‹ La politique universelle, decrets de l'avenirChapitre 73 sur 94 · V.— CÉLÉBRATION RELIGIEUSE DU MARIAGE · texte numérisé non relu

V.— CÉLÉBRATION RELIGIEUSE DU MARIAGE

o Pendant plusieurs siècles, le mariage était un sacrement sans qu’il y eût aucune autre forme que celle : \° qui constitue la validité de tout engagement parmi les hommes, telle que la liberté; en second lieu, celle que la loi naturelle exige pour les mariages, potentia, et l’exclusion d'un précédent lien à cause de l’indissolubilité; celle enfin qu’exigeaient alors les lois civiles, telles que le consentement du père de famille ou du maître, et l’exclusion de la parenté et de l’affinité dans certains degrés, référée à la loi civile, qui n’avait pas suivi en cela la loi du Lévitique. L’ancienne loi étant abolie par l’Évangile, et dont les empereurs chrétiens donnaient alors des dispenses, la bénédiction du prêtre, quoique fort ancienne dans la nouvelle loi, n’a été établie que par un usage .

« L’exemple de la publicité des mariages dans l’ancienne loi, et même dans le paganisme, a été celui que les premiers chrétiens ont cru devoir suivre. Quand on dit les premiers chrétiens, on ne parle point du premier siècle. .

« La présence du prêtre ayant eu pour objet principal la publicité, la présence du propre curé n’avant opéré aucune nullité dans les mariages jusqu’au concile de Trente et aux ordonnances du royaume qui ont adopté en partie sa disposition, cette commission donnée au prêtre ne peut avoir aucune applicafion à la matière du sacrement, qui ne consiste que dans l’engagement réciproque des parties. » ( Uapport au conseil d’État présenté en / 7ai, sur les mariages des protestants, par M. Joly de Fleur;/, procureur général au parlement de Paris sous Louis XV, pages 165 et suivantes.)

« Il reste la bénédiction nuptiale que 1 Église ne saurait donner qu’à des catholiques, et que des religionnaires (les protestants) ne peuvent recevoir légitimement en France des ministres de leur secte. Elle est nécessaire aujourd'hui parmi nous pour la validité d’un mariage catholique. Elle ne l’a pas toujours été; et on sait que l’Église a reconnu longtemps pour valables des mariages où elle n’était pas intervenue. File est encore bien moins nécessaire chez les protestants et surtout chez les calvinistes. Ils ne reconnaissent point le

mariage pour un sacrement. La bénédiction nuptiale n'est, selon eux, qu'une cérémonie religieuse qui n’est point essentielle à la validité du mariage. Elle sert plutôt à la constater. Son essence consiste dans la foi mutuelle que se donnent les parties, et pourvu que cet engagement mutuel soit bien constaté , le mariage est reconnu pour valable. » ( Mémoire sur les moyens de donner aux protestants un état civil en France , composé par ordre de Louis XV, par M. Gilbert des Voisins, conseiller d’Etat, p. 109.)

« Ce que nous voyons, au reste, de plus uniforme dans les rites auxquels les nations attachèrent la sanction du mariage, ce fut l’usage d’y faire intervenir la religion et d’appeler Dieu même à témoin des promesses que se faisaient les époux. Les premiers mariages avaient été célébrés avant que les familles se fussent réunies pour former des nations et dans un temps où la religion suppléait à toutes les lois civiles.

« Jésus-Christ avait institué le sacrement de mariage, mais comme son règne n était pas de ce monde, il n’avait rien statué sur le lien du mariage ; lorsqu’il en avait parlé, ce n’était point en législateur, il avait simplement rappelé, à cet égard, les lois de la nature dont le gouvernement civil des Juifs s'était écarté. Ab initio non fuit sic, avait-il dit au docteur des Hébreux. Ces lois naturelles, dont le concile de Trente fait mention lui-même, sont donc restées les seuls principes dont la législation des souverains a dû partir; mais pour s’en rapprocher, cette législation a été nécessaire, et le mariage n’a jamais pu être soustrait aux règles et aux formes qu’elle a dû établir pour cela. ( Lettres d’un magistrat sur l'état civil des protestants, publiées à Avignon en 1787.)

« Le mariage religieux, dans l’Église latine, n’a commencé qu’au deuxième siècle sous le pape saint Soter.

« Il y a plus.

« Comme obligation, le mariage à l'église commune date seulement du dixième siècle.

« En effet, en 866, on voit le pape Nicolas Ie>-, dit le Grand, écrire aux bulgares que l’usage de l’Église romaine était qu’après les fiançailles et le contrat, les parties fissent leurs offrandes à l’église par les mains du prêtre, et reçussent la bénédiction nuptiale avec le voile, mais que ces cérémonies n'étaient pas rigoureusement nécessaires. » (Pothier, Contrat de mariage, t. i, p. 388.)

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