ALEXANDRE
Kosciuszko reçut le 15 avril la lettre d’Alexandre qui linvitait à se rendre à Vienne.
Ilse mit en route, accompagné de son aidede-camp, Frantz de Zeltner. Chemin faisant, Kosciuszko rencontra Alexandre à Braunau sur l'Inn (27 mai); le général lui ouvrit la portière : Alexandre l’embrassa et le fit monter avec lui dans la chambre du maître de poste, où ils eurent une conférence d’un quart d'heure. Pressé de tenir ses promesses, Alexandre s’excusa et finit par dire à Kosciuszko : « Général, j'ap- » précie les efforts des Polonais pour reconquérir » leur patrie et lui rendre une existence digne » d'eux; mais une branche enlevée de l'arbre où » elle a pris naissance s’y rattache de nouveau » dès qu'on la réunit au tronc qui faisait sa force. » De vous autres dépend votre régénération fu- » ture... Vos destinées sont celles du peuple > slave...»
Le vertueux républicain n’ignorait pas que désormais la destinée de sa patrie était intimement liée aux destinées de toute la Slavonie, mais il savait aussi que c’est à la Pologne qu'appartient l'initiative libérale, et que les Slaves, pour être dignes de leurs destinées futures, doivent s'attacher à elle et y puiser les germes de l’égalité, de la liberté et de la civilisation.
L'âme de Kosciuzko fut brisée après cet entretien; il n’en continua pas moins sa route, et le 51 mai il arriva à Vienne. Il alla aussitôt à l’'ambassade de Russie, et s'entretint avec les Polonais qui s’y trouvaient alors; mais Voyant que toutes ses espérances étaient trompées, il écrivit les deux lettres suivantes à Alexandre et à Czartoryski, pour leur prouver qu'il n'était plus dupe des ca-
joleries,des erreurs,et qu'il repoussait toutes les machinations diplomatiques, ne pouvant compter, disait-il, sur les promesses des puissances coenvahissantes et co-partageantes : « Si Alexandre recule devant sa parole, ajoutait-il, s'il refuse aujourd’hui ce qu'il a accordé hier, quelle confiance pourrait-on avoir dans ses successeurs ? Il faut que la Pologne, la Litvanie, la Volhynie, la Podolie et l'Ukraine soient réunies, où, dans quelques années d'ici, Warsovie deviendra Te misérable chef-lieu d’un arrondissement moskovite. Je n’aperçois que du sang et des trahisons : le désintéressement de la jeunesse, le dévouement du peuple essaieront un nouveau 1794; mais dans quelles mains tombera le timon de la cause nationale révolutionnaire! quels séront les chefs capables de profiter des leçons du passé !...
« Vienne; 10 juin 1815.
» Sire, le prince Czartoryski m’a développé tous les bienfaits que Votre Majesté impériale et royale prépare pour la nation polonaise. Les expressions ne peuvent répondre à mes sentiments de reconnaissance et d’admiration.
» Une seule inquiétude trouble encore mon âme et ma joie. Je suis né Lityanien, Sire, et je n'ai que peu d'années à vivre ; néanmoins le voile de l'avenir couvre encore les destinées de ma terre natale et de tant d’autres provinces de ma patrie. Je n'oublie point les magnanimes promesses que Votre Majesté impériale et royale a daigné me faire verbalement à cet égard, ainsi qu'à plusieurs de mes compatriotes. Mon cœur ne me permettra jamais de douter de l'effet de ces paroles sacrées; mais mon âme, intimidée par de si longs malheurs, a besoin d'être de nouveau rassurée.
» N'écoutant que l'impulsion de mes sentiments, je suis venu dévouer le reste de mon existence au service de Votre Majesté impériale et royale. Toutefois, Sire, soyez mon arbitre dans cette conjoncture décisive pour ma conscience, et par un seul mot bienveillant daignez dire que vous approuvez ma détermination. Ce mot remplira l'unique vœu qui me reste à former, celui de descendre au tombeau avec la consolante certitude que tous vos sujets polonais seront appelés : à bénir vos bienfaits. Cette certitude, je l'avoue, augmenterait à l'infini mes efforts et l'énergie de mon zèle.
» Je n'oserai jamais, Sire, presser l'exécution
de vos grands projets ; j'en garderai saintement la pensée pour ma propre conscience, et ce ne sera que sur une autorisation expresse que je ferai usage de ce dépôt sacré.
» J'attendrai ici vos ordres sur mon humble prière : c'est la dernière que j'ose encore mettre aux pieds de Votre Majesté impériale et royale, avec un sentiment de confiance inébranlable, qui né peut être égalé que par votre magnanimité et par fotre incomparable bonté.
» Kosciuszro. »
Au prince Czartoryski.
« Vienne, 23 juin 1815.
» Mon cher prince, je mets un grand prix à votre amitié: votre façon de penser étant conforme à la mienne, vous êtes sans doute convaincu que le premier de mes désirs est de servir efficacement ma patrie. Le refus de l’empereur de répondre à ma dernière lettre de Vienne, dont vous trouverez la copie ei-jointe, m'ôte la possibilité d'atteindre ce but. Je ne veux point agir sans garantie pour mon pays, ni me laisser leurrer par l'espérance.
» J'ai mis dans la même balance les intérêts de mon pays et ceux de l’empereur ; je suis incapable de les séparer : dans l'impossibilité de faire davantage, je me suis offert en sacrifice pour ma patrie, mais non pour la voir restreinte à eette petite portion de territoire emphatiquement décoré du nom de royaume de Pologne.
» Nousdevonsrendre grâce à l’empereur d’avoir ressuscité le nom polonais; cependant le nom seul ne constitue pas une nation. L’étendue du territoire et le nombre des habitants sont quelque chose. Je ne vois pas sur quoi fonder, si ce n’est sur nos vœux, la garantie des promesses qu'il nous fit, à moi et à tant d’autres de mes compatriotes, d'étendre les frontières de la Pologne jusqu'à la Dzwina et au Borysthène ; ce qui, en établissant une certaine proportion de force et de nombre, aurait contribué à maintenir entre les Russes et nous une considération mutuelle et une amitié stable.
» Ayant une constitution libérale et tout à fait séparée, comme ils se le promettaient, les Polonais se seraient estimés heureux de se trouver avec les Russes sous le sceptre d'un si grand monarque. Mais, dès le début, j'aperçois un ordre de choses tout différent : les Russes remplissent concurremment avec nous, les premières places du gouvernement. Ceci ne peut
certainement pas inspirer une grande confiance aux Polonais; ils prévoient, non sans crainte, qu'avec le temps le nom polonais tombera dans le mépris, et que les Russes nous traiteront bientôt comme leurs sujets; et, en effet, comment une population si bornée pourrait-elle se soustraire à leur prépondérance ? Et ceux de nos frères retenus sous le sceptre de la Russie, pouvons-nous les oublier ? Nos cœurs souffrent de ne pas les voir réunis à nous : nous avions pour garant de cette réunion la parole sacrée de l'empereur lui-même. C'était ainsi que devait se for mer une population d'uné douzaine de millions d'âmes, qui aurait constitué le royaume de Pologne, royaume qui, comme celui de Hongrie, ayant sa constitution et ses lois particulières, devait, sous un même sceptre, formér un même empire avec la Russie.
» Ici, je dois séparer les intentions généreuses et humaines de l’empereur d'avec la politique de son cabinet. Je conserverai jusqu’à [a mort une juste reconnaissance envers ce prince, pour avoir ressuscité le nom polonais, quoiqu’én lui donnant des bornes si restreintes.
» Que la Providence vous dirige : quant à moi, ne pouvant plus servir utilement ma patrie, je me réfugie en Suisse. Vous savez si j'ai coopéré, autant qu'il a été en moi, au bien public.
» Je vous embrasse, mon cher prince, avec une sincère amitié.
» Kosciuszko. »
Alexandre reçut la lettre de Kosciuszko presque en même temps que la nouvelle de la bataille de Waterloo. L’aigle victorieux de la France était abattu, et l’insolent orgueil de la Sainte-Alliance osait lever la tête. Il se garda bien de répondre à Kosciuszko. Aussi ce dernier, le cœur navré de douleur, quitta Vienne, et arriva à Soleure le 8 juillet 1815, où il voulait attendre, avant de rentrer en France, que les événements politiques se fussent éclaircis.
Kosciuszko prit un appartement dans une maison proche de celle où demeurait Xavier de Zeltner, frère de Pierre-Joseph chez qui Kosciuszko avait passé quinze ans, à Berville, près Fontainebleau. A la fin d'août, il apprit la mort de madame Zeltner qui finit ses jours à Paris; cette nouvelle lui causa uné vive douleur. :
Depuis son arrivée à Soleure, tous ses instants furent marqués par des actes de bienfaisance; les habitants du pays l’adoraient, et son souvenir sera à jamais béni.
Au mois de mai, il se trouvait à Yverdun, où il visita l'Institut de Pestalozzi. M. M.-A. Jullien laccompagnait; son fils Auguste Jullien, l’un des élèves les plus distingués de cet Institut, défilait à la tête de ses jeunes camarades, et fut tendrement embrassé par le général polonais; depuis, Kosciuszko porta toujours un vif intérêt à la famille de M. M.-A. Jullien, de Paris, qui a écrit une notice intéressante sur la vie du héros de la Pologne. Pendant une belle soirée d'automne de la même année, Kosciuszko, Jullien et quelques autres personnes de leur connaissance firent une excursion dans le bois de Saint-Verens, près Soleure : l’aspect de ce lieu avait fait naître dans tous les promeneurs un sentiment d'admiration silencieuse, lorsque M. Jullien prit la parole, et cita les vers suivants du poëte Arnault :
De ia tige detachée,
Pauvre feuille desséchée,
Où vas-tu? --- Je n’en sais rien. L’orage a brisé le chêne
Qui seul élait mon soutien.
De son inconstante haleine, Le zéphir ou l’aquilon,
Depuis ce jour, me promène De la forêt a la plaine,
De la montagne au vailon;
Je vais ou le vent me mène, Sans me plaindre et m'fefrayer; Je vais où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier.
Kosciuszko ne put retenir ses larmes, et transcrivit les vers dans son portefeuille, répétant à plusieurs reprises les strophes de cette charmante poésie, qui, disait-il, contenait son histoire et son avenir.
Dès ce moment il fut préoccupé de l’idée d'une fin prochaine, et rien ne put le distraire de ses sombres pressentiments.
Son testament était déjà fait, mais il avait à cœur de réaliser une dernière disposition que son âme républicaine envisageait comme un devoir sacré. Kosciuszko était propriétaire d’un village situé dans l’ancien palatinat de Brzesc-Litewski, qui, depuis le partage de la Pologne, en 4795, se trouva enclavé dans le gouvernement de Grodno, envahi par la Russie. Le père de Kosciuszko, homme distingué sous beaucoup de rapports, mais colère et emporté, avait profité de l'impunité et des priviléges que s’arrogeait alors la noblesse polonaise, pour traiter ses paysans avec une rigueur excessive, jusqu'à ce qu'exas-
pérés par la souffrance, ils en appelèrent à la force et massacrèrent leur seigneur. Ce tragique événement avait fait sur l'âme jeune du général Kosciuszko une impression qui ne s’effaça jamais; et, devenu héritier de la fortune de son père, il traita non-seulement ses paysans avec la plus grande humanité, mais il songea à les affranchir, à garantir encore leur sécurité, et c'est cetteintention philanthropique qu'il réalisa par un acte signé le 2 avril 1817, et dans lequel il: donnait une liberté pleine et entière à ses paysans.
Enfin,une maiadie terrible, le typhus, vint terminer le cours de cette noble existence. Le 15 octobre 1817, l'âme du grand citoyen s’envola vers les régions des bienheureux. Entouré de la famille de M. Xavier de Zeltner, ancien bailli du canton de Lugano, il dit son dernier adieu au monde; mais sa dernière pensée appartenait à la Pologne...
Le 19 octobre, son corps fut déposé dans les tombeaux de l'église desservie autrefois par les jésuites, et son cœur fut conservé dans un monument élevé à Zuchwyl, près Soleure.
M. Pierre de Zeltner, informé par son frère de la perte qu'on venait de faire, en fit part à Ignace Sobolewski, ministre secrétaire d'Etat de Pologne, qui se trouvait alors à Moskou auprès d'Alexandre.
La mort de Kosciuszko se répandit comme un éclair dans toute la Pologne ; elle ne fit pas une moindre sensation dans le reste de l’Europe et dans l'Amérique. Pendant qu'on s’occupait de lui rendre les honneurs funèbres, il se forma, à Warsovie, un comité à l'effet de faire venir en Pologne le corps de Koscinszko. Ce comité était composé du général Stanislas Mokronoski,prince Antoine [ablonowski, Charles Woyda, Victor Ossolinski, Henri Lubienski, Mayer, Zielonka, Kilinski, Zaboklicki. Le gouvernement de Warsovie adressa une demande à Alexandre pour lui exprimer les souhaits de la Pologne, et, par une décision datée de Moskou, le 4 décembre, Alexandre accéda aux vœux des Polonais; et le 14 décembre, il fit, par l'entremise de Sobolewski, la réponse suivante à la lettre de P:erre Zeliner : |
« Monsieur, je me suis empressé de mettre sous les yeux de Sa Majesté impériale et royale mon auguste maître, la lettre dans laquelle vous annoncez la mort du général Kosciuszko.
» Sa Majesté impériale et royale s’est toujours plu à rendre: justice à la valeur, au généreux dévouement, au caractère de grandeur et de sim-
plicité qui distinguaient ce brave et vertueux dé- | lèbre général J.-H. Dombrowski, mais le pouvoir
fenseur de la Pologne. | » L'empereur et roi partage le deuil universel que la mort de Kosciuszko a répandu dans sa patrie, et prend une part sincère aux regrets que vous lui avez exprimés par mon entremise. » Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués,
» Ministre secrétaire d'Etat du royaume de Pologne, Ic. SOROLEWSKI. »
En 1794, Catherine la Grande, la Sémiramis du Nord, ne trouvait pas d'expressions assez ignobles pour flétrir Kesciuszko. Quelle différence entre la conduite de son fils Paul Ier et de son petit-fils Alexandre Ier! Aujourd’hui Nicolas [°T revient aux expressions de son aïeule ; ne pouvant pas flétrir, il se venge : quiconque ose parler de Kociuszko porte ombrage au colosse russe ; quiconque ose avoir son portrait est puni. Franchement hostile ou sourdement hostile, le cabinet de Saint-Pétersbourg ne change pas sa politique, et malheur, mille fois malheur à tous ceux qui ont cru ou qui peuvent croire encore à l'existence nationale de la Pologne par la Russie !.….
Dès que le sénat de la république libre et strictement neutre de Krakovie fut informé de Ja résolution favorable d'Alexandre, il demanda, le 22 décembre, l'autorisation de faire transporter les cendres de Kosciuszko à Krakovie. Par une réponse en date du 9 février 1818, le gouvernement de Warsovie autorisa le sénat à réclamer les dépouilles; et le prince Antoine Hablonowski, maitre des requêtes et chambellan du roi, partit pour Soleure, où il trouva Pierre Zeltner. Le cercueil voyagea par terre jusqu'à Ulm; de làon le descendit par le Danube, et de Vienne ilreprit la route de Krakovie, où il arriva le 41 mars 1818, et il fut déposé dans l'église de Saint-Florian.
Pendant que Zeltner et [ablonowski escortaient ce dépôt précieux, le sénat de Krakovie s’adressa (21 février) à l'Université jagellonne, à l'effet d’avoir son opinion sur le monument à élever à la mémoire de Kosciuszko. Le 25 juin, on célébra avec pompe les obsèques du général; le cercueil fut transporté de l'église Saint- Florian et-déposé dans le caveau, de la cathédrale, à côté des cercueils du roi Jean Sobieski et du prince Joseph Poniatowski. En 1818, la Pologne avait voulu y déposer le corps du cé-
russe s’y opposa; car Alexandre n’attendait que la mort de Kosciuszko pour trahir, les unes après les autres, les garanties et les promesses qu'il avait prodiguées naguère avec tant de libéralité. Depuis, le mal empira, et quand la mesure fut comble, le désespoir éclata..…. Le 29 novembre 1830 ajouta une nouvelle date aux périodiques et sanglantes protestations que les Polonais élèvent en face du monde depuis soixante-dix ans Lu
Pendant qu'on discutait à Krakovie sur le monument à élever, on faisait des souscriptions dans toute l’ancienne Pologne. Le projet du citoyen Vincent Monkolski, président du tribunal civil et criminel de la république de Krakovie, fut appuyé par la majorité des voix, et on décréta, le 19 juillet 4820, qu'on élèverait un tertre sur la montagne de Bronislawa. Le globe ne possède pas un tertre d’une telle grandeur ! Cette manière de perpétuer la mémoire des grands hommes et des grands événements, en liant les traditions du peuple à un objet indestructible, a paru d'autant plus propre en cette circonstance, qu'on en avait déjà deux modèles remarquables dont l’origine se perd dans la nuit des temps : le tertre de Wanda sur la gauche, et celui de Krakus sur la droite de la Wistule, vus à plusieurs lieues par ceux qui s’approchent de Krakovie, rappellent les commencements de l’histoire nationale. Un troisième, élevé pour Kosciuszko, lie le présent au passé.
L'emplacement de ce tertre a été très-heureusement choisi sur la butte dite de la Sainte- Bronislawa, située à une demi-lieue à l'ouest de Krakovie, sur la gauche de la Wistule, Le nom: de cette butte vient d'un petit ermitage placé sur son sommet; là se trouve une chapelle, et an ermitage entouré d'un bosquet. La tradition raconte qu'une jeune personne, pour fuir les dangers du monde, vint s’y réfugier, et fonda cet ermitage. Le nom de Bronislawa, signifie défendre la gloire. La butte est à 59 Loises au-dessus du niveau de la Wistule. Sur cette élévation le tertre s'élève à 18 toises de hauteur ; et l'on ne saurait s’imaginer l'étendue et la beauté de la vue qui charme les yeux du spectateur. Krakovie se trouve placée près du point où les montagnes de la Silésie se joignent à la grande chaîne des monts Karpates, dans un bassin formé par les chainons et les contreforts de ces montagnes ; la Wistule y est déjà navigable, et le
pays très-bien cultivé et fort ‘peuplé. Au coucher du soleil d’un jour serein, ces chaînes et ces chainons s'aperçoivent dans tout leur développement, et les pics des glaciers, quoique éloignés de 25 à 50 lieues, déploient avec un majestueux éclat leurs arêtes resplendissantes de lumière ou colorées des teintes rougeâtres de l'occident,
C'était le dimanche 16 octobre 1820 qu'eut lieu la cérémonie de la fondation du tertre.
Dès le matin une immense population couvrait tous les abords, et attendait dans un profond recueillement l'heure de la cérémonie. A dix heures la messe fut dite sous les voûtes du ciel ; alors s'avança une grande voiture portant la terre funéraire et les ossements des braves quiavaient
combattu dans la journée du 4 avril 41794 à Ra-
clawicé, première bataille gagnée par Kosciuszko sur les Moskovites. Le général François Paszkowski, parent du héros et son exécuteur testamentaire, prononça un discours analogue à la solennité. Le président du sénat, Stanislas Wodzicki, jeta la première pelletée sur l’'urne qui recélait la terre de Raclawice, et alors toute la population, sans différence d'âge, de sexe, de religion, de pays, de condition, tout se mêla pour élever le monument. La musique jouait alternativement la Polonaise-Kosciuszko, la Mazurek-Dombrowski et la Marche-Poniatowski. |
On remarqua, dans cette journée, l'activité que déploya le docteur André Auer, ancien militaire sous Kosciuszko; ce brave citoyen s'était revêtu de l'uniforme de faucheur de l'époque, et rappelait ainsi d'une manière vivante les souvenirs qui se rattachaient aux événements dont on célébrait l'anniversaire. C’est encore par ses soins qu'à la nuit tombante furent allumés spontanément des feux sur les montagnes de Krakus, de Wanda et de Bronislawa. Le point de vue de ces trois montagnes en feu formait un tableau magnifique.
Le 24 novembre, le sénat décréta la formation du comité du monument, présidé par le général Paszkowski. Le 7 janvier 4821, le comité publia une proclamation, et le reste de l'hiver fut employé aux préparatifs nécessaires pour recommencer Îles travaux au printemps. En effet, le 46 avril, une nouvelle cérémonie fut célébrée sur les lieux ; la jeunesse de l’université et des écoles chanta une cantate dont les paroles avaient été composées par M. Grégoire Kontski, officier du tribunal civil et criminel de Krakovie.
Le 20 juillet 1822, le tertre était déjà élevé à Ja hauteur de 8 toises, lorsque la princesse Isabelle Czartoryska fit remonter par la Wistule deux caisses remplies de terre recueillie sur le champ de bataille de Macieiowicé : l’une renfermait de la terre prise sur le champ de bataille même; l'autre, de la terre recueillie sur le lieu où Kosciuszko, blessé grièvement, fut fait prisonnier. Plus tard,
on y ajouta la terre recueillie sur le. champ de
Szczekociny.
Les travaux se poursuivaient, et l'élévation était arrivée, au 8 octobre 1823, à 14 toises, lorsqu'on y déposa la terre ramassée sur le champ de bataille de Dubienka (gagnée par Kosciuszko le 18 juillet 4792); cette terre fut mise dans l'urne et ensevelie comme les précédentes. Enfin, le 95 octobre 1825, le tertre fut élevé à 19 toises, hauteur qu'il devait avoir. Mais, en 1825, il s'affaissa d'une toise ; on reprit alors les travaux pour réparer le dégât; et, depuis cette époque, le mo nument présente toutes les garanties de solis dité et de durée. Ainsi son diamètre à la base a 42 toises (79 7,10 mètres de France); le diamètre du plateau est de # toises et demi (8 4 mètres), ét la hauteur horizontale, 18 toises (34 1/10 mètres). L'ensemble forme une masse de 9,400 toises cubiques (64,134 mètres cubes), et la surface totale est de 1600 toises. Les frais de cette construction montent à 87,489 florins de Pologne (56,863 francs), sans compter le travail gratuit qui fut considérable,
On x acquis, autour du tertre, un emplacement pour établir une colonie de quatre familles villageoïises choisies parmi les Polonais qui ont servi sous Kosciuszko, et elles sont chargées de veiller à la conservation du monument. Une somme de 18,000 florins, restant des dépenses totales, a été destinée à doter trois pauvres orphelines, filles d'un cousin germain de Kosciuszko, qui demeuraient en Wolhynie. Arthur Potocki, ancien aide-de-camp du prince Joseph Poniatowski pendant la campagne de Moskou, sjouta à cette somme 12,000 florins, ce qui fait un capital de 30,000 florins (19,500 francs).
Nous, historien, nous avons raconté la fonda tion du monument, et la Pologne opprimée, bâillonnée par une tyrannie peurense, a inventé une éloquence nouvelle pour célébrer son héros : elle a élevé une montagne à Kosciuszko !:...
(Extrait de l'Histoire de la vie politique, mili-
taire et privée du général Kosciuszko, ouvrage
inédit de Léonarr GHonzxo).
Cu?
ue
A, 2), Ge on ne
Le l'impr de Leclere’.
DTA 72222 ne Lx x /
POLOGNE
HISTOIRE