INSUCCES DES TENTATIVES « D ENTENTE
si exceptionnelle ont-ils passé sans laisser de trace, et pourquoi précisément depuis ce moment la situation a-t-elle empiré même?
La nation polonaise a beaucoup d'inclination à l'enthousiasme; par conséquent l'accueil chaleureux fait au couple impérial n'est pas un argument suffisant. Mais tous ceux qui se trouvaient alors à Varsovie et qui savaient regarder, observer et écouter peuvent témoigner qu'en dépit de l'animation intense qui régnait dans la foule, la mentalité des masses restait sérieuse^ grave, sans l'ombre d'un optimisme exagéré. Ce qui frappait surtout, c'est que nulle part on n'escomptait aucun profit, car tout le monde était d'accord sur ce point qu'il fallait avant tout rompre la glace, qu'il ne s'agissait pas de discuter les articles d'une charte, mais de faire connaître la nécessité d'un changement de régime.
Si le gouvernement russe avait fait un pas décisif dans la voie de l'entente, en s'inspirant exactement des paroles impériales prononcées au palais de Lazienki, le 17 (30) août 1897, les relations polono-russes auraient pris une tout autre tournure. 11 suffisait, pour le moment, de réformer les écoles, de promettre l'autonomie urbaine et rurale, et d'instituer une commission pour la revision de la législation exceptionnelle.
On ne fit rien de tout cela; et ce que l'on fit, et ce qu'on projeta de faire encore était l'antithèse^ le démenti criant des paroles de l'Empereur qui avait pourtant déclaré « qu'il avait foi en la sincérité des sentiments des Polonais ».
Il est possible qu'on ait eu l'intention de relâcher tant soit peu la rigueur de l'oppression, mais en même temps on n'abandonna aucune des idées fondamentales de la politique russe en Pologne. « Aucune brèche dans le système », aucune concession à la nation polonaise! La malveillance devait continuer à être le principe directeur du régime en Pologne.
Déjà, pendant les fêtes d'août, certains incidents, par leur contraste avec les dispositions des masses, avaient risqué de froisser l'opinion publique. La police avait veillé attentivement à ce que nulle part, sur la route que devait suivre le cortège impérial, il n'y eût d'inscription de bienvenue en polonais. Elle les avait écartées soigneusement, comme si des effusions dans la langue du pays n'eussent pas été la preuve la plus éloquente que l'accueil était sincère, spontané et non conventionnel.
Le lendemain de l'arrivée du couple impérial, une circulaire fut envoyée aux employés de l'administration pour leur rappeler un règlement quelque peu oublié et auquel on ne s'était jamais tout à fait conformé (parce que c'était presque impossible). Or, ce règlement défendait aux employés de se servir du polonais dans leurs rapports avec le public...
Le prince Imérétynski qui, sans être un homme d'Etat remarquable, était un parfait galant homme, voulait sincèrement du bien au pays; il comprit, après s'être rendu compte de la situation, qu'on ne pouvait pas continuer à gouverner comme on l'avait fait jusqu'alors. Dans son rapport de 1897, il répète à chaque instant qu'il faut changer du tout au tout le système politique en Pologne, « que le gouvernement ne peut pas s'appuyer uniquement sur des baïonnettes » (page 56). Il qualifie les tendances russificatrices « d'utopie nébuleuse » (page 48); il affirme que si l'on continue à administrer le pays à l'aide de « répressions », d'après les « errements du passé », la méfiance et l'hostilité de la population contre le gouvernement russe, non seulement ne disparaîtront jamais, mais ne feront qu'augmenter (page 27).
Le prince Imérétynski s'en rendait bien compte, et cependant il n'essaya même pas de réaliser les conclusions qui s'imposaient à quiconque voyait la question sous cet angle. Son horizon politique n'était-il pas assez large ou plutôt, ne se sentant pas appuyé par les organes locaux, et connaissant l'attitude hostile de Saint-Pétersbourg, ne se croyait-il pas assez fort pour assumer courageusement et franchement le rôle de réformateur ? La chose en soi est indifférente. Ce qui importe, c'est que dans le rapport, rédigé quelques mois après le séjour de l'Empereur à Varsovie (en janvier 1898), il ne tentait d'ébranler aucune des bases essentielles du système en vigueur, et qu'il n'y effleurait qu'incidemment, et qui plus est dans un sens négatif, la question urgente de l'autonomie locale.
Le prince Imérétynski, du reste, dans l'avant-propos de son mémoire avait, au préalable et de son propre mouvement, rétréci jusqu'au minimum le programme des réformes qu'il préconisait, facilitant de la sorte au gouvernement les moyens de passer outre. « Le moment n'est pas encore propice aux innovations (c'est-à-dire à l'introduction de la législation normale à la place des lois d'exception), écrivait-il ; il faut attendre que les passions