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DES PARTAGES A LA DERNIERE INSURRECTION

force élémentaire, au point que le « Comité central » (le gouvernement national occulte), lui-même, devint incapable de la modérer et de la diriger, et se trouva contraint de proclamer l'insurrection (22 janvier 1863), tout en sentant que l'heure n'avait pas encore sonné et que le mouvement n'avait que des chances douteuses de réussir. L'incendie se propagea avec une telle rapidité que les conservateurs, s'apercevant qu'ils perdaient pied, eurent recours à un stratagème désespéré et, comme le général Chlopicki, généralissime de l'armée polonaise en 1830, adhérèrent au mouvement dans l'espoir qu'ils parviendraient à s'en rendre maîtres.

Si l'on veut bien se souvenir des conditions au milieu desquelles s'était développée la génération de 1831, on se rendra très aisément compte de cet état de choses. L'éducatrice de la génération nouvelle avait été la pohtique même du gouvernement qui s'était appliqué à empêcher le pays de retrouver son équilibre après les ébranlements antérieurs et qui avait travaillé pendant trente ans à préparer une nouvelle explosion.

Des réformes datant de quelques mois, qui rétablissaient l'autonomie, sans l'armée et sans la Diète, il est vrai, mais toujours d'une façon assez large, ne pouvaient pas réparer le mal que des années de rigueurs avaient accumulé; ainsi que s'exprimait judicieusement un de nos écrivains politiques « les poudres étaient rassemblées, il suffisait d'un simple briquet et, à défaut de celui-ci, un cierge dans une église, une chandelle dans la soupente d'un étudiant, une étincelle jaillissant d'une enclume les auraient enflammées. »

Les réformes ne faisaient pas l'effet d'actes sages^ conséquents, accomplis par des hommes d'Etat convaincus de leur nécessité, mais bien d'expédients conçus par des policiers aux abois, qui ne savaient plus comment enrayer la mutinerie déchaînée dans la rue. On les concédait au dernier moment avec une hâte fébrile, souvent par télégramme, sans s'apercevoir qu'elles n'avaient plus le caractère de concessions spontanées, mais bien les apparences délétères de conquêtes extorquées par la violence.

Le changement de système, dans ces conditions, ne pouvait calmer l'exaltation des têtes troublées par les excitations qui affluaient de l'étranger. On ne vit dans les réformes consenties que des signes de la faiblesse de l'Etat. Elles ne réussirent même pas à convaincre les hommes mûrs et raisonnables : ils ne

lO LA POLOGNE ET LA RUSSIE

croyaient pas à la bonne foi du gouvernement. Aussi ces réformes si précieuses ne firent-elles que précipiter le mouvement révolutionnaire. Cela peut paraître inconcevable aux esprits qui ne vont pas au fond des choses et des âmes, mais il n'en est pas moins vrai que ce fut ainsi (le fait n'est pas isolé dans l'histoire), et ce devait être ainsi : des concessions accordées trop tard ne pouvaient engendrer qu'une équivoque aux yeux des illuminés lancés sur une pente dangereuse, et les induire en erreur

en leur faisant croire qu'ils avaient trouvé la bonne voie

Il fallut quinze mois pour éteindre l'incendie auquel on avait, pendant trente ans, fourni la matière combustible.

Les austères critiques historiques considèrent l'insurrection de 1863 comme une sorte de folie, d'aveuglement. Nous aurions dû, affirment-ils, profiter des avantages et des adoucissements accordés en 1861-1862. Nous connaissons déjà les causes de cette folie et de cet aveuglement; nous savons que les trente ans du dur règne de Paskiewitch non seulement n'avaient pas étoufifé mais avaient au contraire attisé les regrets de l'indépendance perdue ; nous savons que la nation n'avait pas su résister à la tentation d'essayer ses forces dans une lutte inégale, et qu'elle avait pris les armes aussitôt que les clameurs de liberté étaient parvenues jusqu'à elle d'au-delà des frontières, avec le mirage de vagues promesses européennes d'intervention et de secours. Nous savons aussi comment finit cet entraînement et à quelle liquidation atroce il aboutit. Des milliers d'adolescents, la fleur même de la nation, son bien le plus précieux et son espoir, tombèrent sur les champs de bataille ; les gibets se dressèrent plus nombreux que les croix des carrefours ; les victimes prirent le chemin de la Sibérie par dizaines de mille; à ceux qui restèrent à la garde du foyer et qui durent vivre, on reprit jusqu'au dernier vestige d'une autonomie quelconque, et tous les efforts tendirent à anéantir la résistance et la pensée même d'une résistance possible.

Ce furent des représailles sanglantes, terribles, implacables.

Toutefois, pendant quelques années encore, on n'abolit point l'individualité politique du Royaume. La répression nationale ne commença pas à fonctionner tout de suite. Les réformes de 1861-1862 ne furent pas rétablies, il est vrai, malgré la promesse de l'Empereur, publiée dans le rescrit adressé au Grand-Duc Constantin (en décembre 1863), mais, jusqu'à un certain point,

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