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LIGNE MATERNELLE

« Il est reçu presque partout que la femme passe dans la famille du mari ; le contraire est, sans aucun inconvénient, établi à Formose où le mari va former celle de la femme. » (Montesquieu, Esprit des lois, liv. xxiii, ch. i.)

« Les enfants dans f ile de Formose, dans la partie orientale habitée par les indigènes indépendants des Chinois, restent avec leurs mères; ils en portent le nom. Les femmes ont leur domicile particulier qui constitue celui de la famille; les hommes y viennent, mais n’y demeurent pas, car ils ont aussi leur domicile. » (Reciiteren, Collection des voyages de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, t. v, p. 459. La Martinière, t. i.)

« Sur la côte du Malabar (Hindoustan anglais), les Européens, lors de leur invasion, remarquèrent que les femmes ne se connaissaient que du côté de leur mère; que celle-ci faisait leur état civil; que les enfants, comme à Formose et dans l’ancienne Égypte, portaient son nom ; qu’ils étaient aptes a hériter d'elle, de ses frères et autres parents, mais inhabiles a hériter de son mari, bien qu’il fut constaté qu’il était leur père. » (Robert, Géographie universelle, t. ii, p. 253. Collection des voyages de la Compagnie hollandaise, t. vi, p. 424.)

Pomponius Mêla affirme, d'après Hérodote, (pie les femmes, en Égypte, vendaient, achetaient et faisaient les affaires du dehors, sans le concours de leur mari ; d’après son récit, les enfants étaient élevés et dirigés par la mère et

en PRENAIENT LE NOM.

Ce récit est confirmé par Sophocle dans sa tragédie d 'Œdipe à Colone.

« Au Japon, il n’y a que les enfants de la femme donnée par l'empereur qui succèdent. « (Montesquieu, Esprit des lois, liv. xxiii, ch. v.)

Chez les Lyciens et les Xanthiens, l’enfant prenait le nom de sa mère; la mère seule et non le père transmettait à l'enfant le droit de citoyen libre. Les Xanthiens fixaient l’origine de cette coutume à une époque où les prières des femmes avaient délivré leurs ancêtres d'un fléau envoyé par la vengeance divine. Larcher pense qu’elle s’était plus probablement établie dans un temps où les mariages réguliers n’existant pas, les enfants ne connaissaient que leurs mères.

A Home, dans le cas d'une paternité incertaine, le nom de la mère formait celui de l’enfant ; c’est ce que fait présumer l'exemple de Nymphidius Sabinus, que le hasard tira d’une bassesse profonde pour l’élever aux premiers degrés de l’empire. Il avait pris le nom de sa mère, la courtisane Nymphidia.

Dans l’ancien royaume de Galicut et dans le Malabar, ce n’est pas le fils du roi qui lui succède, mais le fils de sa sœur.

Le même mode d’hérédité a lieu parmi les nations qui habitent les bords du Sénégal.

Autrefois, à Haïti, la dignité de prince était héréditaire, mais lorsque le cacique mourait sans enfants, la souveraineté était dévolue aux enfants de ses sœurs à l'exclusion de ses frères.

Chez les Natchez, le chef surnommé le Soleil n’était jamais le fils de l'ancien chef, mais l’enfant de la sœur du Soleil.

La même chose a lieu encore chez les Iroquois, les Durons et les Indiens du Mississipi.

A la mort d’un chef iroquois, sa succession revient aux enfants de la sœur de sa mère.

Les Indiens considèrent que les enfants de la sœur d'un chef peuvent être regardés avec plus de certitude comme étant du sang de ce chef que ses propres enfants.

Les Indiens prétendent que la femme est bien plus que l’homme la source de la famille; aussi donnent-ils toujours à leurs enfants le nom de leurs aïeules maternelles.

Il y a des nations chez lesquelles des raisons d’État ou quelque maxime de religion ont demandé qu’une certaine famille fût toujours régnante. Telle est aux Indes la jalousie de caste et la crainte* de n’en point descendre. On y a pensé que pour avoir toujours des princes du sang royal, il fallait prendre les enfants de la sœur aînée du roi.

« 11 fut réglé dans quelques dynasties de la Chine que les frères de l’empereur lui succédaient, et que ses enfants ne lui succédaient pas. » (Montesquieu, Esprit des lois, liv. xxvi, th. v.)

Citons maintenant des exemples empruntés à la France :

Agnès de Sully, devenue l’unique héritière de sa famille, épouse Guillaume de Champagne, à condition qu'il prendra le nom et les armoiries de Sully.

Marguerite de Rohan impose, en se mariant, la même obligation à Henri de Chabot.

Guillaume de Précigny substitue à son nom celui de Sairit-Maur Montauzier, (pii est celui de sa femme.

La maison de Bourbon offre l'exemple le plus remarquable de ces transmissions. Robert, sixième fils de saint Louis, épousa Béatrix de Bourgogne, qui lui apporta en dot la baronnie de Bourbon, dont elle était héritière et dont elle portait le titre et le nom. Or, Robert, en se mariant, prit ce titre et ce nom du chef de sa femme. Cette troisième maison de Bourbon donna naissance à la branche des Bourbons Montpensier, qui produisit celle des Bourbons La Marche, origine de celle des Bourbons Vendôme, d’où sortit Henri IV.

Autre exemple :

Par une de ces contradictions dont le code civil français est rempli en ce qui concerne la femme, les notaires ne reçoivent pas la déclaration portant le nom du mari.

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