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garnies de tonneaux remplis de vin, de miel, de bière et d’eau-de-vie ; puis on avait placé des gradins abondamment pourvus de toute espèce de comestibles; mais à ce luxe inaceoutumé pour le peuple, on avait joint des sacs de farine.
Trois jours après l'entrée de l’empereur dans l'église cathédrale, Jaroslas, archevêque de Gnezne, officia, et donna la bénédiction aux époux en présence du légat du pape Urbain V. Kasimir donna à sa petite-fille une dot de 100,000 florins en or monnayé, frappés à Florence en 1552. Cette monnaie, marquée d'une fleur de lis, Jos, s’'appelait forenus. Une somme de 400,000 florins en numéraire semble chose incroyable, quand on se reporte à un temps où l'or était si rare, et où l'argent était si peu répandu. — Kasimir régna cent trente: ans avant la découverte des mines le l'Amérique,
Les vingt jours qui suivirent les noces, furent marqués par des, fêtes, des festins, des jeux, des divertissements. de tout espèce, et le: roi comblait encore ses. hôtes de magnifiques présents,
Nicolas Wiéezynek. a laissé à l’histoire de Krakovie. un souvenir de son faste et de sa générosité. À cette époque, on croyait déjà que largent pouvait. combler la distance des rangs. Wiérzynek anobli, et qui possédait des trésors pour titre de noblesse, ne le mettait pas en doute, et s’en reposant sur l'autorité. de son coffre-fort, il invita à diner tous les monarques réunis: à. Kra-
kovie. Certes, Ia démarche était hardie, mais les
rois lui firent lai grâce d'accepter, car ils:savaient bien que si l'honneur était pour. le parvenu, le profit serait pour eux. Au jour convenu, les monarques se rendirent chez Wiérzynek:; ils trouvèrent une: table somptueusement dressée, et leur hôte leur: assigna à chacun la place qu'ils devaient occuper: l'autorité royale lui avait permis d'en agir ainsi. Le roi des Polonais tenait le haut bout, comme. on le pense; puis venait l’'empereur, les rois de Hongrie, de: Danemark, de Chypre, et les ducs. Un. diner de: prince: n’eût pas. valu: celui-là; chaire exquise et abondante,
vins. excellents, et-100,000 ducats distribués aux
convives, méritaient bien que.des rois, tout rois qu'ils étaient, acceptassent le diner d’un-parvenu.
Le chevalier de Solignac, secrétaire: du cabi-.
net.et.des commandements du roi: Stanislas Lesz-
czynski, écrivait une histoire. de Pologne en.
1750; venant à parler de la réunion des monarques, 1l dit : « Kasimir ne laissa pas de faire éclater une prodigieuse somptuosité dans une
! occasion singulière, où l'on vit plusieurs souve-
rains rassemblés dans ses États : spectacle unique jusqu'alors, et que la délicatesse des préséances
n'a plus permis depuis, et ne permettra vraisem-
blablement désormais dans aucun royaume du
monde. » Cette naïveté paraissait une observa- | tion toute simple en 4750, car alors or pouvait | encore s'étonner de quelque chose ! Cinq siècles de distance, et viendra Napoléon, et on verra les rois, les empereurs devenir courtisans du | grand homme, puis des rois détrônés, et des ci- | toyens devenir rois. L'Europe, stupéfaite d'abord, | se blasera sur admiration, et ne saura plus s’é- | tonner d'aucune gloire.
Kasimir profita de à bonne harmonie qui régnait entre lui et les souverains, pour conclure des traités d'amitié et d'intervention. Aprèsavoir assuré le repos intérieur et extérieur, il promulgua des lois contre tous les genres d’usurpation, et il fit hérisser le pays de châteaux fortifiés. Ce roi qui avait doté la Pologne de si belles institutions, ce roi qui avait tant fait pour sa gloire, devait protéger les sciences, les lettres, et à l'exemple de la Bohême qui venait de fonder une académie, il créxæ l’université de Krakovie (1364). Le pape Urbain V, sur la demande qui lui en fut faite par Kasimir, protégea cette école centrale de l'autorité apostolique, et lui écrivit à ce sujet une lettre pleine d’éloge et d'encouragement ( Avignon, septembre 1364). À
L'année suivante Kasimir se rendit à Malborg, où il parvint à s'arranger avec les Teutoniques ; depuis. lors la Kuïavie appartint à la Pologne sans contestation. La même année (1565) le roi épousa Hedwige, duchesse de Glogau.
Jamais souverain n’eut une vie plus grande, plus active, plus: accidentée; chaqne chose venait en son temps, chaque événement était dominé ou portait profit par cette volonté, plus forte ou plus sage que toutes: les volontés. L'esprit de Kasimir savait:se diviser et se fixer, ses passions ardentes le portaient vers le plaisir, et pourtant ne le dominaient pas entièrement.
Il pensa que la ville de Krakovie avait besoin d'une nouvelle organisation législative; cette ville était soumise, comme nous l'avons dit précédemment, à la loi teutone, maisles appelsne pouvaient être interjetés qu’au tribunâl de Magdebourg, ce qui était une source de frais et de désagréments pour les plaignants. Krakovie, en partie peuplée d'Allemands, leur devait une plus ample protec-
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tion, car c'étaient eux qui faisaient prospérer son | commerce et son industrie. Kasimir abolit donc
les appels, et établit à Krakovie le suprême tri-
bunal teuton, qui fut saisi de tous les procès des bourgs et villages. Ce tribunal était composé
d’un bailli, et de sept bourgeois élus par le sta-
roste. En cas d'appel, le roi nommait deux con-
seillers, choisis dans les villes de Krakovie, de
Kazimierz, de Bochnia, de Wieliczka, de San-
decz et d'Olkusz; ces conseillers prononçaient en
dernier ressort.
Tout à coup, la Pologne fut encore menacée du côté des terres russiennes. La révolte venait d’éclater par les perfides menées du duc Lubart. Kasimir se prépara à une nouvelle expédition, et au mois de juin de l’année 4566, il ouvrit la campagne. Son armée était si considérable, qu’elle n'eut qu'à se présenter sur les frontières de Belz, pour arrêter la rébellion. Le roi se porta ensuite sur les autres villes révoltées : Luck, Wlodimierz et Olesko lui ouvrirent leurs portes. Quand tout fut rentré dans l'ordre, le roi se rendit à Horodlo, pour conelure un traité qui, en assurant les droits de chacun, donnait des gages de sécurité à venir. Après cette pacification générale, il s'occupa de l'industrie et du commerce ; la Wolhynie et les terres adjacentes, encore inactives en ce genre, devinrent, par les soins de Kasimir, commerciales et industrielles ; ensuite, il les dota de châteaux forts, et leur donna une organisation judiciaire, aussi large, aussi complète que le permettait l'époque.
Au commencement de l’année 4569, Kasimir se rendit à Bude, à la cour du roi de Hongrie, pour y arranger des intérêts d'État. Après quoi, il fit un voyage dans la Grande-Pologne, où il passa tout l’été de l’année 1570. En septembre, il revint à Krakovie, et passant par Przedborze sur la Piliça, il s'y arrêta pour chasser. Un jour, qu'il se livrait avec plus d’ardeur que jamais à son plaisir favori, il tomba de cheval, en poursuivant un cerf; cet accident ne lui paraissant avoir aucune gravité, il voulut continuer la chasse ; cependant ses forces le trahirent, et il fut obligé de rentrer à Krakovie. Depuis son accident, la fièvre ne le quittait pas; mais pensant que le courage triomphait même des maux du corps, il ne voulait prendre aucun soin, ni se soumettre à aucun ménagement; il ne tenait pas plus compte de ses souffrances que de l'avis
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des médecins ; le mal empira, et le roi mourut !
Kasimir était d’une haute stature, et chargé d'embonpoint; il avait les cheveux touffus et bouclés, et une barbe longue; il avait la voix forte, mais il parlait avec difficulté. Ses qualités personnelles, h gloire qu’il donna à la Pologne, lui méritèrent le nom de Grand. Sa justice, sa clémence, sa sollicitude pour les paysans, le firent surnommer avec dérision, par les aristocrates : le roi des paysans. À ce propos l'Anglais Williams disait en 1777 dans son Histoire de Pologne : « A la vue de tant de lois sages en faveur de Ia par tie opprimée de la nation, l’insolente et stupide aristocratie donna à Kasimir le titre de roi des paysans ; surnom préférable à tous ceux que Ia flatterie accorde aux princes. Si tous ses succes seurs avaient imité son exemple, la Pologne serait encore une nation puissante, »
Oui, Kasimir avait bien mérité de la postérité, car c'était ce prince qui disait aux paysans : « Vous venez vous plaindre des cruautés et des exactions des seigneurs, mais n’avez-vous pas des pierres et des bâtons dans vos champs pour les jeter sur les injustes et les oppresseurs ? » L'historien Dlugosz ajoute qu'il donna de l'argent à un de ces infortunés, pour acheter un briquet, afin de mettre le feu à la maison d'un maître qui le traitait cruellement.
Outre plusieurs fondations de charité et de bienfaisance, Kasimir accorda de fortes immunités à l'Eglise ; ceci était une expiation, une manière de réparer sa vie déréglée. Le pape voulait que le pardon qu’il lui accordait tournât au profit de l'Eglise. Kasimir mourut dans les pratiques de la religion.
Le système de défense qu'il avait organisé ferait à lui seul la gloire de son règne. Soixantedouze villes et bourgs reçurent des remparts, des murailles; celles qui n'avaient pas de châteaux forts virent s’en élever sous le règne de ce roi; aussi a-t-on dit : Kasimir trouva la Pologne en bois, et la laissa en brique et en pierre.
Kasimir était le troisième du nom, et il voulut s'appeler Kasimir Ier. En cela il avait suivi l'exemple de son père Wladislas.
Kasimir Ier, le Grand, mourut à Krakovie, le 5 novembre 1370, à l’âge de soixante ans, et après en avoir régné trente-sept, On lui éleva un monument dans l'église cathédrale de Krakovie.