LA LIBBBTÉ DE LA PRESSE
pier. Je leur aurai appris ce que je pense de moi-même. Ce qu'il faut aux ^«cteurg, e'<est rattache d'oae opir nîon, c'est la garantie que donne l'adoption d'une can* didature par un journal connu, et par le parti q-ue «ce joiîirnal repi^sente. Personne assurément ne sera tenté de dire que, sous ua régime de S4iffrage universel, il suffit à chaque électeur, pour se former une opinion indépend^ie, de recevoir un buMetin et une pancarte. Si les candidatures d'opposition se multiplient, je demande aux hommes de bon sens ce que vo&t devenir les électeurs des cam^pagnes, entre toutes ces éloquences. Bison&-le à tous les partis : il n'y a pais d'élections sans discussion libre de toutes les candidatures et sans liberté de la presse.
Regardons maintenait cette administration si bien liée, où tous les foiictionnaires dépendent si étroitement les uns des autres et ne relèvent que de leurs chefs, sans aucune responsabilité devant le public : le fameux article 75, incenivu chez les autres peuples, achève de la rendre inviolable. On croyait autrefois donner satisfaction au principe de liberté en disant que le premier fonctionnaire, c'est-à-dire sans doute le chef du département ministériel, répondait pour lui et pour les autres; aujourd'hui la responsabilité des ministres, ou tout au moins leur responsabilité légale, a disparu. Supposez cependant qu'il reste quelque arme défensive dans quelqu'un des innombrables articles de nos codes : qui avertira le citoyen de son droit? Qui surtout l'avertira de son devoir ? Qui le soutiendra dans la lutte où il s'engage ? Qui le garantira des négligences, des dénis de justice que l'administration voudrait lui opposer? La presse, et elle seule. Sans la publicité, le courage civil est toujours une exception, presque toujours un» impossibilité. Il en est du courage civil comme du courage militaire ; c'est surtout sous les yeux de son régiment, animé par le bruit des trompettes et l'odeur de
80 LA POLITIQUE BADICALB
la poudre, qu'un soldat se sent au-dessus du péril. Il ne faut pas en rougir : Thomme a besoin de Thumanité. Pour que Tesprit public se forme et se maintienne, il faut cette grande et puissante voix de la nation qui distribue chaque jour le blâme et Téloge, qui rappelle sans cesse les intérêts communs, les principes sociaux, et qui met sa puissance collective au service du droit de chaque citoyen. Quand la société était fondée sur l'autorité, on se passait de la presse, parce qu'il y avait la religion pour la morale, les traditions de caste pour rhonneur et le patriotisme, la protection des corporations pour la défense des droits individuels; aujourd'hui, sous un régime qui prétend être celui de la liberté, qui l'invoque, et qui ne saurait, sans se déshonorer et se compromettre, invoquer un principe différent, nous ne pouvons avoir qu'anarchie et oppression, sans cette liberté de la presse, seul organe désormais de la vie intellectuelle et morale du pays, et condition indispensable de toute résistance légale. Quoi qu'on fasse, il n'y a aucune liberté dans un pays où la presse n'est pas libre.