‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 110 sur 180 · LS VAE · texte numérisé non relu

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ment de troupes polonaises à opposer à celles du général Dombrowski; il refusa, car il savait qu'on le tromperait. Mais la paix de Tilsit tranquillisa Alexandre, Avant l’ouverture de cette dernière campagne, Napoléon voulut atteler à son char Kosciuszko. Le grand citoyen était capable de tous les sacrifices ; mais avant tout il voulait obtenir des garanties pour sa patrie. Napoléon exigeait une obéissance aveugle; Kosciuszko, ne se croyant pas en droit de représenter toute sa nation, resta neutre jusqu'à l'année 1814.

Les désastres de 1812 et 1813 changèrent la face de l'Europe. Alexandre, qui redoutaitle désespoir des Polonais, et qui voulait empiéter le plus possible sur la Pologne,chercha à s’entourer de toutes les opinions, de tous les partis, servant les uns et les autres et promettant à tous. En arrivant à Paris, il fit toutes les avances possibles à Kosciuszko ; le prince Adam-Georges Czartoryski tâcha d’influencer le général : on peut se fier à Alexandre, disait-il. Paroles, lettres, conversations, on mit tout en œuvre. Kosciuszko se trouva dans une position délicate; il céda, et promit son appui aux projets d'Alexandre. Mais comme il lui restait des doutes et des craintes, il agit avec une extrême réserve, et jamais il ne démentit son caractère. Repoussant toujours les conseils des

dupés avec ses sentiments démocratiques et ré-

publicains, il ne perdit rien dans l'opinion du peuple.

Pendant qu’on dépeçait et qu'on s’adjugeait les territoires et les peuples au congrès de Vienne,où la question polonaise semblait dominer toutes les autres questions, le débarquement inopiné de Napoléon et son arrivée à Paris le 20 mars 1845 changèrent les dispositions de ce congrès. La Saint-Alliance, voulant entraîner avec une nouvelle vigueur la Russie contre Napoléon, céda définitivement le royaume de Pologne à Alexandre, qui se hâta d'écrire à Kosciuszko pour le presser d'aller à Vienne, afin de prouver à l'Europe qu'il disposait de cet homme à sa manière. Il signa le 5 mai les traités qui garantissaient l'existence du royaume de Pologne, quoique ce fût réellement le sixième partage de ce pays; et la veille de son départ de Vienne, Alexandre signa la proclamation suivante, digne de la chancellerie moskovite : alorsil craignait encore Napoléon, et se renfermait dans des promesses vagues. Voici la teneur de cette proclamation :

« La guerre apportée dans notre patrie dans l'intention de subjuguer le monde a réuni la

tussie et l'Europe entière, qui ont repoussé cette guerre sous les murs de Paris. Depuis ce moment, nous avons eu l'espoir de reconquérir l'indépendance des nations, et de lui donner pour bases la justice, la modération et les idées libérales, trop longtemps effacées par le despotisme militaire du livre des droits civils et politiques des peuples.

» Le congrès de Vienne a été formé pour procurer les bienfaits d'une paix durable à l'Europe, écrasée par les calamités de la guerre. Mais pour parvenir à ce but si désiré, il était indispensable que chacun, mettant de côté ses intérêts personnels pour s'occuper de l'intérêt général, fit des concessions et des sacrifices exigés par les circonstances. C’est d'après ces principes qu'a été réglé le sort de la Pologne. Il était essentiel de la faire entrer dans le cercle des nations, qui, par la participation mutuelle de leur bien-être et des avantages de la civilisation, s’améliorent les unes les autres.

» Cependant, en travaillant à rétablir ce nouveau lien dans la chaîne des intérêts européens, on ne pouvait pas consulter les seuls intérêts de la Pologne. Le bonheur de chaque Etat en particulier, et la nécessité de garantir la sûreté de tous, ne permettaient pas de faire des arrangements de détails spécialement appropriés aux intérêts locaux de la Pologne, mais qui auraient pu ne pas se trouver en harmonie avec les intérêts communs qui assurent la balance générale de l’Europe.

» Une politique saine, l'expérience du passé, et cette même religion qui nous prescrit d'avoir égard aux longues souffrances de cette nation estimable, nous ont imposé le devoir de ne ménager aucun sacrifice pour préserver l'Europe de nouveaux malheurs, et pour assurer la tranquillité du monde.

» Polonais, nous aimons à apprécier la grandeur d'âme, la sensibilité et la fermeté qui distinguent votre caractère national, et qui ont éclaté dans vos efforts pour recouvrer l'existence politique de votre patrie, que vous aimez pardessus tout.

» L’effervescence de vos souhaits vous a quelquefais écarté de ce but si désirable, en vous égarant dans une route opposée. Ces erreurs sont passées, ainsi que les malheurs qui en étaient inséparables.

» Quant à nous, nous avons été toujours dirigé par des sentiments d’indulgence pour les coupa-

bles, d'amour et de générosité pour la nation ; par le désir de couvrir le passé d’un entier oubli, et de réparer tous les maux soufferts, en doünant à votre pays tout ce qui peut le rendre véritablement heureux. ,

» Les traités que nous avons conclus à Vienne vous feront connaître la circonscription politique de la Pologne, et les avantages dont jouiront les contrées qui passent sous notre autorité.

» Polonais, de nouveaux liens vont vous unir à un peuple généreux, qui, par d'anciennes relations, par une valeur digne de la vôtre, et par le nom commun de nations slaves, est disposé à vous admettre à une confraternité qui sera chère et utile aux deux peuples. Une constitution sage et une union inaltérable vous attacheront au sort d'une grande monarchie, trop étendue pour avoir besoin de s’agrandir, et dont le gouvernement n'aura jamais d’autres règles de politique

qu'une justice impartiale et des idées géné-

reuses.

» Dorénavant, votre patriotisme, éclairé par l'expérience, guidé par la reconnaissance, trouvera dans les institutions nationales un mobile et un but capables d'occuper toutes ses facultés.

» Une constitution appropriée aux besoins des localités et à votre caractère, l'usage de votre langue conservée dans les actes publics, les fonctions et les emplois accordés aux seuls Polonais, la liberté du commerce et de la navig gation, les facilités des communications avec les parties de l'ancienne Pologne qui restent sous un autre pouvoir, votre armée nationale, tous les moyens garantis pour perfectionner vos lois, la libre circulation des lumières dans votre pays : tels sont les avantages dont vous jouirez sous notre domination, et sous celle de nos successeurs, et que vous transmettrez comme un héritage patriotique à vos descendants.

» Ce nouvel Etat devient royaume de Pologne, si vivement désiré, depuis si longtemps réclamé par la nation, et acquis au prix de tant de sang et de sacrifices.

» Pour aplanir les difficultés qui se sont élevées au sujet de la ville de Krakovie, nous avons fait adopter l'idée de rendre cette ville neutre et libre. Ce pays, placé sous la protection de trois puissances libératrices et amies, jouira du bonheur et de la tranquillité, en se consacrant uniquement aux sciences, aux arts, au commerce et à l'industrie, Il sera comme un monument

d’une politique magnanime, qui a placé cette liberté dans l'endroit même où reposent les cendres des meilleurs de. vos rois, et où se rattachent les plus nobles souvenirs de la patrie polonaise.

» Enfin, pour couronner une œuvre que les malheurs des temps ont si longtemps retardée, on à consenti, d’un accord unanime, que, dans les parties mêmes de la Pologne soumises aux domivations autrichienne et prussienne, les habitants fussent désormais gouvernés par leurs propres magistrats choisis dans le pays.

» Polonais, il n'était pas possible de régler vos destinées et tout ce qui tient à votre bonheur national d’une autre manière; il était nécessaire de vous conserver une patrie, qui ne fût ni un sujet de jalousie ou d'inquiétude pour vos voisins, ni un sujet de guerre pour l'Europe. Tels étaient les désirs des amis de l’humanité, et tel devait être le but d’une politique éclairée.

» Par le commun accord du congrès européen assemblé à Vienne, et d'après la cession de Sa Majesté le roi de Saxe, nous prenons possession à jamais du duché de Warsovie, qui nous est échu par les droits des traités, et nous nommons un gouvernement provisoire, composé de personnes reyêtues de nos pleins-pouvoirs, afin ques Sans ancun délai, cette nation soit appelée à jouir d’un régime constitutionnel dont les bases soient préparées d'après le vœu général, et affermies par les consentement des habitants.

» Nos chargés de pouvoir vous feront connaître toutes les garanties qui vous ont été accordées dans les conférences de Vienne. Vous reconnaîtrez en même temps celles qui résulterout de la réunion constitutionnelle de votre patrie avec notre empire, de cette union qui doit régler vos droits, vos devoirs et vos destinées.

» À cette fin, nous appelons toutes les classes de citoyens, nous appelons l'armée, les magistrats, à prêter le serment de fidélité, qui sera une garantie de vos devoirs envers nous, et de votre obéissance filiale, ainsi que de notre protection paternelle et de nossoins pour votre bonheur.

» Le premier des devoirs qhe nous voulons remplir envers vous sera de vous affranchir, le plus tot possible, des fardeaux si onéreux dont l’état de guerre prolongé a fait accabler le pays. Nous en connaissons toute l’énormité, et c'est avec un profond chagrin que nous nous sommes

vu réduit jusqu'ici à l'impossibilité d'en alléger le poids.

» Polonais, puisse cette époque mémorable, qui change et fixe votre sort, satisfaire à la fois tous vos vœux, réaliser vos espérances longtemps trompées, et réunir tous les sentiments dans le seul amour de la patrie et de votre monarque !

» Puissiez-vous, en contribuant à la grandeur et à la prospérité de votre empire, en mettant votre confiance entière dans notre justice et dans nos dispositions pour votre bonheur, vous rendre dignes du bienfait de votre existence politique, et des nouvelles améliorations dont votre condition sera susceptible.

» Vienne, 25 mai (13 v. 5.) 1815.

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