‹ La politique russ en PologneChapitre 15 sur 32 · POLITIQUE SOCIALE · texte numérisé non relu

POLITIQUE SOCIALE

gonisme. Le gouvernement persévéra pendant des années dans ces errements en se berçant de l'étonnante illusion qu'il arriverait à ses fins. Mais, dès 1897, on trouve dans le rapport du prince Imérétynski des avertissements qui prouvent que le paysan polonais, non seulement ne s'était pas désintéressé des affaires de la nation, mais qu'il commençait à vivre, à sentir à l'unisson avec elle, et qu'il prêtait l'oreille à la propagande politique. Le prince Imérétynski souligne, dans ce mémoire de 1897, que la « progagande révolutionnaire » fait beaucoup de prosélytes dans les campagnes, comme en témoignent « les rapports de la gendarmerie et de la police » (p. 25). Les dernières illusions s'envolèrent après 1904 et 1905, quand les paysans se déclarèrent ouvertement en faveur des partis nationalistes et qu'ils peuplèrent les prisons. Il fallut punir de fortes amendes les communes et les villages pour leur résistance aux autorités et leur activité patriotique; enfin, lors des élections à la Douma, les paysans votèrent en masse pour les candidats de la fraction des démocrates-nationalistes.

D'où provenait ce revirement?

Tout en suivant les idées de Miloutine on avait négligé le bien-être du paysan polonais \ et, de plus, on s'était attaqué à ses prérogatives de 1864 qui affirmaient sa nationalité. Son autonomie fut paralysée ; le bras des préfets, et même des simples agents de la police rurale, s'appesantit lourdement sur lui. On abolit le polonais dans l'administration des communes. Arbitrairement, comme en témoigne le compte rendu du Comité des Ministres du 6 (19) juin 1905, l'école polonaise fut supprimée en 1871, et on y substitua un copieux enseignement du russe, tout mécanique pour ces frustes cerveaux. Les protecteurs officiels des paysans, les « commissaires ruraux », se vantaient d'ignorer la langue du peuple ^ On reprit aussi, en 1885, ^^^ membres des communes^ le droit d'influer sur la nomination des instituteurs primaires, et le clergé fut exilé de l'école. Le

' « On a trop facilement cru que les paysans sont et resteront toujours fidèles au gouvernement russe, alors que vers 1862 ils n'ont été que reconnaissants. En se fondant sur cette supposition que rien ne justifiait, le gouvernement, trop sûr de lui-même, est entré, depuis vingt ans, dans une période de complète inertie » (Rapport du prince Imérétynski, page 2S).

^ Dans les comptes rendus du Comité des Ministres du 6 (19) juin 1905, nous lisons ce qui suit : « La population des campagnes exprime souvent son mécontentement de ce que les commissaires ruraux, ne connaissant par la langue polonaise, ne peuvent souvent pas comprendre la signification essentielle des requêtes que la population leur adresse. »

rouleau niveleur de la russification avait atteint le bas peuple, la classe la moins éclairée, mais la plus nombreuse de la nation. Pour prouver que mes affirmations ne sont pas exagérées, voici l'extrait d'un document officiel ; c'est un mémoire publié en 1899 par la chancellerie du gouverneur-général de Varsovie, sur la situation de l'école primaire dans le Royaume (Isioritcheskii otcherk szkolnaho die la, etc.).

« Comme la plupart des fonctionnaires d'origine russe sont peu familiarisés avec la langue polonaise, cette langue a dû être presque totalement éliminée du programme de l'enseignement, ce qui provoque les récriminations des paysans qui, sans être opposés à l'étude du russe, et même en la recherchant, désireraient toutefois que leurs enfants sachent aussi lire et écrire leur langue natale. » « Une longue suite de plaintes déposées à la chancellerie du gouverneurgénéral lui ont fait voir cet état de choses, et comprendre ce qu'il avait de mauvais. Des enquêtes ont établi que la transformation de la plupart des écoles villageoises en écoles communales avait été accomplie contre la volonté des assemblées d'électeurs, sous la pression des autorités administratives, en flagrante violation de la loi ; les décisions de ces assemblées étaient souvent fabriquées de toutes pièces dans la retraite des bureaux de la mairie ou de la préfecture, où l'on falsifiait les signatures des membres du corps électoral, en mettant tout simplement au bas des arrêtés des croix en regard d'une liste de noms. On était allé si loin dans l'emploi de l'arbitraire que des signatures de morts furent apposées sur les procès-verbaux. Les personnes qui avaient le courage de protester contre ces illégalités étaient mises en prison et tombaient sous le contrôle de la police. Aux yeux des paysans, l'école a perdu son prestige et a cessé d'être populaire. La question semble immobilisée dans un cadre rigide qui, un certain temps, en a entravé le développement. Les fautes des propagateurs de ce système ont provoqué l'indifférence, souvent même l'hostilité des paysans contre l'école, et, comme la population du pays, intelligente, vive et impressionnable, ne pouvait cependant pas se passer d'instruction, des écoles clandestines qui s'inspirent d'un esprit indésirable commencent à supplanter l'école officielle. »

La politique officielle, se proposant de creuser un abîme de plus en plus profond entre les classes lettrées et le peuple, et de gagner celui-ci au gouvernement, n'avait pas prévu que le paysan, relevé matériellement (par l'émancipation) et formé socialement (par l'autonomie communale), prendrait son essor, et, qu'en raison même de ce progrès, les différends qui le séparaient des autres classes de la société, loin de s'envenimer davantage, tendraient plutôt à s'atténuer.

On n'avait pas prévu qu'en lui reprenant l'enseignement de

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