‹ La politique radicaleChapitre 20 sur 37 · LIBERTE DE LA LTBBAIBIB · texte numérisé non relu

LIBERTE DE LA LTBBAIBIB

qu«nt, soit à ses principes de liberté du commerce, soit aux efforts qu'il fait, je me^plais à le reconnaître, pour répandre l'instruction parmi le peuple.

Si le gouvernement a eu raison de proposer cette suppression, comme il n'y a aucune nécessité de joindre Fimprimerie et la librairie, comme il n'est pas question d'indemniser les libraires, comme il n'y a pas de doute possible sur l'utilité de la mesure, comme il est évident pour tous les hommes éclairés que plus nous aurons de libraires plus on achètera de livres, je vous demande de consentir à la chose la plus sage, à la suppression d'une barrière qui ne sert à personne, et vous n'attendrez pas trois mois pour voir les conséquences de votre bonne action. Aussitôt que tout commerçant pourra vendre des livres, la production va augmenter, la lecture va entrer dans les habitudes courantes. Croyezmoi, en l'absence de raisons quelconques pour ajourner, n'empêchez pas de se produire les livres qui ne demandent qu'à naître, et ne retenez pas plus longtemps dans une disette mortelle pour l'intelligence, une multitude de Français et de Françaises qui ont besoin de lire et qui vous demandent de leur procurer la nourriture intellectuelle qui leur est nécessaire. (Très-bien I sur divers bancs.)

Messieurs, il n'y a qu'une objection possible à la liberté de la librairie ; je sais très-bien qu'elle n'arrête pas le gouvernement, puisque c'est lui qui le premier a proposé la suppression des brevets, et cela devrait rassurer les autres.' Je veux parler de la propagation des livres dangereux, non pas des livres dangereux au point de vue politique, je ne crois pas que vous deviez vous en préoccuper, mais des livres obscènes.

Où donc les saisirons-nous, dit-on, quand tout le monde pourra vendre?

Certes, il n'y a personne ici qui puisse se vanter d'avoir plus d'horreur que moi pour les livres obscènes,

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mais je réponds qu'il est déjà très-difficile de saisir de» livres dans la position actuelle, & moins qu'on ne les saisisse à leur source, c'est-à-dire à Timprimerie. L'imprimeur, en effet, étant obligé de faire une déclaration et un dépôt préalables, tous pouvez lui saisir ses livres sans trop de peine, tandis que, quand ils ont été une fois livrés aux commerçants, vous n'aboutissez guère, par les plus minutieuses recherches, qu'à des procès-verbaux de carence. Vous aurez beau fouiller la maison depuis la cave jusqu'au grenier, vous n'en découvrirez pas un seul. Quand on fait cet infâme commerce de spéculer sur les mauvaises passions, sur les honteuses habitudes, on n'emmagasine pas sa propre infamie. Le jour où les ballots arrivent de l'imprimerie, on les livre à qui? aux colporteurs, c'est-à-dire à des hommes que vous surveillez , contre lesquels vous avez fait des lois sévères, mais qui n'ont, hélas! que trop de facilités d'échapper à la surveillance et aux lois. Ce sont eux qui portent les obscénités de canton en canton et de commune en commune, et quand Içs maires s'aperçoivent que leurs localités en sont empoisonnées, il est trop tard pour la répression ; le colporteur ebt déjà loin et Ton ne sait plus où le retrouver.

Si, à la place de ce colporteur nomade, de cet homme dont on sait à peine le nom , qui va sans cesse de commune en commune et même de département en département, vous aviez des commerçants patentes, des négociants qui restent à poste fixe, qui sont connus de l'autorité municipale, vous pourriez toujours faire toutes les investigations que les mœurs exigeraient de vous. (Approbation sur divers bancs.) De sorte que ce qui paraissait tout d'abord une objection, quand on la regarde de près, devient, au contraire, un motif d'adopter l'amendement que je vous propose. (Nouvelle approbation sur les mêmes bancs.)

Telles sont, Messieurs, les observations que je voulais

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TOUS présenter. Vous voudrez bien me permettre de me venger un peu de la difficulté que j'ai eue à me faire entendre dans le commencement, en vous disant que, si vous aviez bien voulu m'ôcouter dès Tabord, il y a très-longtemps déjà que j'aurais fini. (On rit.)

Je suis cependant obligé , précisément parce que je crains de n*avoir pas été entendu (Ah I ah!) de résumer en trois mots toutes mes observations, et voici en quoi elles consistent :

1° Les raisons qui, dans certains esprits, paraissent incliner pour l'ajournement de la question en ce qui concerne Timprimerie, raisons qui pour moi n'ont aucune valeur, ne peuvent être, à aucun point de vue, invoquées pour ce qui concerne la librairie...

Plusieurs membres. C'est vrai ! c'est vrai !

M. Jules Simon. Non-seulement c'est vrai , mais c'est une vérité d'évidence.

2'* Il n'y a aucun avantage pour les libraires à conserver leurs brevets; car, après la suppression, ils vendront tout autant, si même ils ne vendent davantage.

3** Le vrai moyen de répandre les livres, c'est de laisser à tout le monde la facilité de les vendre ; pour faire arriver les livres jusqu'au fond des campagnes, il n'y a pas deux moyens, il n'y en a qu'un qui soit efficace, c'est la suppression des brevets de libraires.

Devant de pareilles raisons, je ne comprends pas i'attermoiement, et si Ton fait une objection tirée des livres obscènes, je réponds immédiatement que la surveillance des marchands est plus facile que la surveillance des colporteurs (assentiment sur divers bancs.)

Voilà pourquoi je tiens si essentiellement à ce que la librairie soit sur-le-champ afi'ranchie.

Je n éprouve aucune difficulté à ajouter qu'une fois la librairie affranchie, il sera de plus en plus difficile de laisser subsister une barrière à la profession d'imprimeur; et vous le savez, plus les barrières s'abaissent.

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plus je crois que le temps de la prospérité et de la justice s'approche*

Messieurs, c'est la dernière fois que je prendrai la parole dans la discussion de cette loi; je ne puis m'empécher de yous dire en finissant qu'à mes yeux il n'y avait que deux choses dans le projet qui pussent nous le faire supporter : Tune, c'est la suppression du régime arbitraire; Tautre» c'est la proclamation de la liberté du commerce des livres.

C'est en considération de ces deux articles que l'un de nous a déclaré à la tribune qu'il nous serait peut-être possible de voter la loi. Si nous le faisons, c'est que nous sommes réduits à opter entre la loi de 1868 et la loi tyrannique de 1852. Nous ne pouvons choisir qu'pntré deux maux. A Dieu ne plaise que ce vote soit une approbation de la loi de 1868 ! Mais plus la loi de 1868 est mauvaise, et plus notre vote sera une réprobation énergique de la loi funeste qui, pendant seize longues années, a entravé la propagation des idées et l'avenir intellectuel du pays. (Très-bien! très-bien ! à gauche de l'orateur.)

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