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LA GUERRE, LA REVOLUTION, LA CONSTITUTION

Russie à une perte inévitable. En Pologne, la société sortit également de sa torpeur. La première prote5.tation politique émana du parti conservateur-modéré du Royaume (parti réaliste), dont les chefs, au nombre de vingt-trois, présentèrent à S. M. l'Empereur, par l'intermédiaire du Ministre de l'Intérieur, le prince Swiatopolk-Mirski, un mémoire dans lequel ils exposaient la stérilité et la nocivité du système russificateur. Vinrent ensuite d'autres protestations et d'autres mémoires plus vifs dans leur forme, et dont les auteurs appartenaient en général au parti nationaldémocrate, dominant dans le Royaume. A Noël (1904), fut publié un ukase impérial qui ordonnait au Conseil des ministres de soumettre à la révision les lois et les règlements « restrictifs des droits nationaux et religieux des autres nationalités de l'Empire russe ». Cette initiative de l'Empereur se manifesta par l'Acte de tolérance d'avril 1905, autorisant les Uniates, convertis par force à l'orthodoxie sous le règne d'Alexandre III, à revenir au catholicisme,- et accordant aux Polonais le droit d'ouvrir des écoles polonaises privées (juin 1905).

Cependant l'agitation croissait continuellement en Russie, et revêtait un caractère révolutionnaire qui, pour n'être pas semblable aux insurrections armées et aux luttes sur les barricades, n'en était pas moins redoutable. Les révoltes militaires et paysannes furent assez facilement étouffées, mais les moyens modernes de révolution (grèves des chemins de fer, des postes, et télégraphes, etc.) se montrèrent plus féconds en résultats parce qu'ils désorganisaient profondément la vie pubhque et économique de l'Empire.

Le 30 octobre, fut publié un manifeste constitutionnel qui annonçait une ère nouvelle de liberté et de justice. Il était dû à l'influence, toute-puissante alors, du comte Witte, signataire du traité russo-japonais de Portsmouth, jointe, à ce que l'on prétend, à l'action efficace d'un des grands-ducs.

Le manifeste annonçait des réformes ; mais la société russe, excitée et méfiante, n'attendant pas que ces promesses prissent corps, se mit à « réaliser les hbertés », Les éléments révolutionnaires ne désarmèrent pas en présence du manifeste : au contraire, ils relevèrent la tête. Toute l'organisation de l'Etat fut ébranlée jusque dans ses fondements. Le comte Witte lui-même, créateur de la Constitution et président du Conseil des Ministres, se rendit compte qu'il fallait réprimer la révolution à tout

prix. Sous ses successeurs, MM. Goremykine et Stolypin, la première et la seconde Doumas furent dissoutes au bout de quelques mois, et le système électoral réformé. Le parti des libertés constitutionnelles (les Cadets), qui dirigeait ces assemblées, avait menacé le gouvernement du refus de vqter le budget et le recrutement militaire. Il fut dompté. On ajourna la mise en vigueur de certaines libertés, d'autres furent restreintes. La vieille bureaucratie réactionnaire revint au pouvoir et, avec elle, le chauvinisme braillard des nationalistes russes.

Quelle a été l'influence de ces événements sur les destinées du pays polonais ?

La constitution de 1905 avait apporté à la nation polonaise, comme d'ailleurs à toutes les nationalités de l'empire russe, deux droits particulièrement précieux : la liberté de la presse et la liberté d'association. Mais le système dans le Royaume est en général resté sans changement. En vertu de l'ukase impérial de 1907, le nombre des députés polonais à la Duma fut réduit de 34 à 12 (un député par millions d'habitants!) La constitution n'a rétabli la langue polonaise ni dans l'administration, ni dans les tribunaux; l'université, les écoles publiques secondaires et supérieures sont restées russes; les Polonais sont comme auparavant écartés des emplois de l'Etat. Le pays ne possède, jusqu'à l'heure présente, ni autonomie urbaine, ni autonomie rurale. La religion catholique, religion des trois quarts de la population, n'est que tolérée. Le système russificateur a persisté dans ses grandes lignes.

En outre, des restrictions sensibles ont été apportées par les autorités administratives et judiciaires aux libertés constitutionnelles acquises, pour en affaiblir l'influence bienfaisante. L'école polonaise privée existe toujours, mais elle lutte contre les autorités scolaires locales qui la considèrent comme un mal nécessaire. La loi sur les associations est entrée en vigueur, mais différentes circulaires administratives sont venues tout de suite en limiter considérablement l'application.

La Société d'enseignement populaire dite « Maternelle scolaire » (Macierz Szkolna), la plus chère au cœur de la nation, la plus puissante aussi, fondée en 1906, a été dissoute après un an et demi d'existence. Cet événement a produit dans tout le pays une accablante impression.

Ecartée depuis quarante ans de toute participation à la vie

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