‹ La Pologne captive et ses trois poètes, Mickiewicz, Krasiński, SłowackiChapitre 5 sur 8 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

On s'étonnait de ne pas me voir aboyer comme un chien, ni rugir comme un lion, ni grincer des dents comme un démon. On ne se doutait pas qu'en esprit inspiré, j'attendais les étoiles vengeresses, les pluies de sang, et alors je saisissais de nouveau mon glaive et de nouveau je rendais le monde entier furieux contre moi; puis je me remettais à demander au ciel obscurci si, par ce glaive que j'enfonçais dans une poitrine humaine, je ne frapperais pas d'horreur une puissance divine quelconque.

Je tendis toutes les facultés de mon âme pour inventer des milliers de tortures, bû-

chers immenses, vaisseaux se fendant en deux sur la Vistule, roues et chevalets allongeant les corps; vaines inventions! ce pays inconcevable dans son martyre résista toujours et usa tout par sa patience. Le ciel lui-même le supporta aussi patiemment tant que je ne brisai que les ressorts matériels de l'esprit.

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