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la gaieté de leur caractère. De ce nombre furent Pszonka son fondateur, et Pierre Kaszowski, autre juge au tribunal de Lublin. Ces deux amis étaient tellement recherchés, qu'aucune fête, aucune réunion de famille n'avaient lieu dans les environs sans qu'ils y fussent conviés.
Le seul nom du village de Babin, dit l’historien Sarniçki, dissipait la tristesse et l'ennui; car il rappelait Pszonka et son caractère gai, qui lui attirait partout des amis.
Cette société, qui se rassemblait à Babin, avait pour but de faire la satire de toutes les actions blâmables des grands personnages. Pour rehausser son éclat, Pszonka conçut l’idée, qui fut accueillie avec empressement, de lui faire prendre le nom de République de Babin, et de la modeler sur celle de Pologne, en choisissant un roi, des palatins, des castellans, des archevêques, des évêques, des starostes, des grands-généraux, des chanceliers, des maréchaux, des trésoriers; enfin, en parodiant toutes les magistratures établies dans la république polonaise.
Dans l’origine, les amis de Pszonka se partagèrent ces divers emplois pour donner quelque consistance à leur gouvernement. Le fondateur lui-même se contentait du titre de préfet, et Kaszowski de celui de grand-chancelier. Le nombre des emplois était illimité; ces républicains d’un nouveau genre se les distribuaient si libéralement, qu'il n’était personne parmi eux qui n'eût une dignité.
Pour que la critique eùt plus de sel, on donnait ensuite lescharges titulaires aux personnes qui en étaient l'objet, et par conséquent qui étaient étrangères à la société elle-même; dans ce cas, on avait toujours égard aux défauts des individus, et le soin de leur conférer un titre tout à fait opposé à leur caractère et aux qualités qu'ilexigeait dans la véritable république.
Si quelqu'un, dans les assemblées nationales, parlait de choses au-dessus de sa portée ou qui ne le regardaient pas, il recevait le titre d’archevêque dela république de Babin, par un diplôme revêtu des signatures et des sceaux du joyeux gouvernement. Un individu avançait-il dans la Chambre des députés un fait extraordinaire et difficile à croire, on lui expédiait le diplôme d’orateur ou de chancelier de Babin. Celui qui faisait à contre-temps parade de son courage était créé. chevalier de Babin, ou bien grand-général
-de la république de Babin. Un individu avait-il parlé sans respect de: la religion, il était nommé.
prédicateur ou saint inquisiteur de cette république. ;
Ces joyeux amis savaient se tenir au courant de ce qui se passait dans toute la Pologne, au point qu'aucun personnage possédant une place un peu élevée ne pouvait soustraire ses défauts
| aux plaisanteries de la république. Elle montra
toujours la plus grande impartialité dans ses critiques ; car jamais elles n’atteignirent que des coupables qui n'osaient s’en offenser, dans la crainte de devenir l’objet de la risée publique. Cette manière de faire la guerre aux vices ne put que tourner au profit du pays; car, si elle ne les corrigea pas toujours, du moins elle força à les bien cacher, et à ne pas scandaliser la jeunesse.
Cette société était renommée par son habileté à rendre ridicule tout ce qui pouvait être nuisible à la patrie. Elle se maintint avec d'autant plus d'éclat, que jamais on ne put lui reprocher d’avoir employé l'arme de la calomnie, ou d’avoir recu un membre capable de s’en servir. Tout individu, pour être admis dans la société, était obligé de donner des preuves de la délicatesse de ses sentiments, d’un esprit cultivé, et d’un jugement juste des choses et des hommes. Elle attira dans son sein les premiers personnages du pays, tels que les palatins, les ministres, les évêques, etc., afin, que dans le cas où il faudrait punir un coupable dans la vraie république, celui-ci ne püt se trouver offensé en recevant son diplôme des mains d'une personne non moins respectable dans la république de Pologne que dans celle de Babin, et pour que le châtiment produisit un effet plus salutaire.
Sigismond-Auguste, sous le règne duquel les deux républiques jouirent de leur plus grande splendeur, était spirituel, éclairé, libéral, tolérant et ennemi de la tristesse. Il aimait à entendre parler de la république de Babin; et, étant un jour entouré de plusieurs de ses membres, parmi lesquels se trouvait Pszonka, il leur demanda s'ils avaient un roi parmi eux. «Non, Sire, » lui répondit Pszonka, de votre vivant nous ne » songerons pas à en choisir un. Régnez dans la » république de Babin comme vous régnez dans » celle de Pologne.» Le roi reçut cette réponse en riant, et il en manifesta son contentement à Pszonka, et calma ainsi le ressentiment excité chez plusieurs personnages par le châtiment que leur avait infligé la république de Babin, par l'envoi de ses diplômes .
Cette association exerça un. grand empire sur
l'esprit national et sur les mœurs du xvi‘ siècle. Les jeunes gens qui faisaient le premier pas dans Ja carrière publique, tremblaientdevant ce tribunal, dans la crainte d’encourir sa censure, et ceux-là faisaient tous leurs efforts pouryéchapper,quioccupaient des charges. C’est ainsi que cette république satirique et inoffensive au premier coup d'œil rendit des services réels à l'Etat, en attaquant le vice, et eut une influence bienfaisante sur la conduite et les démarches des membres du sénat, du conseil, du roi, du clergé et de la Chambre des députés.
Stanislas Pszonka mourut vers l’année 1590.
Ses successeurs soutinrent longtemps encore
l'honneur et l'éclat de la république de Babin ; mais comme toute institution de ce monde ëést sujette à s’user, les guerres et la décadence de la Pologne finirent par affaiblir l'influence morale de la république de Babin, et enfin la réduisirent bientôt au néant.
Grâce au concours de tant de circonstances favorables et de ces institutions d’une libéralité extrême et sans contrôle ombrageux, les écoles, en cessant d'être sous la surveillance exclusive du clergé catholique, devinrent une pépinière d'hommes capables et de citoyens éclairés. Bientôt l'Université de Krakovie ne put suffire à la prodigieuse affluence de la jeunesse; on établit de grandes écoles à Posen, à Léopol et en d’autres lieux pour la seconder. Chaque évêque, chaque sénateur, chaque haut magistrat, ne dut alors son élévation qu’à ses talents; fils de gentilhomme, de bourgeois ou de paysan, il trouvait le même accueil. Kromer, fils d’un paysan, Dantiscus, fils d’un brasseur, se succédèrent dans l’évéché de Warmie avec le titre de princes. Erasme Vitellius, fils naturel d'un musicien et d’une cabaretière, obtint l'évêché de Plock; Janicki, fils d'un voiturier, reçut la couronne de poëte des mains du pape. Stanislas Hosius, cardinal et l’un des présidents du concile de Trente, était aussi d’une origine très-obscure.
C'est à cette époque aussi que se rapporte l'âge d’or de la littérature polonaise, parce qu'elle offre une grande quantité d'ouvrages polonais qui se font remarquer par un goût formé sur les modèles des classiques grecs et romains, et par une exquise pureté de la langue polonaise, qui atteiguit alors son point de perfection. Le caractère principal des écrivains de cette époque est la netteté, une simplicité noble et la gravité. Toutes les branches des sciences eurent
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leurs représentants, soit que les auteurs écrivissent en latin ou en polonais,
Laurent Korwin, ou Corvinus Nowodworski, professeur d’éloquence à l'Académie de Krakovie, composa plusieurs poëmes élégiaques. Paul Krosnianin enseignait la poésie latine à l'Université de Krakovie et fut professeur de Dantiscus. André Krzycki, neveu des deux Tomicki, fut auteur de plusieursélégiesetépigrammes.JeanFlachsbinder ou Dantiscus, natif de Dantzig, évêque de Culm, ensuite de Warmie, charmait son siècle par son génie poétique, et se rendit digne du laurier qu'il reçut de l'empereur Maximilien, et des faveurs dont il fut comblé par Charles - Quint après la bataille de Pavie. Il fut mis au rang des gentilshommes espagnols, et sa mémoire fut honorée par une médaille frappée en 1529. Clément Janicki, appelé le Tibulle et le Catulle polonais, fut, à l’âge de vingt ans, couronné d'un laurier par le pape Clément VII, Grégoire Samborczyk écrivit des bucoliques. Bendowski mérita, par ses poésies latines, le nom de Pindare polonais.
Quant à la poésie polonaise, on remarque Nicolas Rey de Naglowicé et Jean Kochanowski, qui porta la poésie nationale à un haut degré de perfection. La poésie lyrique est un genre où il excelle principalement, par une douceur, une délicatesse et un charme de sentiment incomparables. Connaissant à fond les langues latine, grecque et italienne, il fit des traductions partielles de Virgile, d'Horace, de Marc Vida; il écrivit aussi des poëmes satiriques, des tragédies, des épithalames, des épigrammes et plusieurs dissertations en prose. André et Nicolas, frères de Jean, étaient aussi poëtes.
Parmi les prosateurs figure en première ligne Lucas Gornicki, auteur d'ouvrages nombreux en histoire et en éloquence. Stanislas Orzechowski, dontnousavons déjà parlé, ainsi que Stryikowski, Paprocki, Sarnicki, Guagnini, Martin Bielski, André Modrzewski, Groicki, Hosius, etc., etc., illustrèrent le siècle des Sigismonds.
Des imprimeurs célèbres, tels que Scharfenberger, Viétor et plusieurs autres rivalisèrent de goût et de soins pour se rendre dignes d’un tel siècle : quatre-vingts villes polonaises possédaient des imprimeries, et Krakovie seule en comptait cinquante.
C'est avec de pareils titres que la Pologne du xvi° siècle se présenté à l'admiration de tous ceux qui veulent bien connaître et apprécier son état moral, intellectuel et scientifique. À
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