y avait souffert ; il devait avoir bientôt d’autres sujets de plaintes.

Le g juin, le colonel Pozzo di Borgo, arrivé à Ténédos à bord du Tverdoy1 2, muni de pleins pouvoirs de l'empereur de Russie, avait adressé au divan une très longue lettre sur la situation politique, sur les embarras de la France, la puissance des alliés, les vrais intérêts de la Porte. Quelques jours après, l’Angleterre envoya un nouvel ambassadeur, Sir À. Paget, dont le premier soin fut de désavouer, au nom de son gouvernement, son prédécesseur Arbuthnot et l’amiral Duckworth, et ainsi d’exprimer des regrets au sujet des événements de février et mars. « Est-il possible, s’écriait à ce propos Sébastian!, qu’un gouvernement désavoue le lendemain ce qu’il a ordonné la veille3? » Secrètement quelques pourparlers furent engagés entre la Porte et les deux représentants de l’Angleterre et de la Russie. Sébasliani en fut prévenu par le prince Soutzo, qui paya bientôt de sa tète cette indiscrétion.

11 courut au divan, se fâcha, menaça de rompre toutes relations avec la Porte, de quitter Constantinople. On eut de la peine à le calmer. Les pourparlers furent arrêtés. Il exigea que Pozzo et Paget reçussent des réponses très nettes qui ne

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