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CHAPITRE VII Insuccès des tentatives « d'entente

Avènement de Nicolas II (1894). — Les espoirs qu'il fait naître, — Députation polonaise à Saint-Pétersbourg. — Détente sous le gouvernement de Chouwalow (1895- 1896). Imeretyniki (1897). — Visite de l'empereur à Varsovie {1897). — Souscription nationale. — Magnificence de l'accueil spontané qui lui est fait. — Le système de russification n'en persiste pas moins, malgré les adjurations du prince Imeretynski. — Celui-ci n''introduit pourtant pas la réforme qu'il préconise. Ukase concernant les Uniates (1898). Décret de 1899 sur l'emploi du polonais dans les sociétés privées Décret de 1900 sur l'enseignement secret du polonais. — Mort d'Imeretynski (1900). Tchertkow lui succède. — « La manière forte ».

En 1894, les rapports polono-russes semblaient être arrivés à un tournant de l'histoire. Le règne qui avait laissé tant de souvenirs douloureux venait de prendre fin ; un autre commençait, qui apportait à la nation une lueur d'espoir, comme l'aube d'un meilleur avenir.

Le lendemain de l'avènement au trône de l'empereur Nicocolas II, un groupe de notables influents se rassembla à Varsovie et remit entre les mains du général-gouverneur Hourko l'expression de son loyalisme. De plus, une députation de vingt-six représentants de la population polonaise fut chargée de se rendre à Saint-Pétersbourg.

Cette députation n'était pas seulement désireuse de porter au jeune monarque les vœux et les hommages de la nation polonaise, elle était aussi l'émanation d'une idée poUtique partant de ce principe qu'une amélioration des relations entre Russes et Polonais devait commencer par un rapprochement entre ces derniers et la couronne. On se souvenait que l'Empereur Paul abrogeant en Lithuanie les lois répressives de Catherine II, Alexandre l" donnant en 1815 une constitution au Royaume de Pologne, et Alexandre II confirmant, en 1862,

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l'autonomie du Royaume, agissaient à l'encontre de tout leur entourage.

La députation arriva à Saint-Pétersbourg avec l'intention de présenter à l'Empereur une adresse dans laquelle, vu la gravité du moment, seraient exposés, en des termes pleins de respect, les aspirations et les besoins du pays. Mais ce projet fut abandonné à la dernière heure. L'avis prévalut qu'il ne fallait pas troubler la première entrevue avec le souverain par un acte qu'on aurait pu interprêter comme une tentative de tirer parti de la solennité du moment. La députation se confondit donc avec à celles qui de tout l'Empire étaient venues se présenter au nouveau tsar. Elle n'émit aucune déclaration d'un caractère politique. Ce détail peint, on ne peut mieux^ les dispositions qui animaient ce groupe dont les membres n'étaient cependant pas tous partisans déclarés de « l'entente».

Les années 1895 et 1896 s'écoulèrent calmes. Le pays respirait un peu librement. Dans les relations entre le gouvernement et la population, une certaine détente se faisait sentir. Le succcesseur de Hourko, le comte Chouwalow, n'introduisit à proprement parler aucun changement, mais il avait des manières affables et, à son instigation, la censure se relâcha. Quand la maladie l'obligea à se démettre de ses fonctions, la presse lui fit des adieux sympathiques. La nomination du prince Imérétynski et la retraite d'Apoukhtine firent dans le pays une excellente impression. L'année 1897 commençait sous des auspices de confiance et d'espoir.

Lorsque le prince Imérétynski entreprit, en mai 1897, une tournée dans le Royaume et visita tour à tour les chefsheux des gouvernements et d'autres villes de moindre importance, son voyage se transforma presque en un triomphe. Partout les représentants des institutions sociales polonaises vinrent saluer en lui le précurseur d'une ère plus clémente pour la Pologne.

Quelques mois plus tard, on apprit que Sa Majesté l'Empereur se proposait de visiter Varsovie en automne. Cette nouvelle électrisa tout le monde. On projeta de rehausser l'accueil solennel que l'on préparait en rassemblant, à Taide d'une souscription publique^ un million de roubles, qui devait être mis à la disposition du souverain en signe d'hommage. Un comité fut créé, des délégués se répandirent dans le pays. Des listes circulèrent ; on quêta partout : dans les salons, dans les cercles,

dans les églises, sur les champs de foire, et, au bout de quelques semaines, le million fut réuni \ somme considérable pour un pays relativement pauvre.

La magnificence de l'accueil que Varsovie prépara aux souverains défie toute description. Les rues que devait parcourir le cortège étaient décorées avec beaucoup de luxe et* d'art. L'armature du pont de la Vistule disparaissait sous les fleurs et la verdure. Partout ce n'étaient que mats surmontés d'oriflammes, balcons drapés de tapis et arcs de triomphe. Les cloches de toutes les églises sonnèrent à toute volée pour annoncer l'arrivée du couple impérial, et une foule innombrable se pressa sur son passage en l'acclamant, ainsi que de multiples députations du clergé, de la noblesse, des notables de la ville, des artisans, des ouvriers, des confréries, corporations et sociétés sportives qui toutes avaient arboré leurs insignes. La police fut écartée, la force armée confinée dans les casernes, et cependant l'ordre fut partout exemplaire, malgré l'énormité de la foule. Le soir, une illumination splendide s'alluma spontanément.

La presse polonaise des camps les plus opposés fut unanime à souhaiter la bienvenue aux souverains en termes cordiaux et enthousiastes. Le lendemain, des offices solennels avec des « Te Deum » furent célébrés dans les églises. Une députation de quarante-cinq personnes, conduite par le marquis de Wielopolski, se présenta à la résidence impériale, à Lazienki, et S. M. l'Empereur, répondant à ses hommages et à ses affirmations de loyalisme, déclara « qu'il croyait à la sincérité de l'attachement que la députation était venue lui exprimer au nom de la population polonaise ». Paroles d'une portée d'autant plus grande qu'elles étaient prononcées par un souverain qui personnifiait tout le pouvoir de l'Etat, et qu'elles retentissaient dans un pays affligé d'un régime basé précisément sur le « manque de confiance ».

L'attitude de la population et de la presse polonaise en ces jours mémorables indiquait que la nation était prête à une réconciliation avec l'Etat, fondée sur la reconnaissance de nos droits à une vie nationale et à une culture distincte. Il ne dépendait que du gouvernement de faire un pas pour réaliser cette idée politique, rendre normal le cours des choses en Pologne, améliorer les relations polono-russes. Ce pas, pourquoi ne l'a-t-on pas fait? Pourquoi ces événements d'une importance

• L'Empereur le destina, comme on sait, à l'édification d'une école polytechnique à Varsovie.

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