LIBERTÉ DE LA LIBBAIBIB
lage des livres attrayants, qu'ils pouvaient feuilleter avant de les acheter, et un choix propre à satisfaire tous les goûts, ont pris l'habitude de lire en voyage ; il y en a même qui ne lisent que là.
Croyez-vous que les livres vendus à la gare se seraient vendus chez le libraire de la ville? Erreur! la vente du libraire est restée ce qu'elle était; c'est l'acheteur qui a changé ou plutôt c'est Tacheteur qui s'est créé. La vente d'un livre est triplée quand il obtient la permission d'être vendu en chemin de fer. J'en ai fait l'expérience moi-même : un de mes livres, ayant obtenu l'estampille, s'est enlevé dans la journée à quinze cents exemplaires.
Voilà donc l'efTet que produit l'étalage , et ce qui ne manquera pas de vous toucher, — car non-seulement vous vous intéressez à la diffusion de l'enseignement, mais vous vous intéressez profondément aux populations de nos campagnes, dont vous êtes les tuteurs naturels; — savez-vous, en 1860, combien il y avait de libraires ruraux en France? ,
Le chiffre n'est pas flatteur; je l'ai relevé dans VÂn" nuaire de la librairie : il y en avait en tout 165. Reprochez après cela à ceux de nos paysans qui ont appris à lire d'oublier leur science faute de livre! La plupart d'entre eux ne connaissent que le bréviaire de leur curé, et ils ne le connaissent que de vue.
Ainsi, en 1860, il n'y avait que 165 communes rurales en France qui eussent leur libraire; dans toutes les autres communes, si quelqu'un avait l'idée d'acheter un livre, — mais qui donc en avait l'idée, et où l'aurait- il prise? — si pourtant quelqu'un avait, par grand hasard, cette heureuse idée, il fallait qu'il s'abandonnât, pour le choix, à quelque renseignement incomplet, qu'il écrivît à un libraire, — et à quel libraire? — qu'il payât le port de sa lettre et le port du livre, ce qui par la poste est très-dispendieux, — car le transport
par les mweageries, beaucoup moins onéreux, n'est permis que pour les ballots, — et le port de son argent : double dépense au moins^ sans compter les embarras et le temps perdu à attendre. Mais non, en vérité, personne n'était exposé à tant de frais et de peines; personne ne songeait à les affronter : les grands clercs lisaient un journal vieux de deux ou trois jours, qu'on se passait de main en main, et les livres ne sortaient pas de la sous-préfecture. Voilà où nous en étions; que dis-je? voilà où nous en sommes, et voilà comment les choses se passeront chez nous tant que la liberté n'existera pas. (Assentiment à la gauche de l'orateur.)
Par conséquent, si c'est sincèrement, comme je n'en doute pas, que le gouvernement veut propager l'instruotion primaire, il voudra pour les mêmes raisons propager les livres, faire en sorte que les livres arrivent jusque dans les plus humbles communes de France, et pour cela il n'a d'autre moyen que de laisser au boulanger, à l'épicier, au petit marchand de village , au maître d'école le droit, en payant patente, d'avoir sur une planche les livres appropriés à la commune qu'ils habitent.
Je voudrais que le goût de la lecture se répandît en France comme il s'est répandu en Angleterre. Il n'est personne de nous qui n'ait vu, en parcourant les campagnes anglaises, un berger suivant son troupeau un livre à la main et des lunettes sur le nez. (On rit.)
Il n'en est pas ainsi malheureusement en France, et le goût de la lecture ne s'y répandra jamais qu'à la suite des livres. C'est un goût qu'il faut provoquer et qui ne naît jamais spontanément.
J'ai trouvé... — je vais faire l'éloge du gouvernement. (Ah! ah ! ) — C'est pour une fois , mais je ne demande pas mieux que de recommencer, s'il m'en fournit l'occasion. J'ai trouvé que le gouvernement, en proposant la suppression des brevets de libraire, était consé-