‹ La politque de Jean-ClaudeChapitre 3 sur 13 · LES LOIS · texte numérisé non relu

LES LOIS

— Quelles lois sont les meilleures?

— A coup sûr, ce seraient celles qui diraient tout juste le plus grand avantage de la société.

— Mais comment savoir si une loi qu'on propose est justement la meilleure?

— Malheureusement on n'arrive pas du premier coup à la loi la meilleure. La besogne n'est pas facile. Pour raisonner sur ces choses, il faut bien connaître la société, il faut avoir un esprit droit et de l'honnêteté assez pour ne pas chercher, en faisant des lois, à s'arranger une vie douce, à soi et à ses amis, aux dépens de tous les autres.

Il faut, et il n'y a pas d'autre moyen, faire

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les lois qui semblentà tout le monde les meilleures. Ces lois, cependant, on les trouve bientôt mauvaises, et alors on les change et on les change encore ; et à chaque fois elles gagnent. En allant toujours ainsi, on s'approche de plus en plus des lois parfaites.

Mais il ne faut pas que quelqu'un vienne arrêter un changement que la société demande. Et souvent des gens arrêtent les changements : ce sont ceux qui gagnaient aux défauts de la loi.

Je vais vous dire, Jean-Claude, comment on s'y prend pour faire les lois et comment, dans notre société de France, bien des lois sont mal faites.

D'abord, vous le comprenez , il ne serait pas facile de questionner tous les hommes pour avoir leur avis sur toutes les lois qu'il y aurait à faire. Ce serait perdre bien du temps et leur en faire perdre beaucoup aussi. Et quand même on le pourrait, cela ne serait pas toujours bon, par ce que certaines choses de la société ne sont connues aujourd'hui que de peu de personnes.

Que répondriez-vous, par exemple, Jean- Claude, si on venait tous demander votre avis sur un changement à faire aux tarifs de la douane pour l'importation des charbons de la Belgique ? Vous ne sauriez pas quoi répondre, et vous ne répondriez rien. Beaucoup, malheureusement, quoique ne sachant pas plus que vous, donueraient une réponse au hasard, presque toujours mauvaise, et les affaires de la société n'en iraient pas mieux.

Il faut donc que les citoyens (c'est ainsi que l'on nomme les hommes de la société) choisissent parmi eux un certain nombre d'individus instruits et honnêtes et dont ils connaissent au moins en gros la manière de penser, — pour les envoyer discuter ensemble, s'instruire encore les uns les autres par ce que chacun dit, et décider enfin quelle sera la loi.

Les individus choisis de cette manière s'appellent les députés. Vous connaissiez déjà ce nom, Jean-Claude, mais vous ne saviez pas encore ce que les députés avaient à faire.

âO

Pour choisir leurs députés, les citoyen» vont voter de temps en temps, de la manière dont nous avons déjà parlé. C'est le suffrage universel.

On l'appelle universel parce que tous les citoyens âgés de plus de vingt-et-un ans ont le droit de voter.

Vous savez, Jean-Claude, que tout le monde ne votait pas anciennement. Les paysans et les ouvriers n'étaient pas des citoyens; ils n'étaient pour ainsi dire pas de la société.' Seuls quelque riches, ayant intérêt à s'enrichir encore aux dépends des pauvres, nommaient les députés, — et ces députés faisaient les lois à l'avantage des riches.

Il a fallu une révolution, la révolution de 48, pour donner au peuple, au vrai peuple, le droit de voter.

Et maintenant , Jean-Claude , vous êtes citoyen dans la société autant que le plus riche des riches.

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