TOME II
L'histoire a conservé les noms de Martin Glossa de Krakovie, Jean Seclutianus de Posen, Samuel et Bernard de Lublin.
Pour mettre des bornes aux progrès effrayants de la réforme, le synode de Lenczyça (1527) ordonna que dans chaque diocèse il y aurait des inquisiteurs pour rechercher et punir les héretiques. Le synode de Piotrkow (1530) répéta ce décret ; et en 1532, Mathieu Drzewiecki, archevêque de Gnèzne, prescrivit aux inquisiteurs de procéder avec la sévérité usitée en Espagne ; mais un autre synode, tenu en 1541, sous la présidence du primat Gamrat, ordonna qu'il ne sérait institué d’inquisiteurs que par les évêques : ce qui anéantissait le pouvoir des inquisiteurs pontificaux.
En Litvanie, la réforme fut introduite en 1539, et s’y propagea par le zèle du chancelier Nicolas Radziwill, duc d'Olyka. Beaucoup de seigneurs litvaniens des maisons Sapiéha, Chodkiewicz, Pac, etc., embrassèrent la réforme. |
Après la mort de Sigismond Ier, la puissance de l2 réforme s’accrut par l'introduction de nouvelles sectes, telles que les Frères bohémiens, les Calvinistes et les Unitaires. Lorsqu'en 1547 Ferdinand Ier chassa les Frères bohémiens, un millier d’entre eux vint s'établir d’abord à Posen dans la Grande-Pologne, et ensuite en Prusse. D’autres, pour pouvoir rester en Pologne, se joignirent aux adhérents de la confession d’Augsbourg, quelques-uns aux Calvinistes. Les opinions du réformateur de Genève s'étaient insensiblement répandues dans la république.
Macieiowski, évêque de Krakovie, avait, en 1550, appelé et placé dans sa ville épiscopale François Stankar ( Stancaro di Mantova), pour y enseigner la langue hébraïque; mais ce savant y enseigna aussi la religion de Calvin. Emprisonné au château de Lipowiec, et chassé ensuite, il trouva un asile auprès de Nicolas Olesnicki, à Pinczow, et plus tard, chez Stanislas Stadnicki, seigneur de Dubiecko, dans le palatinat de Russie- Rouge, où il établit une école pour trois cents jeunes gentilshommes. Il professa la doctrine réprouvée par les Luthériens orthodoxes.
Quant aux Unitaires, ils admettaient la Bible comme seule source de la religion; mais ils n’y trouvaient pas le dogme de la Trinité, et n’idmettaient aucune interprétation des termes dont le livre divin se sert. La semence que les Antitrinitaires avaient répandue en Pologne y fructifia, principalement dans la classe des nobles. Lelio
di Socini, de Sienne, fut le plus célèbre de cette secte. À l’âge de vingt et un ans, en 4547, Socin se rendit en Suisse et en Allemagne, se lia d’amitié avec les plus fameux réformateurs, passa les années 1548 et 1551 à Wittenberg, dans la maison de Melanchton, où il s’occupa principalement de l'étude des langues orientales. De là, il alla en Pologne, où 1l se lia avec François Lismanini, natif de Corfou, confesseur de la reine Bona, auquel il fit connaître et approuver non-seulement le système de Calvin, mais en même temps les opinions antitrinitaires qui lui étaient personnelles. al mourut en Prusse en 1563.
Quant à Lismanini, Sigismond-Auguste, qui lui témoignait beaucoup de confiance, se plaisait à converser avec lui sur la croyance des novateurs ; et pour la connaître plus complétement, il envoyà Lismanini en Suisse, avec mission d'étudier le calvinisme et de rapporter les écrits qui en traitaient. Le roi attendit longtemps cet envoyé, mais en vain; car Lismanini, en étudiant la doctrine nouvelle, avait fini par s’y convertir réellement, et au lieu de retourner vers son catholique souverain, il s'établit à Genève et s’y maria.
On remarquait encore parmi les prêtres apostats Adam Drzewiecki, chanoine de Krakovie ; Stanislas Lutomirski, qui fut nommé surintendant de toutes les églises réformées de la Petite-Pologne ; Pac,évêque de Kiïow. Jean Droheiewski, évêque de Kuiavie, déclara à son lit de mort qu'il préférait les convictions des réformés à celles des catholiques. Jacques Uchanski, aussi évêque de Kuïavie, et ensuite archevêque de Gnèzne, était en commerce de lettres avec Calvin; il fit tous ses efforts pour empêcher le concile de Trente d’être reçu en Pologne. Léonard, évêque de Kamienieç, approuvait hautement Es écrits de Luther.
Le prélat le plus distingué parmi les ecclésiastiques polonais qui changèrent de religion, fut Jean Korab Laski, prévôt du chapitre de Gnèzne et de celui de Lenczyça;. il fut nommé peu de temps après à l'évêché de, Wesprim en Hongrie, qu'il n’accepta point, non plus que celui de Kuïavie, qui lui fut offert. par Sigismond Ier, Etant passé dans les pays étrangers, il fut fait ministre d'Embden dans. l'Ooste-Friese, d’où, après,un séjour de douze ans, il passa en Angleterre, où il fut appelé par le roi Edouard, à qui Crammer, archevêque de Cantorbery, l'avait fait connaître. Ce monarque le fit surintendant de l'Eglise fondée à Londres par les réformés étran-
gers. Edouard étant mort, Jean Laski voyagea
| quelque temps avec sa femme et ses enfants en
Danemark et en Saxe, s'arrêta dans la Frise orientale, passa ensuite à Frankfort-sur-le-Mein,
et, après vingt ans d'absence, revint en Pologne
et y finit ses jours. Il avait vécu dans. une étroite liaison avec Erasme. |
Pendant que les esprits étaient déjà soulevés contre le clergé catholique, un événement, insi-=! gnifiant en apparence, vint en aide aux progrès de la nouvelle doctrine. A la fin de l'année 1549; quelques étudiants de l'Académie de Krakovie se prirent de querelle avec les domestiques du.curé Czarnkowski, à l’occasion d’une courtisane. Le combat fut sanglant, et plusieurs étudiants y furent tués : leurs camarades, n'ayant pas obtenu justice des meurtriers, quittèrent les banes de
‘l'Académie et se rendirent en Bohême et én
Allemagne. Là ils embrassèrent la religion réformée, et, à leur retour dans leur patrie, ils travaillèrent activement à la propagation d’une croyance qui était devenue la leur.
Outre les prêtres catholiques que nous avons déjà nommés, l’histoire fait mention de Stanislas Orzechowski dont la conduite se rattache intimement aux progrès de la réforme, quoiqu'il n'ait point embrassé ouvertement le protestantisme.
Stanislas-Oksza Orzechowski (Orichovius) naquit, en 1515, dans le palatinat de Russie-Rouge, et fit d’abord quelques études à Przemysl. En 4527 il se rendit à Vienne, en 1529 à Wittenberg, où ilse lia avec Martin Luther et Philippe Melanchton; puisà Padoue, à Bologne, à Rome: en tout il passa dix-sept ans à l'étranger. Dès l'âge de huit ans, son père, qui le destinait à l’état ecclésiastique, lui acheta le canonicat; de Przemysl; mais Orzechowskinevoulait point consentir à recevoir les ordres, et la manière dont il fat lié au sacerdoce mérite d'être racontée. De, retour dans sa patrie, Orzechowski, assistait. un. jour à un banquet. que donnait l'archevêque de Léopol, et où le vin et la bonne chère agirent puissamment sur le cerveau du. jeune étudiant.
Le lendemain de grand.matin, avant qu'il fût
parfaitement revenu.à lui-même, on se, hâta de lui conférer le sous-diaconat,, malgré. la, résistance qu'il'opposa. Dans le courant:de læ même. année, il reçut les deux autres ordres.
Cette circonstance est d'une haute importance dans sa vie; car, s'étant marié en 1551 avec. Madeleine Chelmska, et voulant concilier ses de-
voirs de prêtre et ses. serments d'époux, il.con-
serva l’habit ecclésiastique, ‘et continua de vivre avec sa femme dont il eut cinq enfants. Sur les instigations de Jean Dziaduski, évêque de Przémysl, on lui intenta des procès, on l’excom- Munia; mais il protésta énergiquement contre tous ces actes comme arbitraires. Il voulait réformer la discipline de l'Eglise catholique relativement aux prêtres, ét c'est alors qu'il publia une lettre célèbre adressée au pape Jules IT, intitulée : Supplicatio ad Julium IIT de approbando matrimonio, publiée à Bâle en 1551, à la suite d’un autre de ses ouvrages qui porte le titre De lege cæhbatis contra Sirucium in concilio habita, oratio. Cet écrit n'était point adroit; cr l’auteur y parle d’un ton acerbe et hautain, et semble vouloir arracher par des menaces la confirmation de son mariage, au lieu de chercher à lobtenir par la persuasion. Il se déchaine contre tous les pipes qui défendaient le märiage aux prêtres ; 11 prédit à Jules la chute du pouvoir pôntifical, le menace d'écrire contre lui, de se soustraire à son autorité, de soulever le reste du clergé, Convaincu qu'il armera l'univers entier contre le Siége apostolique, S'il publié ce qu'il a encore sur le cœur.
L'homme qui, sans être protestant, tenait un pareil langage au pape, devait être sans doute éxtraordinaire dans ses procédés avec d’autres personnes et d’autres autorités. Jeune, d’un caractère ardent, nourri de la lecture des anciens, il étonna le monde par ses talents, et son nom fut sans cesse répété dans les diètes, les tribunaux, les synodes, à l’Académie. Un esprit céleste, disait-il, lui avait dicté un projet de loi, en vertu de laquellé l'autorité politique du pays devait être confiée au clergé catholique ; et c’est à cause de ce projet qu’à la diète on renouvela et on confirma d'anciennes lois qui déclaraient nuls tous les arrêts prononcés par les ecclésiastiques dans les affaires civiles. L'affaire du mariage qu'il avait eu à débattre avec cinq papes, Jules IE, Marcellin If, Paul IV, Pie IV et Pie V, resta indécise ; enfin sa femme mourut en 4566, et quelques mois après il la suivit au tombeau.
Les éloges qu’il mérita dans le commencement de sa carrière enflèrent trop son amour-propre. Son éloquence le fit appeler le Démosthène de la Pologne, et sesnombreux ouvrages peuvent être placés sans hésitation à côté des Catilinaires, des Verrines, des Philippiques de Cicéron; son panégÿrique de Sigismond L°r l'a élevé au premier rang parmi les rhéteurs anciens et mMo-
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dernes. Dans le panégyrique de Träjan, Pline se montre plus ingénieux, plus brillant peut-être, par l'ornement et la recherche dés pensées; Orzechowski, dans son éloge de Sigismond Ier, à plus de profondeur dans les idées, plus de majesté dans les tableaux, et plus de noblesse dans l'expression.
C'est sous l'influence de là célébrité d’Orze: chowki et avec un ardent désir dé conquérir une pareille illustration, que plusieurs évêques, sénateurs et nonces se rendirent à là diète de Piotrkow (avril 1552), l'’üne des plus mémorables par la violence des controverses religieuses qui l’agitèrent. Parmi les sénateurs, Raphaël Lészezynski Se fit remarquer par une ténacité peu commune. Dès ses jeunes années, il avait puisé les principes de la nouvelle doctrine à l’école de Goldberg en Silésie, sous Valentin Trocendorf , disciple de Mélanchton. Un de ses oncles, nommé aussi Raphaël Leszczynski, évêque de Przemysl, avait armé contre la nouvelle doctrine tout le zèle du duc de Mazovie, et lui disputait pied à pied chacun de ses envahissements; mais il ne reussit point avec son neveu. Ce dernier s'était même démis peu auparavant du palatinat de Brzesc, pour suivre plus librement les sentiments de la réforme ; et dès l'ouverture de la diète, il annonça hautement des intentions hostiles.
À la messe solennelle qu'on avait coutume de célébrer le jour de l'ouverture des diètes, Raphaël Leszezynski se présenta dans l'église la tête couverte, et s’obstina à réster toujours debout, sañs qu'on püt le résoudre à agir autrement, même par déférence pour la présence du roi.
Chargé par les nonceS d'exprimer leurs sentiments dans la diète, il réfuta le discours que le grand-chancelier Ocieski avait prononcé au nom du roi, pour engager l'Etat à déclarer la guerre aux Ottomans, dont les armes inquiétaient la Hongrie, où régnait alors Jean Zapolay, époux de ia sœur de Sigismond-Auguüste. Mais, quelle que fût l'importance de cette guerre, tant sous le rapport des Valaques qu'il fallait repousser, que sous le rapport des Turks, auxquels il fallait faire respecter le nom polonais, aucun des nonces, même parmi les catholiques, n’approuva ce projet, qu'autant qu'on serait convenu de réprimer là trop grande puissance des évêques, à qui, pour cause même d'hérésie, il n’appartenait point de décider de la vié où de l'honneur des citoyéns,
Arrivé dans la chambre du sénat, Leszezynski parut touché des malheurs qu’Ocieski avait annoncés; mais il fit voir un mal plus pressant, auquel on devait, avant tout, porter du remède. Il dit que ce n'étaient pas les ennemis du dehors qui étaient le plus à craindre, qu'il en était dans l'état de plus dangereux, et qu’il fallait songer sérieusement à les détruire. Il désigne d'abord, en général, ces lâches flatteurs qui, abusant de la confiance du roi, asservissaient le bien public à leurs intérêts privés. Il prouva querien n'était plusinjuste que leurs sentiments, rien d’aussi perfide que leur ambition, rien de plus redoutable que leur tyrannie.
Il mit au nombre de ces fléaux de la nation les évêques, qu'il nomma expressément. Il prétendit qu'élevés uniquement par la naissance, par la brigue, par la faveur, ils occupaient sans mérite des places dont on n’est jamais plus digne que lorsqu'on les refuse. Il les représenta vivant dans la mollesse et le scandale, et n'employant qu’un excès de faste pour faire respecter en eux un ministère d'humilité. « C’est, dit-il, par leur inapplication et leurs mauvais exemples, que la religion s’est affaiblie, que le culte est dégénéré, que la pureté de la foi a été souillée de superstitions qui l'ont fait méconnaître. De là l'horreur qu'ils ont de tous ceux qui, remontant aux premiers siècles de l'Eglise, y sont allés puiser la connaissance et la pratique de ses lois. De là ces proscriptions, ces meurtres, ces assassinats, ce droit de vie et de mort qu'ils s’arrogent sur des citoyens libres, et qui ne les ont offensés que parce que, les refusant pour guides, ils craignent de s’égarer avec eux.
» C'est donc ainsi, continua-t-il, qu’au lieu d'un chef que la république s’est donné, et de qui elle attend un bonheur solide, il s'en est élevé plusieurs dans son sein, qui ne travaillent qu'à sa ruine. Encore leur pardonnerait-on, si les arrêts qu'ils prononcent en souverains étaient les peines des vices, et non les châtiments de la vertu, ou des instruments deleur vengeance.
» Telle est, poursuivit-il, la bonté du roi, et je ne puis m'empêcher de l’admirer, lors même que je suis forcé d’en blâmer les suites. Son autorité flotte dans les mains d’une sorte d’adulateurs, ennemis flus dangereux que les Turks et les Valaques. On veut nous armer contre ces nations, à une époque où nous avons nousmêmes à nous garantir de plus grands maux que Ceux qui nous menacent. Si, jaloux de
la gloire de notre patrie, aucun de nous ne cherche à s’immoler à ses passions; si tous tant que nous sommes, nous nous étudions à être tels que nous devons être, aucun de nos voisins n'est à redouter. La vertu tient lieu de toutes choses ; et de tant soldats que nous sommes, elle peut faire autant de héros.»
S'adressant ensuite au roi, il le pria de pardonner au discours d’un citoyen qui, pour marquer davantage le respect qu'il sentait lui être dû, ayait peut-être dépassé les bornes d'une juste franchise. « Soyez notre maître, lui dit-il, mais soyez le vôtre en même temps. Vous avez tous les talents pour nous gouverner avec sagesse, n’empruntez rien des vices d'autrui; n'écoutez que nos lois, et suivez-les aussi exactement dans l'exercice du pouvoir qu'elles vous donnent, que nous sommes résolus à nous y conformer dans l’obéissance qu’elles demandent de nous. »
Ce discours plut également aux sénateurs et aux nonces. Jean Tarnowski, castellan de Krakovie, ne trouvant que de la justice et de la raison dans les motifs allégués contre le trop grand pouvoir desévêques, opina fortement pour qu'ils en fussent dépouillés. « Je vous défie, ditil, de produire aucune loi qui vous permette d'appeler les citoyens à votre tribunal pour leur y faire subir des arrêts de mort ou d'infamie. Et sil était vrai que dans les décrétales ou ailleurs, les évêques pussent trouver de pareilles lois, devrions-nous les reconnaître dans un Etat qui n’en eut jamais d’autres que celles qu'il veut bien s'imposer à lui-même. Les évêques voudraient donc se mettre au-dessus de nos rois, à quiil n’est pas permis de faire des lois même utiles. Nés libres, et en quelque façon indépendants du trône, nous serons donc soumis à une puissance qui se prétendra supérieure au trône même, et la république trouvera dans ses propres citoyens des maitres plus absolus que ses rois, plus despotiques qu’elle ne l’est elle-même !
» Au reste, ajouta-t-il, qu'on ne croie pas qu'en parlant de la sorte, je veuille favoriser l'hérésie, et ouvrir une porte à l'impunité.
Que nos prélats s'élèvent contre ses dogmes; mais qu'ils n'emploient que les armes qui leur sont propres : le bon exemple et la persuasion ; et si ces armes ne suffisent point, qu'ils réclament les nôtres. Auraient-ils à craindre que la pitié les brisât dans nos mains? Qu'ils viennent donc en faire usage avec nous; qu'ils oublient,
s’il leur est permis, que le caractère de douceur et de paix dont ils sont revêtus leur défend de se souiller du sang des coupables; qu'ils les jugent avec nous : nous consentons à ne pouvoir les condamner sans eux, ce qui ne les rendra pas moins puissants; et ils ne pourront les condamner sans nous, ce qui leur sera d'autant plus favorable, qu'ils ne seront pas les seuls responsables des jugements dont on voudrait appeler.»
Tarnowski avait trop à cœur les intérêts de la patrie pour abandonner sitôt un sujet, le plus important peut-être qu'il eût eu à traiter depuis qu'il était à la tête de la république.
On n'attendait plus que l'avis du roi, et l'on ne doutait pas qu'il ne fût conforme à la délibération du sénat et des nonces; mais le roi ne se prononça pas ouvertement, car s'il eût bien voulu satisfaire les uns, il redoutait les intrigues et la puissance des évêques.
On en voulait le plus à Jean Dziaduski, évêque de Przemysl; il se piquait d’être la terreur des novateurs. Exposé aux censures des sénateurs et de la plupart des évêques mêmes, qui regardaient son zèle meurtrier comme un des plus forts motifs de l'opposition des nonces, il-fut encore en butte aux attaques d'Orzechowski, qui, usant des ressources de son immense talent, invoqua les lois de l'Etat, et réduisit les évêques à la criste alternative ou de l’absoudre, ou de voir casser leur jugement comme contraire aux droits et aux usages de la république.
Il ne restait qu'à recueillir les voix des deux chambres; mais les évêques, prévoyant qu'ils seraient vaincus dans cette lutre, et plutôt que de souffrir que la diète anéantit leur pouvoir, ils annulèrent eux-mêmes la sentence d'excommunication et de bannissement de Dziaduski contre Orzechowski, et lui rendirent tous les pouvoirs du caractère sacerdotal.
André Zebrzydowski, évêque de Krakovie, fut vivement affecte de ces attaques de la diète. Ces attaques, disait-il, n'étaient dirigées que contre la religion elle-même ; le roi devrait prendre pour modèle et pour exemple l’empereur Charles-Quint, toujours armé contre les partisans des nouvelles doctrines. « Voilà sire, ajouta Zebrzydowski, en s'adressant toujours au roi, voilà ce dont l’hérésie est capable. L'indépendance est sa religion, et elle en veut moins aux évêques, dont elle craint peu l'autorité, qu'aux souverains, dont
“elle ne peut souffrir la puissance. C'est à vous, c'est à nous, à faire échouer ces desseins. Nous
prêtons notre appui à une religion qui se soutiendra assez d'elle-même ; mais qui peut se promettre de voir subsister votre pouvoir, si vous nous empêchez de le défendre? Un même intérêt nous unit, qu'un même esprit nous anime.
Donnez-nous des chrétiens soumis, ou permettez-nous de les soumettre ; nous vous assurerons des serviteurs zélés, des sujets qui ne s'étudieront qu'à rehausser, s’il se peut, l'éclat de votre trône. »
Le roi hésitait encore ; mais quelques-uns de ses ministres lui représentèrent qu'il courait plus de danger en étendant la juridiction des évêques, qu'en la retenant dans ses anciennes bornes. Ces nouvelles remontrances ébranlèrent Sigismond- Auguste, qui, véritablement, voyait avec une douleur extrême que les évêques, dégradés par leurs mauvaises mœurs et des vices de tout genre, ne pouvaient plus instruire que par des menaces, ni Corriger que par des arrêts de mort. Cependant le roi ne prit aucun parti décisif; et plus les évêques se montrèrent sévères, plus aussi les Polonais embrassèrent ayec ardeur la réforme.
Dans une autre diète, celle de Piotrkow(1555), lesnonces proposèrent la convocation d’un concile national qui serait présidé par le roi, et auquel assisteraient, en qualité de juges, quelques princes étrangers; outre les évêques, on devait y entendre de célèbres théologiens protestants, tels que Calvin, Melanchton, Théodore de Beéze; le concile devait prononcer sur les questions légitimes et dresser un formulaire de foi. Sigismond-Auguste approuya cette demande; il envoya, en 1556, des ambassadeurs à Rome pour prier le pape Paul IV de permettre la célébration de la messe en langue polonaise, la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres; le roi lui demandait en outre de renoncer aux annates et de convoquer un concile national en Pologne. Mais cette mission fut très-mal accueillie par la cour de Rome.
Pie IV envoya à Warsovie un nonce, le premier qui ait paru en Pologne, dans la personne de Louis Lipomani, natif de Venise, évêque nommé de Vérone. Ce prélat, d'un caractère violent et emporté, était peu fait pour lier les esprits. Aussi la nécessité de son remplacement se fit promptement sentir, et en 1563 on lui donna pour successeur Jean-François Commendoni, d’un caractère entièrement opposé, et qui fut assez habile pour faire recevoir
en Pologne les décrets du concile de Trente.
A une diète litvanienne, tentie la même année (4563) à Wilna, Sigismond-Auguste publia un acte par léquel tout Polonais chrétien était déclaré habile à remplir les places de sénateurs, nonces et tout autre emploi. Cet acte, qui reçut la forme d’un décret de la diète, fut signé entre autres par les évêques de Wilna, de Brzesc- Litewski, de Luck et de Kiiow. La diète de Grodno, de 1568, le confirma.
En 1556, Pierre Goncz de Gonioudz en Podlaquie préeha avec la plus grande hardiesse les principes antitrinitaires. Aux Synodes tenus à Pinezow sur la Nida (palatinat de Sandomir) en 4363, et à Piotrkow (palatinat de Siéradie) en 1565, les Unitaires se séparèrent des Protestants. La ville de Pinczow était le rendez-vous des principaux Unitaires, qu'on appelait Pinczoviens. Nicolas Radziwill, duc de Birze, y entretint pendant six ans une réunion de savants, par lesquels il fit faire une traduction polonaise de:la Bible, qui fut imprimée à Brzesc-Litewski. En 1569, Jean Sieninski, palatin de Sandomir, assigna aux Unitaires des habitations dans la ville de Rakow sur la Czärna qui $e jette dons la Wistule ; leur nom de Rakoviens vient de là.
Cependant les Euthériens, les Calvinistes et les Frères bohémierns établis en Pologne, d’accord sur un seul point, leur häine contre le pape, commencuient à se diviser entre eux et à s’attaquer avec violence ; mais dans le synode de Kozminek ( près Kalisz), qui dura depuis le 24 août jusqu'au 2 septembre de l'année 1555, il y eut un premier rapprochement, et dans le synode de Sandomir, tenu en 1570, toutes les sectes se réunirent en un concordat dont l'acte fut signé le 44 avril, et est connu sous le nom de Consensus Sandomwriensis. Un autre synode, tenu la même année à Posen, y ajouta quelques articles supplémentaires.
À la mémorable diète d'union à Lublin (1569), les Protestants et les Grecs furent déclarés capables de parvenir à toutes les dignités de la république.
Enfin, le roi Sigismond-Auguste, deux mois avant sa mort, signa, le 2 avril 1572, un acte d'une haute importance, qui autorisa les Protestants à bâtir un temple à Krakovie. Nous ayons cru devoir reproduire les considérants de cet acte, afin de montrer ce qu'était la civilisation polonaise à l'époque où en France on aiguisait les poignards de là Saint-Barthélemy :