CHAPITRE VIII
Influence de la guerre russo-japonaise, de la révolution et de la Constitution.
Conciliabules au cours de l'automne de 1904. Le parti conservateur présente à l'Empereur un mémoire exposant les effets néfastes du système russificateur. — Ukase de la Noël 1904. — Acte de tolérance de 1905. — Emeutes et révoltes en Russie. — Le manifeste constitutionnel du 30 octobre. — La r -volte s'affirme. — Elle est refrénée. — La Douma est dissoute. — Les effets de la Constitution sont à peu près nuls en Pologne. — La «Maternelle scolaire » ne dure qu'un an et demi. — Ses bienfaits. — En Pologne, les socialistes, seuls, ont suscité des troubles.
Les cinq années de l'administration du général-gouverneur Tchertkow (1900-1905) rappelèrent parleur sévérité et leur inconscience les pires époques de Paskiewitch et de Hourko. La vie nationale de la Pologne s'éteignit, du moins à la surface. La littérature et la presse furent étreintes d'une main de fer ; tout travail social et civilisateur devint impossible; les répressions politiques sévirent en permanence.
Au commencement de 1904, apparurent les lueurs sanglantes de l'incendie allumé en Extrême-Orient: la guerre russojaponaise venait de commencer. Elle dura un an et demi, et marqua un tournant dans l'histoire de la Russie. Ce fut une guerre onéreuse, qui coûta cinq milliards de francs et un demimillion d'hommes ; ce fut aussi une guerre que la continuité des défaites infligées à un Etat puissant par un adversaire injustement dédaigné rendit extrêmement humiliante.
En automne 1904, avant la prise de Port-Arthur, alors que la défaite, en dépit de toute une série d'échecs militaires, n'était pas encore définitive, une agitation sourde commença en Russie. Il y eut des conciliabules et de sourdes menées contre le gouvernement qui, selon l'opinion générale, par sa politique intérieure réactionnaire et l'insouciance de sa politique extérieure, conduisait la