LA LIBERTÉ DE U PRESSE
NOTE PRÉLIMINAIRE
Dans un pays où la liberté de la presse n'existe pas, il n'y a de sécurité ni pour les affaires, ni pour les personnes. Les droits politiques n'y sont pas garantis. Les citoyens sont sans force et sans recours contre la toutepuissance administrative.
Il serait bien facile de démontrer qu'il n'y a pas de crédit véritable sans publicité. Supprimez par la pensée le bulletin quotidien de la Bourse, le compte rendu heb* domadaire de la Banque, la discussion du budget à la Chambre et la publicité des rapports officiels du ministre des finances : est-ce que le crédit de TÉtat, est-ce que celui des compagnies et des particuliers sera possible? Avec la publicité, on s'adresse à l'intelligence des capitalistes ; avec le secret, à leurs superstitions et à leurs convoitises. Dans un pays d'absolutisme et de silence, le crédit n'est qu'une loterie ; le commerce y est à Tétat d'une commandite où personne n'a le droit de surveiller les gérants. Law, qui n'a guère été qu'un fripon sous le gouvernement absolu, aurait peut-être été un homme de génie avec la liberté de la presse.
De même dans Tordre judiciaire, quand même on me donnerait des juges élus, temporaires, un jury, le droit de récusation, la libre défense, je ne serais pas assez protégé sans la publicité. Il faut que mes juges répon-
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dent devant leur juge, qui est Topinion. Tout ce qui est secret est suspect. La justice rendue à la clarté du jour est nécessairement de la justice; la justice par commissaires, la justice à huis clos est infailliblement de la tyrannie.
La presse, nécessaire au crédit et à la justice, Test bien plus encore à cette fonction vitale de la société, la législation. Entre les lois discutées à huis clos par une assemblée, ou des oukases publiés par un autocrate, la différence est vraiment bien petite! Mais des débats rendus publics par la voie de la presse, imposant à chaque élu la responsabilité de ses paroles et de ses votes, donnant à chaque loi ses considérants et son oommentaire, voilà ce qui constitue réellement le gouvernement du peuple par le peuple ; ce qui donne aux lois une base et une force, à la politique une explicatioa, au progrès un instrument. Oter la publicité des débats sous un régime de suffrage universel, où il ne peut y avoir d*àutre compétence législative que celle du peuple, c'est éter à la loi sa légitimité. C'est tout comme si on supprimait la démonstration des théoirèmes.
La première de toutes les libertés politiques, c'est assurément Tintervention du peuple dans la formatioB de la loi. Cette intervention est réalisée chez nous par l'établissement du suffrage universel. Voilà certes la plus libérale des institutions ; il me reste un point à éclaircir : les élections sont-elles libres ? Notez que ce point renferme tout ; car donner un droit de contrôle à des députés choisis par le pouvoir qti'il s'agit de contrôler, ce serait jouer ubo indigike comédie. Il en sera pourtant ainsi, quelles que soient les formalités de l'élection, si la presse n'est pas libre.
J'aurai beau, en effet, répandre cent mille circulaires, en afiicher vingt mille, et distribuer deux cent mille bulletins : pour les 15 ou 20,000 francs que xsela me coûtera, je n'aurai donné aux électeurs qiie du pa-