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DISCUSSION DE LA LOI DB 1868 SUB L'ABMBB

de vue de la population, je voas Tài démontré, on aggrave les interdictions du. mariage, on augmente le nombre des enfants naturels.

Enfin, Messieurs, le projet de loi est une aggravation de la toute-puissance impériale, parce que le pouvoir absolu que l'empereur exerce pour faire la paix ou la guerre pèsera désormais sur un plus grand nombre de soldats qu'aujourd'hui.

Voilà les aggravations qu'on nous propose, en pleine paix, de sanctionner par notre vote.

Et ici, je ne puis pas m'empécher de me rappeler que sous la Restauration, quand nous sortions des désastres de 1815, on nous demandait, quoi? Un contingent de 40,000 hommes ; que cela a duré de 1815 jusqu'à 1824; que lé gouvernement de juillet ne nous a demandé que 80,000 hommes, quand il^ avait contre lui une coalition redoutable; que jamais' dans les complications les plus menaçantes il n'a dépassé ce chiffre de 80,000 hommes. Vous avez inauguré les contingents de 100,000 hommes, et non-seulement vous les avez inaugurés, mais trois fois vous avez été obligés de demander à la nation des contingents de 140,000 sur 157,000 que nous pouvions fournir en donnant tout.

Il n'y a pas encore bien longtemps, c'était en 1857, le chef de l'État, s'adressant aux Chambres, leur disait qu'il fallait arriver, pour maintenir la situation de la France en Europe, pour maintenir sa dignité, son importance et son influence, à un complet de 600,000 hommes. Nous trouvions déjà cela excessif; et voilà qu'à présent, au lieu de 600,000 hommes, on nous parle de 800,000 hommes; et quand on parle de 800,000 hommes, on sous-entend qu'il y aura encore derrière 400,000 hommes de garde mobile !

Mais qu'est-il donc arrivé? Quelle est la politique qui nous a conduits là? Quel est le système de gouver-

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nement qui nous coûte si cher? (Mouvemeots en sens divers.]

MM. Glais-Bizoin et Ebnest Picard. C'est le fruit du gouvernement personnel. (Murmures.)

M. Jules Simon. Messieurs, après la liberté et l'ordre, ce que les peuples demandent avec le plus d'instance à ceux qui les gouvernent, c'est l'abaissement de l'impôt; c'est rabaissement de l'impôt d'argent, et l'abaissement de l'impôt du sang. (Rumeurs diverses.)

Quand l'impôt d'argent s'augmente, on répond que l'augmentation de l'impôt indirect est une preuve de l'accroissement de la richesse nationale; ou- encore, qu'on ne demande tant d'argent que pour faire des dépenses fructueuses, de façon que l'argent qu'on donne servira à en recevoir davantage.

M. Jules Favre. Comme dit M. le préfet de la Seine.

M. Jules Simon. Quand on demande des aggravations à l'impôt du sang, il est naturel d'espérer qu'on dira au pays que ce sacrifice, assurément plus cruel que l'autre, aura pour conséquence un accroissement de gloire, d'influence et de richesse. Mais ici, on nous demande ce sacrifice au nom d'une politique qui au dedans ne nous a pas donné la liberté, qui nous avait promis en échange l'influence et même la prépondérance au dehors, et qui est obligée de venir nous dire maintenant que nous en sommes réduits à armer la nation entière, non point pour monter, mais seulement pour ne pas déchoir. (Très-bien 1 à la gauche de l'orateur.)

C'est que vous vous êtes mis dans une situation à être entièrement isolés, et à ne plus pouvoir compter absolument que sur vous. Il n'y a pas un peuple que notre politique n'ait blessé. (Rumeurs sur plusieurs bancs. — Approbation à la gauche de Torateur.)

Si je regarde l'Angleterre, je ne vous rappellerai que cette singulière émeute qu'on a appelée la conspiration

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OU la conjuration des colonels, et qui serait seulement ridicule, si elle n'avait été un symptôme. La Russie, vous Tavez atteinte par la guerre de Crimée; TAutriche, vous l'avez touchée par l'Italie ; la Prusse, par l'Autriche ; l'Amérique, par vos sympathies mal déguisées pour le Sud et par la funèhre expédition du Mexfque. Sans alliés par notre faute et nn peu par la faute de nos institutions, parce que le pouvoir absolu n'appelle pas des alliances durables... (Assentiment à la gauche de l'orateur.) , nous avons en outre ou créé, ou laissé créer à côté de nous deux nationalités, l'une assez forte pour occuper au moins la moitié de notre ai'mée, et l'autre déjà numériquement aussi forte que la France et qui, peut-être, dans un avenir peu éloigné, deviendra numériquement plus forte. Dans cette situation, conséquence de votre politique, vous entretenez avec soin, au milieu même de l'Italie, un petit royaume qui peut devenir une occasion aux ennemis du Midi de se coaliser avec les ennemis du Nord, de façon que vous ne sachiez, en vérité, de quel côté vous défendre.

Voilà la situation telle que votre politique l'a faite ; c'est parce que vous nous avez mis dans cette situation que nous en sommes, aujourd'hui, à armer tous nos enfants. (Mouvements divers.)

Il y a six ans, mon honorable ami M. Hallez-Claparède vous rappelait que, sous la Restauration, quiconque approchait de l'urne avait soixante-deux bonnes chances; aujourd'hui il n'y en a plus que trente-six, combien en restera-t-il Tannée prochaine? C'est vous, je le répète, c'est vous seuls, c'est votre politique que nous -devons en accuser. (Approbation à la gauche de l'orateur.)

Il ne faudrait pas qu'on vint nous dire, à mes amis et à moi : De ces deux nations, qui ont leurs frontières à côté de nous, et dont vous parlez, il y en a au moins

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une que vous avez été heureux de voir naître et dont vous ayez acclamé la naissance.

Je soutiens, Messieurs, qu'il n'y a aucune parité entre l'unité italienne et Tunité allemande. L'Italie était trôs-réellement, très-positivement sous la main de l'étranger, tandis que la nationalité allemande, que la politique de M. de Bismark a déjà absorbée, était composée de populations autonomes. Il n'y a donc aucune comparaison à établir entre les deux situations ; et, quand vous avez été en présence du mouvement de formation de l'unité allemande, vous n'avez su ni Tax^ réter à temps, ni vous faire un ami dans l'un des deux camps ; vous avez attendu que l'événement du champ de bataille vous dictât votre politique. Aujourd'hui vous n'êtes aimés nulle part, appuyés par personne : il ne s'agit plus pour vous de vous agrandir, mais de vous maintenir, et c'est dans cette situation douloureuse que vous venez nous dire : France, donne tous tes enfants I... Voilà le jugement que les événements eux* mémos portent sur votre politique. (Approbation à la gauche de l'orateur.)

Certes, je n'ignore pas que, quand je dis que c'est votre faute, vous pouvez me répondre : Oui, c'est notre faute, mais enfin le résultat est ainsi, la chose est faite,

et il s'agit d'y porter remède.

J*en suis d'avis. Quel que soit le gouvernement qui aurait mis mon pays à deux doigts de sa perte... (Murmures) je suis loyalement d'avis que la première chose à faire, c'est de combattre de toutes nos forces pour reconquérir la situation qu'il a perdue. Je l'avoue, si nous en sommes là, le plus urgent est de songer an remède ; mais la question est de savoir si le remède que vous nous apportez est efficace.

M. Jules Favbe. Il ne fait qu'aggraver le mal.

M. Julbs SuftON. Mon cher et illustre collègue

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M. Jules Favre dit que cela ne fait qu'aggraver le mal : il a raison, et il devance ma pensée.

En effet, que faites-vous dans la situation où vous vous trouvez? Vous augmentez de deux ans la durée du service militaire I

Ëh bien I ces deux années dont vous augmentez la durée du service militaire n'auront d'effet dans les rangs de l'armée que dans six ans. Alors votre effectif s'élèvera, il est vrai, d'environ 65,000 hoïnmes. Il faudra attendre des années pour que l'état militaire que vous allez constituer existe; par conséquent, pendant ce temps-là, vous vous trouverez en présence d'une guerre sinon probable, du moins possible, avec l'armée que vous avez.

Pour moij je l'avoue, je ne crois pas cette guerre très-prochaine; personne, à mon sens, n'y a intérêt. Je ne vois pas, en effet, que la Prusse ait intérêt à faire la guerre à la France, parce qu'elle a les yeux sur le midi de l'Allemagne, et qu'elle a chez elle à lutter et à s'organiser, et je ne vois pas davantage que vous ayez intérêt à faire la guerre, parce que vous n'arriveriez qu'à accélérer ce que vous voulez éviter. Je suis de ceux qui pensent que l'Allemagne complètement unie sera moins redoutable pour vous que la confédération du Nord soumise à l'hégémonie de la Prusse. Je compte sur les tendances démocratiques qui ne manqueront pas de se faire jour dans un parlement vraiment allemand. Je suis convaincu que, dans l'Allemagne complètement uniûée, vous trouverez des sympathies qui aujourd'hui vous font défaut. Je ne crois pas, je le répète, à une guerre probable, je crois seulement à une guerre possible ; mais, si par malheur vous deviez entrer en campagne, ce ne serait pas l'espoir d'avoir 65,000 soldats de plus dans six ans et 210.000 soldats de plus dans dix ou quinze ans qui voua donnerait la victoire Vooa n'améliorez^ donc pas la situation par

votre nouvelle organisation; j'ajoute même , avec mon ami M. Jules Favre, que vous l'aggravez. Et en effet, dans cette loi même, par laquelle vous préparez pour l'avenir une si puissante armée, vous créez une institution qui fonctionne de façon à diminuer la population. Vous aurez beau épuiser les classes, si elles diminuent par la diminution des mariages, votre armée ira comme elles en s'amoindrissant. C'est pratiquer une politique à courte vue, c'est ignorer ce qui fait la puissance d'un peuple.

Accroître la population vaut mieux que gagner des batailles ; une bataille perdue n'est qu'une génération moissonnée. Ne vous rappelez-vous pas ces années où l'on ne trouvait pas de conscrits pour remplir les cadres, parce qu'elles correspondaient aux guerres violentes de l'Empire? Perdez-vous sitôt le souvenir? Si c'est dans le soldat et dans son nombre que vous mettez votre espérance, ayez donc soin d'accroître la population au lieu d'en retarder le mouvement ; tâchez de devenir les égaux de vos voisins au lieu d'être en arrière de toute l'Europe. (Très-bien! Très-bien! à la gaucho de l'orateur.)

Quant à moi, qui ne suis pas militaire...

M. LB GÉNéBAL Allard, président de section, commissaire du gouvernement. On le voit.

M. Julbs Simon. Cela se voit, comme le dit trèsbien M. le général Allard, et j'espère que je le montrerai de plus en plus.

Quant à moi, disais-je, je ne puis m'empécher de penser que ce n'est pas seulement le soldat qui fait la force d'un pays. Je crois que l'étude attentive, la science de la géographie, toutes les connaissances que possède si bien l'honorable général Allard^ qui me reproche mon ignorance, je crois que toutes ces connaissances sont d'une importance capitale ; qu'une campagne bien prévue, bien étudiée, bien concertée, est

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une campagne à moitié gagnée. Je crois que de grands approvisionnements bien faits, des armes de précision, des finances considérables dans lesquelles on peut, au moment du danger, puiser à pleines mains, offrent de plus fortes ressources qu'une nombreuse armée de soldats. Je crois que, quand on a un canon, il se trouve toujours un homme pour mettre le feu à la lumière; mais quand on n'a que des soldats sans canons, on est toujours sûr d'être vaincu sur le champ de bataille. (Approbation sur quelques bancs à la gauche de l'orateur.)

Et quant au soldat lui-même, si vous ne regardez que lui, qu'est-ce qui fait le soldat ?

Nous sommes habitués, en France, à certaines fanfares qu'on appelle chauvinisme et qui perdent un peu de terrain tous les jours. On dit sur tous les tons que le soldat français est le premier soldat du monde; je n'en sais rien, mais je veux le croire... (Réclamations et murmures.)

Plusieurs memhres. Comment, vous n'en savez rien I

D autres membres. Il l'a assez prouvé!

M. Granier de Cassagnac. Il n'y a que vous qui l'ignoriez I

M.Jules Simon. Je crois qu'il y a ailleurs que chez nous de très-bons et de très-vaillants soldats, et je suis persuadé que ceux qui les ont combattus à la tête de notre armée leur rendent pleine justice. Pour moi, je me borne à dire que, si nos soldats n'ont pas de supérieurs, ils ont peut-être des égaux; mais le moyen de faire de nos soldats les premiers soldats du monde, si vous ne le savez pas, moi je le sais. (Ah! ah! — On rit.) Oui, Messieurs, je le sais. (Voyons! voyons!)

Ce qui fait le soldat indomptable, c'est la cause qu'il défend. (Très-bien ! à la gauche de l'orateur.)

Voilà les événements de Sadowa qui, Tannée dernière, ont trompé les prévisions des plus habiles gêné-

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raux. Eh bien! je sais allé sur les lieux... (Ah! ah!) étudier les causes morales de la yictoire , et en yoiei que je vous apporte : c'est qu'il j avait, dans certaines parties de Tarmée autrichienne comme un sentiment inconscient de Tutilité pour l'Autriche d'être vaincue... (Réclamations et rumeurs.) Et quand je leur ai dit : M Vous paraissez vous plaindre de n'avoir pas été assez battus àSadowa, » il y en a qui m'ont répondu : «Oui! » (Nouvelles rumeurs.)

Un membre en face de Voraùeur. C'étaient des patriotes I

M. Jules Simon. Vous me dites que ce sentiment est inintelligible pour un Français I Je le pense comme vous. Mais ceux dont je parle voyaient d'une part la patrie autrichienne, et de l'autre la patrie allemande; ici, la maison de Habsbourg, là, les espérances de la liberté. Ne le niez pas : ce qui a fait la force de l'armée française autrefois et sa plus grande puissance, c'est la cause sacrée qu'elle avait à défendre, une cause qui était un objet d'envie pour ceux qui se battaient contre nous, tandis qu'elle était pour nous la source puissante et fé • conde de l'enthousiasme... (Vive approbation sur plusieurs bancs à la gauche de l'orateur. — Bruits et mouvements divers sur les autres bancs.)

Oui, Messieurs, il n'y a qu'une cause qui rende une armée invincible, et malheureusement cette cause n'est pas celle que nous défendons en ce moment; cette cause, c'est la liberté I (Exclamations et murmures sur les bancs en face de l'orateur. — Très-bien I Très-bien! à sa gauche.)

Oui, cette grande cause nous refera invincibles. Hors de là, malgré le courage des armées de la France, malgré leur héroïsme, si vous voulez, vous n'aurez avec toutes vos lois que des agglomérations plus nombreuses de soldats...

M. Gbanibb db Cassagnao. Allez vous y frotter !

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M. Jules Simon... et plus de poitrines à offrir aux fusils Chassepot! (Rumeurs sur les bancs en face de Torateur. — Applaudissements à sa gauche.)

(L'orateur, en retournant à sa place, reçoit les félicitations de ses amis,^

ORGANISATION DÉMOCRATIQUE DE L'ARMÉl

(23 décembre 1867.)

M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDER. J'appelle Tattention de la Chambre sur les divers contre-projets qui doivent précéder la discussion de l'article !•'.

Le premier contre-projet à mettre en délibération est un amendement, sous le n° 10, qui est sous les yeux de la Chambre, contre-projet en seize articles signé de MM. Jules Simon, Bethmont, Magnin, Hénon, E.

Picard, Jules Favre.

En voici le texte :

« Art. 1*'. Tout citoyen français doit à l'Etat le service militaire.

u La force militaire est divisée en trois classes. La première classe comprend tous les citoyens de 20 à 26 ans; la seconde classe, tous les citoyens de 26 à 34 ans; la troisième classe, tous les citoyens de 34 à 40 ans.

« Art. 2. Tout citoyen inscrit dans la première classe est tenu :

« 1° A assister à l'école de recrutement pendant la première année de son service dans cette classe ;

« 2^ A assister chaque année aux exercices de tir et à recelé de répétition ;

« 3* A assister une fois, dans le cours des six années, a un camp de manœuvres.

« Art. 3. La durée de Técole de recrutement est fixée à troia mois.

«• Elle est réduite à un mois pour ceux qui prouveront : !• qu'ils ont reçu une instruction primaire complète, et 2® qulls connaissent le maniement du fusil et la manœuvre du peloton et du bataillon.

« Art. 4. Les exercices du tir ont lieu le premier et le troisième dimanche de chaque mois; ils sont précédés ou suivis d'une heure de manœuvre.

« Art. 5. La durée de l'école de répétition est fixée à dix jours.

« Art. 6. La durée du camp de manœuvres est fixée à trois mois.

« Les jeunes qens inscrits sur le registre d'inscription de Tune des écoles de l'État peuvent obtenir ae n'assister au camp de manœuvres qu'après l'expiration de leur temps d'études.

« Art. 7. Les citoyens inscrits dans la seconde classe assistent aux exercices du tir et à l'école de répétition comme ceux de la première classe. Ils assistent une fois, pendant leur service dans cette classe, à un camp de manœuvres dont la durée est réduite à un mois.

« Art. 8. Les citoyens inscrits dans la troisième classe ne sont astreints qu'à suivre les exercices du tir.

« Art 9. La durée des écoles de toute nature est augmentée de moitié pour les sous-officiers ; elle est doublée pour les officiers.

« Art. 10. Les officiers, sous-officiers et soldats reçoivent une solde du trésor public pendant le temps qu'ils passent sous le drapeau.

« Les officiers et sous-officiers chargés d'une façon

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permanente de Tinstruction des corps et des divers services de l'intendance reçoivent un traitement annuel et ont droit à une pension de retraite.

« Art. 11. Les corps spéciaux comprenant le génie, l'artillerie, la cavalerie et la gendarmerie, sont formés par des engagements volontaires et par des rengagements. Ils reçoivent une haute paye.

« Art« 12. Sont dispensés du service :

1<^ Les ministres des différents cultes;

2" Les fils aînés de veuves ;

3° Les jeunes gens qui n'atteignent pas la taille de 1 mètre 54 cent.

4° Ceux que le conseil de révision reconnaît actuellement impropres au service.

Cette dispense peut être renouvelée d'année en année ou déclarée définitive.

« Art. 13. Peuvent être exemptés, sur leur demande, les fonctionnaires âgés de vingt-cinq ans au moins, qui prouveront que les nécessités présentes de leurs fonctions sont incompatibles avec le service militaire.

M Cette exemption peut être renouvelée d^année en année.

«< Art. 14. Dans toutes les écoles de TÉtat de tous les degrés, les jeunes gens de douze à vingt ans sont exercés trois fois par semaine au maniement des armes et aux manœuvres militaires,

«Art. 15. La présente loi sera exécutoire à partir du 1«' juillet 1869.

« Art 16. Jusqu'à la mise en vigueur de la présente loi, la loi de 1832 est maintenue.

M Néanmoins, la durée du service actif est réduite à trois ans.

H Art. 17. La loi de 1855 est abrogée. »

La parole est à M. Jules Simon pour développer ce contre-projet.

M. Jules Simon. Messieurs, nous avons déposé

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l'année dernière nn amendement que M. le président qualifie avec raison de contre-projet, parce qu'il contient un système complet qui est précisément le système le plus opposé à la loi que vous discutez. Le projet soumis à vos délibérations est, à nos yeux, une organisation de la guerre; Tamendement que nous proposons est* une organisation de la paix.

Cet amendement a été critiqué pendant la discussion générale, avant même d'avoir été développé devant vous.

On a prétendu nous combattre en attaquant le système des levées en masse ; on nous a reproché de ne vouloir plus en France qu'une garde nationale fortifiée par trois mois d'exercice sous les drapeaux ; on a aussi soutenu que nous voulions désarmer complètement la France en présence de TEurope armée.

J'espère que les très-courtes observations que je vais faire vous démontreront que ce n'est pas là la situation que nous prenons, et qu'aucune des réfutations qui ont été essayées ne nous réfute.

Du reste, j'ai si peu le dessein d'afiaiblir la portée de notre amendement en vous le présentant sous son côté le plus acceptable, que je le résume, dès à présent, par les deux propositions suivantes :

Supprimer les armées permanentes ;

Armer la nation entière.

Voix à la gauche de V orateur. C'est cela.

M. Jules Simon. Je puis laisser de côté les détails, car notre amendement est un plagiat : nous l'avons pris, avec quelques changements indispensables, dans la constitution de la confédération helvétique du 12 septembre 1848 et dans la loi fédérale sur l'organisation militaire du 8 mai 1850.

La difficulté, pour moi, ne consiste pas à montrer combien il serait utile de supprimer l'armée permanente. Sur ce point tout le monde est nécessairement

ORGANISATION DEMCTORATIQUB DE L'aEMÉS 217

d'accord : il est toujours bon de supprimer un impôt, surtout un impôt de la nature de celui-ci. La seule question est de savoir s'il est possible de s'en passer ou de le remplacer.

Je sais bien qu'il y a des esprits résolus qui proposent à la France de se placer dans cette situation : « Donnez l'exemple du désarmement et attendez I » et qui comptent sur un désarmement général.

C'est là une audace qui m'inspire une admiration cordiale, mais je ne me sens pas le courage de l'imiter. L'histoire contemporaine ne m'a laissé aucune illusion sur la magnanimité des peuples. Au moment où je déclare qu'il est temps de penser à détruire dans un avenir prochain les armées permanentes, je me hâte de proposer un système qui doit rendre la France invincible chez elle.

Ce système n'étant d'ailleurs, comme je le disais tout à l'heure, qu'un plagiat, j'ai le droit de commencer par invoquer l'exemple d'une nation voisine, d'une petite nation, à la vérité, mais qui a été célèbre à toutes les époques de l'histoire par la fermeté et le courage de ses enfants, et chez laquelle on ne peut dire qu'il n'y ait pas d'armée. Au contraire, l'armée suisse est essentiellement vivante et puissante, et remplit parfaitement le but auquel la constitution fédérale l'a destinée.

J'ajoute maintenant que le système suisse, que nous vous proposons, n'est pas aussi éloigné qu'on pourrait le croire du système Scharnhorst, qui a fait ses preuves à différentes époques, et notamment d'une manière accablante l'année dernière.

Dans une des précédentes séances, M. le baron Jérôme David nous a très-bien expliqué le système de l'armée prussienne, qui est celui de Scharnhorst. Tout le monde connaît parfaitement cette distinction entre l'armée active, dans laquelle on sert trois ans, la réserve, la landwehr, divisée en ses deux banS; et la landsturm;

mais c'est sur l'armée active de la Prusse que j'appelle en ce moment votre attention, parce que je trouve qu'on en a incomplètement expliqué Torganisation. On répète tous les jours, dans nos discussions, qu'un service de trois ans dans la ligne est imposé à tous les citoyens de la Prusse. Cela n'est pas, ou du moins, cela n'est pas dans la proportion où on l'a prétendu. Il est très-vrai que, dans la loi prussienne de 1814, le chiffre du service actif a été fixé à trois années. Ce chiffre a été abaissé à deux ans en 1832, et reporté à trois ans en 1854, dans des vues que l'histoire de l'année dernière s'est chargée de développer. Malgré cela, jusqu'au moment d'une guerre imminente, les trois années de service n'étaient pas exigées, et, presque toujours, après deux ans, deux ans et demi passés sous le drapeau, on obtenait d'être introduit dans la réserve.

Autre remarque éf-^alement grave : on a tort de dire que la loi prussienne prend tous les jeunes citoyens pour les introduire dans l'armée active ; il y a en Prusse un tirage au sort, et voici. Messieurs, — pour vous le rappeler, non pas pour vous l'apprendre, — comment les choses se passent.

Chaque année, une commission locale, composée de magistrats, de médecins et d'officiers supérieurs, examine tous les jeunes gens de la classe, non pas, comme le fait ici le conseil de révision, les jeunes gens tombés au sort, mais tous les jeunes gens de la classe. Cette commission élimine ceux qui ne sont pas propres au service, ou qui jouissent des dispenses légales. Ces dispenses sont bien moins nombreuses en Prusse que chez nous. On exempte, par exemple, les docteurs en théologie, et non les instituteurs et les professeurs.

Cette opération terminée, on procède à un tirage au sort entre les jeunes gens propres au service. L'appel n'était d'abord que de 40,000 hommes; il a été porté depuis 1860 à 60,000 hommes, et le tirage au sort dans

OROAMIS ATTOK DÉMOCBATIQUB DE l'aBMÉB 319

cette condition laisse encore en dehors de l'armée active à peu près un dixième de la population valide. Lorsque par trois fois vous avez demandé au tirage au sort un contingent de 140,000 hommes, c'est à peu près aussi un dixième de la population valide que vous avez laissé en dehors de l'appel.

Il n*est donc pas vrai, comme vous le voyez, que tous les jeunes Prussiens passent réellement trois ans sous le drapeau ; et il y en a un certain nombre qui entrent immédiatement dans la réserve.

Voici enfin une troisième restriction à la rigueur de la loi prussienne, que j'ai grand intérêt à vous rappeler, parce qu'elle me servira à déterminer le caractère de notre système.

Il n'arrive presque jamais que les jeunes gens de la bourgeoisie en Prusse soient deux ans ou deux ans et demi sous le drapeau. En prouvant qu'on a suivi les classes d'un gymnase jusqu'à la seconde inclusivement, ou en passant un examen très-facile, et que je caractérise en le déclarant très-inférieur à notre examen de bachelier, on a le droit de s'engager volontairement à l'âge de dix-huit ou de dix- neuf ans, et cet engagement est contracté pour une année seulement. Le jeune engagé ne passe pas cette année unique dans* un régiment nomade comme le sont les nôtres; le régiment séjourne presque toujours au chef-lieu du cercle administratif ; l'engagé s'habille à ses frais, porte l'uniforme, et, — détail qui n'est pas absolument insignifiant, — il le fait faire avec du drap plus fin et une coupe plus soignée. Cela seul vous indique déjà qu'il sert en quelque sorte comme cadet. Il ne demeure pas à la caserne; il n'y prend pas sa nourriture. C'est le matin seulement qu'il endosse son uniforme, se mêle aux exercices, fait sa corvée comme les autres. A midi, il rçntre chez lui, à son hôtel, dans sa famille ou chez ses amis, reprend rhabit bourgeois, suit les cours de TUniversitô, vaqua

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à ses affaires et devient, en un mot, absolument maître de ses actions. L'armée est pour lui une école plutôt qu'un service militaire dans la rigueur de ce mot.

Ainsi, vous le voyez, il n'est exact à aucun point de vue de dire que tous les Prussiens passent trois ans sous le drapeau. Les jeunes gens engagés volontaire-* ment ne servent qu'un an dans la ligne; c*est à peine s'ils servent un an. Or, laissez-moi vous le dire sur-lecbamp , dans le système que nous vous proposons, les jeunes gens durant la première partie du service passent treize mois sous le drapeau. 11 n'est donc pas question de venir prétendre, comme le faisait Tlionorable rapporteur de la Commission, que nous n'offrons qu'une garde nationale renforcée par trois mois d'exercice. Non-seulement nos jeunes gens, pendant leurs treize mois, auront étudié le service militaire aussi complètement que ces jeunes gens prussiens qui n'ont été engagés que pour un an, et qui n'en sont pas moins les meilleurs soldats de l'armée prussienne, puisque c'est parmi eux qu'on choisit ensuite tous les officiers de la landwehr; mais nous ne laissons pas arriver nos réserves jusqu'au jour de l'enrôlement sans leur apprendre le maniement des armes.

Je m'arrête ici un moment pour vous dire que même en rejetant le système que nous vous proposons, il y a dans le détail, dont je vais vous dire deux ou trois mots, quelque chose qui me parait digne de l'attention de la Chambre : c'est l'instruction militaire donnée aux enfants, à une époque de la vie où on apprend tout trèsbien et où on ne perd pas, pour le travail et pour le salaire, le temps qu'on emploie à l'étude. (Très-bien I à la gauche de l'orateur.)

Quand vous enseignez Técole de peloton à des adultes, le temps que yous leur prenez, le travail de l'atelier le perd. Mais quand vous apprenez les détails du service à des enfants, il n'y a de temps perdu pour personne, et

OBGANTSATION DÉMOCRATIQUE DE L*ABMÉE 221

Tétude du métier des armes est assurément aussi complète.

En Suisse, par exemi)le, il n'est personne d'entre vous qui n'ait vu des écoles de cadets, et qui ne sache avec quelle ardeur, avec quelle joie les jeunes Suisses, soldats et officiers, font cette petite guerre dans laquelle ils apportent une précision de mouvements, une exactitude, un entrain, une alacrité qu'on trouve à peine au même degré dans les armées composées de véritables soldats. Ces jeunes gens, au moment où ils entrent dans ce qu'on appelle en Suisse l'élite, et en France l'armée active, sont déjà des soldats tout formés. Cette même institution existe dès à présent en Angleterre.

Les Anglais, avec leur instinct pratique et leurs habitudes d'économie exacte, se sont bien vite aperçus qu'il y avait avantage à remplacer une dépense de temps demandée à des hommes faits par une dépense de temps demandée à des enfants. Que dis-je? la dépense de temps est nulle : quand on prend le temps des enfants, ce n'est pas même à leur atelier qu'on dérobe quelques heures, c'est à leur récréation. En ce moment, toutes les écoles anglaises qui acceptent les dotations de l'Etat, — car vous savez qu'en Angleterre les écoles sont libres de refuser l'argent de l'Etat, mais qu'en l'acceptant elles sont obligées d'accepter en même temps le règlement; — toutes les écoles, dis-je, qui acceptent la dotation de l'État et qui subissent le règlement, ont chez elles des fusils et des officiers, et enseignent aux enfants le maniement des armes.

Je reprends.

Quand nous enverrons les jeunes soldats à cette première partie de leur service pendant laquelle ils passeront treize mois sous les drapeaux, nous aurons le droit de supposer qu'ils savent déjà manier un fusil, tirer et tirer juste, et nous continuerons à leur faire faire des exercices de tir.

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Je ne puis pas m'empéeher de penser que saToir faire la charge régulièrement est une chose et que saroir tirer juste en est une autre, et je suis convainou que» en prenant le système que nous proposons, on arriyeraii à aToir de meilleurs tireurs et des hommes plus aguerris que vous n*en avez avec votre dur système de cinq* ans de service actif. Nous tous donnons dans ces coadiUoiis une armée de deux millions d'hommes.

Quant à ce qui est du cadre d'ofâciers, des a|^ronsionnements, du matériel de guerre, nous ne chaageons rien à ce qui existe, ou, si nous j ehangeong quelque chose, ce n'est pas pour diminuer, c'est pcNir améliorer et fortifier.

Telle est notre proposition résumée en peu de mots, et je crois qu'il suffit d*ayoir entendu cette exposition pour comprendre à quel point on a eu tort de considé* rer une pareille ^organisation comme un ahandon de toute force armée dans le pays et comme quelque chose qui ressemble à la théorie des levées en masse, ou à la théorie d'une simple garde nationale. (Assentiment à la gauche de l'orateur.)

Il manque pourtant quelque chose à notre armée ainsi conçue : c'est l'esprit militaire, je le reconnais tout le premier. Cette armée est une armée de citoyens qui se réunissent pour défendre leur pays et pour maintenir l'ordre. Ce n'est à aucun degré une armée de . soldats.

L'esprit militaire est un esprit artificiel, qui résulte d'un grand nombre d'éléments très-complexes. Prendre un homme au milieu de sa famille, l'éloigner, — car on y tient, — de son pays natal, le faire changer fréquemment de garnison ; l'obliger à demeurer dans une ca« serne, l'astreindre à la vie commune ; l'affubler d'un uniforme, lui faire porter le sabre, même dans la vie ordinaire, au milieu d'une population à laquelle le port des armes est soigneusement interdit; lui donner des

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lois qui différeot de la loi commune, des juges qui ne sont pas ceux des autres citoyens, lui inculquer de certains principes qu*on aurait tort d'inculquer au reste de la nation et qu'on est obligé de lui inculquer à lui, lui dire, par exemple, que son premier devoir est d'obéir immédiatement et sans réflexion à ses chefs, — je ne blâme rien, je constate, — tout cela résulte du principe des armées permanentes, et tout cela fait Tesprit militaire. (C'est vrai 1 à la gauche de l'orateur.)

C'est dans le même but qu'on interdit le mariage aux soldats, et moi qui suis l'adversaire de l'interdiction du mariage, je reconnais parfaitement la vérité de ce que disait l'autre jour l'honorable M. Jérôme David : c'est qu'une des causes de la supériorité de nos soldats, c'est précisément cette interdiction du mariage. Je sais très-bien que, quand un homme passe la frontière, il est bon, au point de vue militaire, qu'il n'ait plus d'autre souci que de marcher le plus près possible de Tennemi et de lui offrir sa poitrine, sans se préoccuper des êtres qu'il laisse derrière lui et dont la vie dépend de la sienne. En parlant ainsi des conditions de Tesprit militaire et de la façon dont vous le formez, je ne vous reproche pas de vous tromper, mais d'être conséquents avec un système déplorable et de substituer chez le soldat l'esprit militaire à l'esprit national. (Approbation à la gauche de l'orateur. )

M. EuGÈNB Pellbtan. C'est l'esprit prétorien! (Bruit.)

M. Jules Simon. Quand je dis que l'armée que nous voulons faire serait une armée de citoyens et qu'elle n'aurait à aucun degré l'esprit militaire, ce n'est pas une concession que je fais, c'est une déclaration, et une déclaration dont je suis heureux, car c'est pour qu'il n'y ait pas en France d'esprit militaire, pour qu'il n'y ait pas au milieu de nous quatre ou cinq cent mille hommes

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dont les habitudes, les idées, les sentiments diffèrent de ceux de la nation entière, pour qu'il n*j ait pas une armée qu'on puisse à chaque instant lancer contre les pays étrangers, et peut-être môme, dans des jours néfastes, contre notre propre pays, c'est pour qu'on soit, je ne dirai pas dans la nécessité d'aimer la paix, mais dans l'impossibilité de l'enfreindre, c'est pour cela précisément qu'au lieu d'une armée imbue d'esprit militaire, nous voulons avoir une armée de citoyens qui soit invincible chez elle et hors d'état de porter la guerre au dehors. (Approbation à la gauche de l'orateur. )

M. Gârniëb -Pages. Le militarisme est la plaie de l'époque.

M. LE BAKON Vast-Vimkux. Il n'y a pas d'armée sans esprit militaire !

M. JuL£s Simon. Vous me faites l'honneur de me dire qu'il n'y a pas d'armée sans esprit militaire. Je comprends parfaitement votre interruption, je l'accepte. S'il n'y a pas d'armée sans esprit militaire, je demande que nous ayons une armée qui n'en soit pas une. (Rires et mouvements divers. )

M. Eugène Pelletan. Pas d'armée prétorienne I (Rumeurs. )

M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDER. Je demande à M. Pelletan de ne pas se servir d'expressions ayant un caractère blessant. Celle qu'il vient de renouveler ferait croire qu'il veut porter atteinte à l'une des choses les plus respectées et les plus respectables de notre pays. (Très-bien I Très-bien 1)

M. Eugène Pelletan. Ce n'est pas dans cette salle qu'il faut le dire, Monsieur le Président. (Bruyantes protestations.)

M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDEB. Cela sc dit partout, et peut se dire devant cette Chambre comme ailleurs. (Vive approbation.)

M. Eugène Pelletan. Cette salle vous donne un

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démenti, Monsieur le Président. (Exclamations et rumeurs. )

M. LE PRÉSIDENT SoHNEiDER. Monsieur Pelletan, je vous rappelle à l'ordre. C'est déjà trop que vous ayez manqué d'égards pour ce que vous devez respecter en dehors de la Chambre ; je ne vous laisserai pas maintenant manquer de convenances vis-à-vis du président qui a l'honneur d'être à la tête de cette assemblée. (Nouvelle et vive approbation.)

M. Jules Simon. Au moment où s'est produit cet incident, je répondais à un de mes honorables collègues pour le remercier d'une interruption qui me servait à préciser le caractère de mon système. C'est précisément pour ne pas avoir une armée dans le sens qji'on attache à ce mot, c'est-à-dire une armée ayant l'esprit militaire, que nous demandons sans ambages, vous le voyez, de sup» primer l'armée permanente et d'armer la nation entière... (Mouvements divers.) ; de la rendre, je répète le mot, invincible au dedans et incapable de faire la guerre au dehors. (Bruit €}t interruption. — Marques d'approbation à la gauche de l'orateur. )

Pourquoi avez-vous besoin d'une armée? Pour Tune de ces deux choses : ou pour porter la guerre au delà de nos frontières, ou pour maintenir au dedans la volonté du pouvoir contre la volonté de la nation. Je puis bien dire, apparemment, puisque vous déclarez en tête de toutes les lois que vous régnez par la volonté nationale, que vous n'avez pas besoin de prétoriens. Avezvous donc besoin d'envahisseurs, vous qui ne cessez d'invoquer la paix et d'attester vos résolutions pacifiques? Ni prétoriens, ni envahisseurs, que seront donc vos soldats? des citoyens, défenseurs de leurs foyers. C'est précisément l'armée que nous vous donnons.

Assurément, je n'ai pas l'intention de faire le procès aux armées permanentes.

Un memlre. Vous ne faites que cela.

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M. Jules Simon. Je regarde comme inutile de faire le procès aux armées permanentes, qui ne sont, même pour leurs défenseurs, qu'un mal nécessaire. Je ne veux vous rappeler ni ces huit cent mille hommes arrachés à l'agriculture et à l'industrie, qui en ont tant besoin, ni les effets désastreux de la vie de caserne, et particulièrement de cette réserve avec interdiction de mariage, telle que vous l'entendez. Je ne yeux pas même aborder cette question redoutable du remplacement militaire, qui, pour une lé^slation démocratique et dans l'organisation d'une armée démocratique, est un obstacle tout à fait infranchissable. Non, non : je ne TOUS parlerai pas non plus, pour le moment, de cette transaction, qu'on désigne dans le langage le plus ordinaire par cette expression à la fois étrange et vraie : « Acheter un homme. »»

J'écarte ces pensées, sauf à les reprendre ; mais il y a deux points qui, avec le désir de manifester une première fois nos principes, lesquels, grâce à Dieu, ont pour eux l'avenir... (Mouvements en sens divers.)

Un membre. C'est ce qu'il faudra voir.

M. JuL^Bs Simon. Il y a deux points qui nous ont décidés à placer résolument, comme nous le faisons, lorganisation de la paix en face de Torganisation de la guerre.

Le premier , c'est que vous n'avez pas d'autre moyen de rassurer l'Europe que de supprimer ou de diminuer considérablement votre armée. (Très-bien I Très-bien! sur les bancs à gauche de l'orateur.]

J'entends bien que, depuis quinze ans, on nous parle de paix , et que l'empire s'est en quelque sorte inauguré par un mot qui serait sublime s'il était vrai : «* L'empire, c'est la paix! »

J'entends bien que M. le ministre d'État, à la dernière séance^ a senti le besoin de clore la discussion générale

OBaANISÀTION DIImOCRATIQUE de L'ABMéB 227

d'une loi qui a pour objet l'organisation de la guerre par les déclarations les plus paciûques.

Je sais qu'il est venu nous dire que nous pouvions délibérer sur cette loi avec sérénité; — je crois que c'est l'expression dont il s'est servi, — et je me suis rappelé alors une autre époque où, à une tribune voisine de celle-ci et qui n'est plus qu'un souvenir dans l'histoire, on disait aux représentants du peuple : « Représentants de mon pays, délibérez en paix ! » (Mouvements divers. — Très-bien ! Très-bien ! à la gauche de l'orateur.)

Ni nous, Messieurs, ni l'Europe ne pouvons être tranquilles.

Je ne vous rappelle pas que , quand on est le second empire, quand on invoque chaque jour, comme une sorte de légitimité de la gloire, les souvenirs de Napoléon , il est difficile de se faire accepter, sur une simple promesse, comme étant l'empire de la paix. Je ne vous rappelle pas ce que ce grand héritage porte avec lui de redoutable, le fardeau de ces longues campagnes, de ces guerres d'extermination, de cette ambition effrénée dont la Finance a certainement .plus souffert que l'Europe. Je ne vous rappelle pas que nous avons eu cent quarante-trois départements, avec le Rhin pour frontière. Mais, comment ne pas évoquer des souvenirs plus récents et qui ne datent que d'hier? ce projet de loi, dont voici les restes, qui nous a été apporté Tannée dernière sous cette forme : « Donnez-nous 1,200,000 hommes 1 » qui, après l'abandon du projet des maréchaux, nous est revenu avec les mêmes exigences et sous une forme différente ; qui, en ce moment, se restreint, en apparence à 800,000 hommes, mais avec une garde nationale mobile de 400,000 soldats?

A l'heure qu'il est, on peut dire, je le sais, que, par une erreur des plus singulières, la loi n'organise Tarmée qu*& long terme, et n'augmentera que dans sept ou

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buit ans le nombre de vos bataillons. Mais le projet actuel est la conséquence du premier, du second, du troisième; il procède du même esprit, il tend au même but. G*est la guerre, vous dis-je (C'est celai Très-bien! à la gauche de l'orateur.)» et il n'y a pas de déclarations pacifiques qui puissent faire que pendant que tous organisez ainsi la guerre, que pendant que vous développez Tarmée, que pendant que tout le monde voit que c'est à cela que vous tendez, on puisse croire qu'en effet c*est la paix que vous voulez.

M. le rapporteur était bien plus dans la vérité des faits à la dernière séance; la vérité parlait par sa bouche. Je ne m'étonne pas qu'après avoir passé un si long temps à étudier avec tant de scrupule cette loi militaire, après avoir manié en idée tant de contingents et tant de bataillons, il vienne nous dire : Nous voulons tous la paix, mais il n'y a qu'un moyen de Tobtenir, c'est une grande guerre I (Mouvements divers.)

Quant à moi. Messieurs, moi partisan de la paix, savez-vous ce que j'ai au fond du cœur? c'est que, s'il fallait choisir entre une grande guerre suivie de la paix et cette espèce de paix armée dont vous nous parlez, qui consiste à armer toute la nation, à donner tous 'nos hommes et tout notre argent pour ne pas faire la guerre et pour être toujours prêts à la guerre, j'aimerais mieux une grande guerre dans laquelle on mettrait tout ce qu'on a de sang dans les veines et tout ce qui reste d'argent au fond de notre trésor épuisé', guerre après laquelle nous aurions enfin l'espérance sérieuse de la paix, que vous nous enlevez jour par jour, avec vos déclarations pacifiques.

Oui, j'aimerais mieux une grande guerre que la paix armée, que cette organisation qui a tous les inconvénients de la guerre, avec cela de plus qu'elle ne finit jamais, qu'elle ne donne pas la seule chose qui puisse consoler des batailles : cette énergie, cette virilité des

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