DES PARTAGES A LA DERNIERE INSURRECTION II
on admit en principe que le pays avait quelque droit à sa propre personnalité, dans son développement national et social. La réforme de Miloutine (1866) laissa la langue polonaise régner dans l'enseignement tout entier, du haut en bas, depuis l'université jusqu'à l'école primaire. Le manifeste de l'empereur Alexandre II, daté de Jugenheim, accorda à la jeunesse polonaise la faculté de s'instruire dans sa langue maternelle, et déclara que jamais l'école ne serait entre les mains du gouvernement un « instrument politique ».
Soudain, en 1867 — alors que la population ne pensait qu'à guérir de ses blessures et que rien n'était en état de justifier la nécessité de nouveaux châtiments — il y eut dans la politique une réaction inattendue et violente. Le nouveau ministre de l'Instruction publique, comte Dimitre Tolstoï, élabora un nouveau plan d'éducation. L'organisation scolaire en Pologne, qui venait à peine de recevoir la sanction impériale de par la volonté de l'empereur Alexandre II (en 1862), fut du coup anéantie ; à sa place, on introduisit un nouveau règlement ayant pour but la russification complète des écoles ^ Non seulement le polonais fut rayé du programme, en tant que langue d'enseignement, mais il fut même enseigné en russe. On confia enfin l'éducation de la jeunesse à des pédagogues venus de Russie,
Après une accalmie relative (l'administration du général Albedynski, de 1879 à 1881), pendant laquelle le système ne s'amenda pas, mais fut plus amène dans ses formes, il y eut une recrudescence fiévreuse de russification sous le sévère gouvernement du général aide-de-camp Hourko. La lutte contre la nationalité et contre la culture polonaise passa à l'état aigu. Hourko était secondé et même surpassé par un fanatique de la russification, le curateur (l'inspecteur général) de l'enseignement dans le Royaume, • Al. Iv. Apoukhtine.
Et cette recrudescence d'oppression nationale se manifestait au lendemain de 1877, de la grande guerre entreprise par la Russie pour la libération des Slaves méridionaux (je me souviens des placards affichés sur les murs de Varsovie, invitant les Polonais à participer aux collectes), alors que tout le pays était tranquille, qu'on n'entendait parler nulle part de cons-
* D'abord par décrets ministériels (ce ne fut que quelques années plus tard qu'on donna i ces règlements une forme législative et qu'on les promulgua) en date du lo février 1868 et du i" mai 1869.