‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 149 sur 180 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

scène préparée, on amène devant le tzar Vladimir avec sa femme et ses deux jeunes fils : ils tombent à ses pieds, protestent de leur innocence et demandent à entrer dans un couvent.

« Traîtres, s’écria-t-il, vous m’aviez préparé du poison ; eh bien, vous allez le boire. » Aussitôt on apporte la coupe fatale. Vladimir, prêt à quitter la vie, hésitait cependant à se donner la mort de sa propre main, lorsqu'Eudoxie, son épouse, femme d’esprit et de mérite, voyant qu'il n’est point de salut pour eux, essuie ses larmes et dit à son mari avec fermeté : « Notre mort n’est pas un suicide, c’est le tyran qui nous empoisonne : mieux vaut encore mourir de la main du tzar que de celle du bourreau. » Vladimir fait ses adieux à son épouse, bénit ses fils, prend la coupe d’une main assurée et la vide. Eudoxie et ses enfants ayant suivi son exemple, ils se mettent à prier ensemble ; le poison commençait à opérer : Yvan fut témoin de leurs convulsions, de leur mort !.…. Il fit appeler les dames et les suivantes de la princesse Eudoxie, et leur dit : « Voilà les cadavres de mes ennemis! vous étiez à leur service, mais je veux bien user de clémence envers vous, et je vous fais grâce de la vie. » Saisies d'horreur à la vue des corps inanimés de leurs maîtres, elles s’écrient d’une voix unanime : « Monstre sanguinaire, nous re voulons point de ta miséricorde ! Nous t’avons en exécration ! Fais-nous mettre en pièces, nous méprisons la vie et les tourments. » Yvan donne l'ordre de les dépouiller de leurs vêtementsetdeles fusiller.Euphrosine, mère de Vladimir,et Alexandrine,bellesœur d’Yvan, furent noyées dans la Scheksna, pour avoir versé des larmes sur les victimes de la fureur du tzar.

Novogorod-la-Grande et Pskow, autrefois républiques florissantes sous la protection bienfaisante des grands-ducs de Litvanie, domptées depuis par l’autocratie moskovite, conservaient encore une ombre de leur existence civile. Quoique les dispositions de deux villes affaiblies ne fussent, en aucune façon, dangereuses pour le tzar, elles l’irritaient néanmoins : de sorte qu'au printemps de l’année 1569, imitant l'exemple de son père et de son aïeul, il fit transporter à Moskou cinq cents familles de Pskow et cent cinquante de Novogorod. Ceux qu'on arrachait à leur patrie versaient des larmes amères; ceux qu’on y laissait tremblaient dans l'attente des événements qu'annonçaient ces premières mesures.

Un misérable, nommé Pierre, ayant reçu le

chiant de sa mauvaise conduite, résolut de s’en venger sur les habitants de (rage D : il fabriqua, sous le nom de l'archevêque et des

habitants de cette ville, une lettre de soumission

pour le roi de Pologne; il la cacha derrière l'i-

mage de la Vierge dns l'église de Sainte- -Sophie, puis il se réfugia à Moskou et alla déclarer. au tzar la prétendue trahison de Novogorod,

Au mois de décembre 1569, Le tzar, accompagné de son fils Yvan, de toute sa cour et de sa légion favorite, quitta la slobode Alexandrovskaïa. Arrivé à

couverts du sang des infortunés habitants, et arrivèrent ainsi jusqu'à Tver. Là, dans une étroite

cellule du monastère d'Otrotsch, respirait encore | le saint vieillard Philippe; le tzar envoie son fa-

vor!i, et l’odieux Skouratoff étouffale saint homme, orné de la glorieuse couronne du martyre. Pendant cinq jours la ville de Tver fat livrée au pillage. Les prisonniers de guerre polonais, détenus dans les prisons de cette ville, furent égorgés ou noyés dans les trous faits à la glace du Volga. Toute la contrée qui s'étend jusqu’au lac Ilmen fut mise à feu et à sang. Tous ceux que l’on rencontrait sur la route rain as massacrés, sous le prétexte que l'expédition d'Yvan devait être un secret pour la Russie.

Le 2 janvier 1570, la nombreuse avant-garde du tzar entra dans Novogorod; elle ayait eu soin d entourer la ville de fortes barrières, afin qu'il ne püt s’en échapper un seul homme. On commença par fermer les églises et les couvents, par garrotter les moines et les prêtres, exigeant d’eux vingt roubles par tête. Celui qui se trouvait hors d’état de payer cette amende était battu, fustigé publiquement du matin au soir. On mit sous scellés les maisons des plus riches citoyens, en même temps que l'on chargeait de fers les négociants, les marchands, les gens de robe, dont les familles étaient mises en surveillance dans leurs habitations. Le silence de la terreur régnait dans Novogorod. Ne pouvant. deviner la cause ou le

prétexte de ce châtiment, les citoyens tremblants

attendaient l'arrivée du 1zar.

Le G janvier, jour de l'Epiphanie, Yvan s’arrêla avec sa troupe à Gorodischtsché, bourg situé

à deux verstes de Novogorod. Le. lendemain on

mit à mort tous les religieux qui n’avaient point payé l'amende : ils furent assommés àcoups de massue et transportés ensuite dans. leurs monas-

Kline, le tzar donne à sa légion le signal des meurtres; et depuis Kline jusqu'à Gorodhnia, ces monstres marchèrent le glaive nu,

tères respectifs pour y: être enterrés. Le 8, le tzar, accompagné de son fils et de sa légion, fit son entrée à Novogorod. L’archevêque Pimène avec le clergé et les images miraculeuses l'attendaient sur le grand pont : il voulut lui donner sa bénédiction; Yvan refusa de la recevoir et lui dit d’un ton menaçant : « Homme impie, ce n'est pas » la croix vivifiante que je vois entre tes mains, » c’est une arme meurtrière que tu veux m'enfon- »cer dans le cœur. Je connais tes perfides pro- »jets et ceux de cette vile population. Je sais » que vous êtes prêts à vous livrer à Sigismond- » Auguste ! Dès ce moment tu n’es plus à mes

» yeux le pasteur des chrétiens, mais un ennemi

» de l’église et de sainte Sophie, un loup carnas- » sier, destructeur; un misérable, acharné con- » tre la couronne de monomaque. » Après ces invectives, il lui ordonna de reporier le crucifix

let les images dans l'église de Sainte-Sophie, où |il fut entendre la messe ; il pria avec ferveur, se rendit ensuite au palais épiscopal, se mit à table avec tous ses boïars, et commerça à dîner : tout, à coup ikse lève et pousse un cri effroyable!. … À ce signal, ses satellites paraissent; ils saisissent

l'archevêque, ses officiers, ses gens de service.

Le palais, les cellules, sont à l'instant livrés au

pillage. Le prince Léon Soltykoff, maître de la cour,et Eustache, confesseur du 1zar, enlevèrent

le trésor, les vases sacrés, les images, les cloches; ils dépouillèrent également les églises des, riches monastères; après ces sacriléges, commencèrent les jugements... Ils: étaient rendus par Yvan et son fils, de la manière saivante : tous les. jours on amenait devant eux de cinq cents à mille

Novogorodiens, qui étaient, aussitôt assommés,

torturés ou brûlés. Quelquefois ces malheureux,

attachés à des traîneaux, par la tête ou par les pieds, étaient traînés sur la rive du Volkhov, à L'endroit où cette rivière ne secouvre pas de glace en, hiver, Là, de la hauteur du pont, on les précipitait dans l’eau par familles entières, les femmes avec leurs maris, les mères avec leurs enfants. à la mamelle, tandis que les hommes d'armes moskovites, armés de pieux, de lances et de haches,

se promenaient en bateaux sur le Volkhoy, perçant, mettant en pièces ceux des, infortunés. qui, surnageaient à la surface de: la rivière. Yvan,

suivi de sa légion, visita tous les monastères. des environs. Des bandes deces brigands furent aussi envoyées dans les domaines de Novogorod, pour y piller et exterminer les habitants. sans distinc-. tion, sans examen. Et, ces scènes durèrent sans.

interruption pendant SIX SEMAINES ENTIÈRES.

Le 12 février, lundi de la seconde semaine de grand carême, au lever du soleil, le tzar fit appeler devant lui ceux des Novogorodiens de distinction qui restaient encore vivants, un par chaque rue. Îls parurent, semblables à des spectres, pâles, exténués par le désespoir et la terreur,

attendant le coup de la mort. Il leur dit avec. douceur : « Habitants de Novogorod qui avez | conservé la vie, priez Dieu pour qu'il nous ac-

corde un règne heureux ; priez pour nos soldats, fidèles serviteurs de Jésus-Christ, afin que nous triomphions de nos ennemis visibles et invisibles. Que le Tout- Puissant juge votre archevêque, le traître Pimène, et ses abominables complices ; c’est sur eux que doit retomber le sang qui a coulé dans ces lieux ! Maintenant, que les pleurs et les gémissements cessent ; que la douleur et les regrets se calment ; vivez et prospérez dans Novogorod. JÉ vous laisse, pour me représenter, mon boïar et voiévode, le prince Pronskoï, en qualité de gouverneur. Retournez en paix dans vos habitations. » Le sort de l'archevêque n'était pas encore décidé : on le fit monter sur une jument blanche, couvert de haillons, tenant dans les mains une musette et un tambour de basque, affublé comme un vil histrion ; on le pro-

mena de rue en rue, ensuite on le fit partir pour

la capitale sous une escorte.

Yvan quitta sans délai Novogorod, et se dirigea sur Pskow après avoir expédié à Moskou la proie acquise par le sacrilége et le pillage. Dans l'espace de six semaines de massacres, le tzar fit périr soixante mille individus de tout sexe et de tout âge. Le Volkov était encombré de cadavres, de membres mutilés, et ses flots, teints de sang furent longtemps à les charrier jusqu’au lac re doga. La famine et les maladies vinrent achever Ja furie tzarienne ; pendant sept mois, les prêtres ne pouvaient suffire à donner la sépulture aux morts : on les jetait dans une fosse commune sans aucune cérémonie funèbre. Cependant No-

vogorod parut enfin se réveiller de sa morne.

stüpeur : le 8 septembre, les débris de la population se rassemblèrent pour célébrer une messe des morts dans un champ situé près‘ de l’église de la Nativité, vaste cimetière où se trouvaient dix mille cadavres chrétiens enfouis sans funérailles! Novogorod-la-Grande n’était plus qu’un désert. Une partie considérable du quartier des marchands, jadis si populeux, fut convertie en une grande place ; après avoir démoli tous les

bâtiments devenus inhabités, on et les fondements d'un palais pour les tzars !..….

Yvan réservait à Pskow lé sort de Novôgorod.

Lé tzar passa la nuit du samedi dans le couvent de Saint-Nicolas à Loubatow. De là il découvrait cette ville dont lés citoyens, effrayés à l'approche de la tempête, faisaient léurs adieux à la vie. À minuit, le son des cloches de toutes les églises dé Pskow retentit aux oreilles du tzar. Son imagination lui représenta vivement avec quel sentiment douloureux les citoyens allaient aux matines prier pour la dernière fois. Aussi, dans un inexplicable élan de pitié, il dit à ses généraux : « Émoussez vos glaives sur la pierre; que les meurtres cessent ! > Le lendemain il entra dans la ville, et vit avec étonnement, devant toutes les maisons, des tables dressées et couvertés de mets, d’après les conseils du gouverneur prince Tokmakoff. Le 1zar se dirigea vers l’église; après le Te Deum, il visita la cellule du solitaire Nicolas. Celui-ci offrit à Yvan un morceau de viande crue, et le tzar lui ayant dit : « Je Suis chrétien et je ne mañge point de viande aû grand carême, »

l'änachorète lui répondit : « Tu fais pis: tu te nourris de sang et de chair humaine, oubliant non-seulement le carême, mais Dieu lui-même ! » Alors, d'un ton menaçant, il prédit au tzar d'épouvantables malheurs, et parvint à lui inspirer un tel effroi, qu'il sortit incontinent de Pskow ; il demeura pendant quelques j jours dans les faubourgs, permettant à ses. opritschniks de piller les propriétés des plus riches habitants ; mais il avait défendu de toucher aux biens des prêtres et des moines; il n’enleva que les trésors des couvents, quelques vases sacrés, des images, des livres. Il reprit le chemin de Moskou pour assouvir dans de nouveaux carnages son insatiable soif de sang.

Le moment était venu où les satellites les plus fidèles du tzar, longtemps calomniateurs, allaient périr eux-mêmes victimes d’une calomnie. Parmi les favoris, le prince Athanase Viazemékoïi était seul confident des projets du tzar, qui les lui communiquait, dans sa chambre à coucher, pendant le silence des nuits. Un jeune enfant boîïar, nommé Féodoroff-Lovischikoff, comblé de Batie par Viazemskoï, l'accusa d’avoir prévenu les Novogorodiens de la colère du tzar; il n'en fallut pas davantage pour le perdre. Yvan dissimula quelques jours ; puis, tout à coup, ayant fait appeler Viazemskoï pour lui parler des affaires de l'Etat avec sa confiance accoutumée, il donna ordre d’as-

sassiner, pendant ce temps, tous les serviteurs dévoués au prince. En rentrant chez lui, celui-ci aperçoit leurs cadavres ensanglantés. Sans laisser paraître ni émotion, ni surprise, il passe dans son appartement, espérant calmer le courroux du tzar par cette preuve de soumission. Mais à l'instant il est arrêté et jeté dans un cachot où se trouvaient déjà Les Basmanoff, accusés, comme lui, de haute trahison. On fit subir la question à tous les prévenus : celui qui n'avait point la force d'en supporter les douleurs faisait des aveux mensongers qui le compromettaient, ainsi que ses compagnons, torturés également pour découvrir des secrets qu’ils ignoraient eux - mêmes. Les procès-verbaux, contenant les déclarations de ces malheureux, formèrent un acte d'accusation énorme qui fut présenté au tzar et à son fils. Aussitôt, les prétendus traîtres sont condamnés à mort. Leur supplice devait offrir aux regards des habitants de Moskou, déjà habitués aux horreurs, un spectale capable de les étonner encore!

Le 25 juillet 4570, on vit dresser dix-huit potences au milieu de la grande place du marché, dans le quartier de Kitaï-Gorod; étaler des instruments de torture, allumer un énorme bûcher au-dessus duquel était suspendue une grande cuve remplie d’eau. À ces épouvantables apprêts, les Moskovites furent persuadés que leur dernier jour était arrivé, et que le tzar allait exterminer à la fois la capitale et ses habitants. Eperdus de terreur, ils fuient et se cachent partout où ils le peuvent, abandonnant dans les boutiques ouvertes leurs marchandises, leur argent. Bientôt la place est déserte ; on n’y voyait qu’une troupe d'opritschmiks rangés autour des gibets et du bûcher embrasé, dans un profond silence. Tout à coup l’air retentit du roulement des tambours : on aperçoit le tzar à cheval avec son fils aîné, objet de son affection. Il était accompagné des hoïars, des princes et de sa légion, marchant dans le plus grand ordre, suivie des condamnés, au nombre de plus de trois cents, semblables à des spectres, meurtris, déchirés, ensanglantés, pouvant à peine se trainer. Arrivé au pied des gibets, Yvan promène ses regards autour de lui : étonné de n’apercevoir aucun spectateur, il ordonne aux légionnaires de rassembler les habitants et de les amener sur la place. Impatienté de leur lenteur, il Court lui-même sur leurs pas, appelant les Moskovites au spectacle qu'il leur avait préparé, leur promettant grâce et sûreté. Les Moskovites n’osèrent point désobéir : ils sortent des caves,

des souterrains où ils s'étaient cachés, et se rendent, tremblants de frayeur, sur la place des exécutions, qu'ils remplissent en peu d'instants ; les murailles, les toits étaient couverts de spectateurs : alors élevant la voix, le tzar leur dit : « Peuple de Moskou, vous allez voir des tortures »et des supplices; mais je punis des traîtres. » Répondez-moi, mon jugement vous paraît-il » juste ? » À ces mots, de bruyantes acclamations partent de tous côtés : Vive le tzar, notre seigneur et maître! périssent ses ennemis! Yvan fit retirer de la foule des condamnés cent quatrevingts personnes, auxquelles il accorda la vie comme aux moins coupables; ensuite, le secrétaire du conseil privé, déployant un rouleau de parchemin, publia les noms des victimes.

Le conseiller Viskovaty ouvre ce cortége; les sicaires s’élancent sur lui, lui ferment la bouche, le pendent par les pieds et le taillent en pièces: Malouta-Skouratoff, descendu de cheval, coupa, le premier, une oreille au martyr.

La seconde victime fut le trésorier Tounikoff, ami de Viskovaty. On versait alternativement de l’eau bouillante et de l’eau glacée sur le corps de ce malheureux, qui expira dans d’horribles souffrances. Les autres furent égorgés, pendus ou hachés en morceaux. Le tzar lui-même, à cheval, d’un air tranquille, perça un vieillard de sa lance : dans l’espace de quatre heures, on mit à mort environ deux cents hommes! Enfin, ayant terminé cette horrible expédition, les meurtriers, baignés de sang, brandissant leurs épées [umantes, vinrent se ranger devant le 1zar en poussant leurs cris de joie, hoïdà ! hoïdà ! cris des Tatars pour animer leurs chevaux, et glorifiant sa justice! Yvan, parcourant la place, examina les amas de cadavres en souriant... Le prince Viazemskoï expira, dans la prison, au milieu des tortures; et quant à Alexis Basmanoff, le tzar força le jeune Téodor Basmanoff à tuer son père! comme le prince Vassili Prozoroffskoi le fut par son frère Nicétas! Après les confiscations, plusieurs personnes de distinction furent exilées à Biélo-Ozéro ; l'archevêque Pimène fut déporté à Toula.

Le tyran se reposa pendant trois jours, car il était indispensable d’inhumer les cadavres ; mais le quatrième on amena, sur la place, de nouvelles victimes que l'on mit à mort. Malouta-Skouratoff, chef des bourreaux, dépeçait à coups de hache les corps des suppliciés, et ces sanglantes dépouilles, privées de sépulture, restèrent huit

jours exposées à la voracité des chiens qui se les disputaient. Les femmes des gentilshommes égorgés, au nombre de quatre-vingts, furent noyées dans Ja rivière de la Moskva. Le célèbre voiévode prince Pierre Obolenskoï Sérébriannoi voit tout à coup la légion des opritschniks fondre sur l'hôtel qu'il habitait au Kremlin, on enfonce les portes, et sous les yeux du tzar, on lui tranche la tête. On exécuta de la même manière Pleschischeieff, Dobrinskoï, Yvan Vorontzoff, Tyrkoff, Kaschkaroff, etc. Le voiévode Nicétas Golokhvastoff, attendant la mort, avait quitté la capitale et pris la tonsure dans un monastère situé sur les rives de l'Oka. A la nouvelle que le tzar avait expédié ses satellites pour s'emparer de lui, il alla à leur rencontre et leur dit : « Je suis celui que vous cherchez. » Yvan le fit sauter en l'air sur un baril de poudre à canon, et dit en plaisantant : « Les cénobites sont des anges qui doivent s'envoler au ciel. » Le dignitaire Miassoïédoff avait une épouse charmante : elle fut saisie, violée et pendue aux yeux de son mari, auquel on trancha la tête. Le prince Yvan Schakhoffskoï fut tué de la propre main du tzar, d’un coup de masse d'armes. Plusieurs princes, Prozorofiskoï, Ouchaty, les Zaboloskoï, les Boutourline subirent le même sort. Deux frères, les princes André et Nicétas Meschtscherskoï, en défendant avec valeur la nouvelle forteresse du Don, tombèrent sous les coups des Tatars de Krimée. Les corps de ces deux guerriers n'étaient point inhumés lorsque les sicaires du 1zar se présentèrent pour les égorger : on Jeur montra les dépouilles inanimées ! Il en arriva autant à l’égard du prince André Olenkine : les assassins tzariens, expédiés de Moskou, le trouvèrent mort au champ d'honneur ; loin d'en être touché, le 1zar assouvit sa furie sur les enfants de ce brave guerrier : il les fit mourir dans l’exil.

Outre les poëles ardents, on construisait, pour la torture, des fourneaux d’une espèce particulière ; on fabriqua des tenailles, des griffes de fer, de longues aiguilles. On coupait aux malheureux patients les membres l’un après l'autre; on les sciait, pour ainsi dire, en deux parties, au moyen de cordeaux ; on les écorchait tout vifs ; on leur tailladait la peau du dos par longues tranches !..... Et lorsqu'au milieu des horreurs du carnage, la Russie était comme pétrifiée par la terreur, le palais d’'Yvan retentissait du bruit de joyeux festins. Le 1zar s’y livrait au plaisir, en-

touré de ses satellites et d’histrions qu'on lui envoyait avec des ours. Il se servait de ces animaux pour la chasse aux hommes dans ses moments de fureur, ou comme simple divertissement. Quelquefois, apercevant près du palais une troupe de citoyens paisiblement rassemblés, il faisait lâcher deux ou trois ours et riait aux éclats de l'épouvante, des cris de cette multitude en fuite, poursuivie par les bêtes féroces, qui déchiraient quelques malheureux.

L'un des principaux amusements du tzar était une nombreuse troupe de bouffons dont les fonctions étaient de le faire rire avant et après les meurtres. Souvent ils payaient de leur vie un bon mot hasardé. On distinguait parmi eux un prince Gvozdiéff, qui occupait un rang élevé à la cour. Un jour, mécontent d’une de ses plaisanteries, le tzar lui versa sur la tête une écuelle de soupe bouillante; le malheureux, poussant un cri de douleur, veut prendre la fuite; mais Yvan lui porte un coup de couteau, et Gvozdiéff, baigné dans son sang, tombe sans connaissance. On appelle sur-le-champ le docteur Arnolphe :

« Sauvez mon bon serviteur, lui dit le 1zar ; j'ai plaisanté avec lui un peu trop rudement. — Si rudement, répondit Arnolphe,que Dieu seul et Votre Majesté pourraient le rendre à la vie. Il ne respire plus!» Le tzar fit un geste de mépris, donna au mort l'épichète de ehien et continua de s'amuser.

Un autre jour, au moment où il était à table, le voïiévode Boris Titoff se présente devant lui, s'incline jusqu'à terre et lui adresse les compliments accoutumés : « Dieute conserve, mon cher voiévode, lui dit le tzar ; ®u mérites nne grâce de ma part; » et prenant un couteau, il lui coupe une oreille! Titoff, sans laisser paraître la moindre douleur, sans changer de visage, remercia le tzar de sa gracteuseté, et lui souhaita un heureux règne. Quelquefois le tyran, bien que plongé dans la sensualité, semblait en oublier les plaisirs ; il repoussait soudain les mets et les liqheurs, abandonnait les festins, puis, d'une voix de tonnerre, appelant sa légion, il s’élançait sur un cheval et courait se baigner dans le sang. C'est ainsi que, quittant un diner somptueux, il sortit un jour de son palais pour aller massacrer les prisonniers de guerre polonais, enfermés dans Moskou. Cette fois-ci l'épreuve fut dure : il n'avait point affaire à de vils sujets moskovites qui souffraient si ignominieusement tant d'horreurs, mais à des Polonais libres

et civilisés. Le Polonais Bykowski arracha la

lance des mains du tzar, et allait l’en percer lui-

même, lorsqu'il reçut la mort d’un coup porté par le tzarévitseh Yvan-Yvanovitsch; car, dans de semblables occusions, ce jeune prince secondait son père avec ardeur, comme pour enlever aux Moskovites jusqu’à l'espoir d'un règne plus doux dans l'avenir... Après avoir assassiné plus de cent Polonais enchaînés, le farouche exterminaeur s’en retourna triomphant dans son palais, aux cris ordinaires de ses satellites : hoïdä, hoiïdà, et se remit à table !....

Un ambassadeur italien s'étant un jour présenté devant le 1zar, sans se découvrir, Yvan lui fit clouer son chapeau sur la tête. Malgré ce terrible exemple, Jérôme de Boze, ambassadeur de la reine d'Angleterre, osa encore mettre son chapeau en présence du tyran. « Sais-tu, lui demanda Yvan, quel traitement a subi un autre ambassadeur pour une semblable hardiesse? — Oui, répondit de Boze d’une voix férme; mais je suis l’envoyé de la reine Elisabeth, et si l'on fait une insulte à son ministre, elle saura bien en tirer une vengeance éclatante. — Voilà un

brave!.; s'écria le. tzar; et se tournant vers ses

courtisans : «Qui de vous, ajouta-t-il, eût agi et parlé de la sorte pour soutenir mon honneur et mes intérêts ? »

Une autre fois, ayant appris que deux dames s'étaient permis quelques plaisanteries sur son compte, il ordonna de les amener dans son palais; là, les ayant fait dépouiller de tous leurs vêtements, il versa un boisseau de pois sur le parquet et les obligea de les ramasser un à un. Ce ne fut qu'après avoir accompli cette singulière pénitence, qu’il leur fut permis de s’habiller et de retourner chez elles.

Cinquième époque de la tyrannie et des massacres (1571-1577). Ennuyé deson veuvage, bien que peu scrupuleux sur les lois de la chasteté, Yvän cherchait, depuislongtemps, une troisième épouse. On amena au {zar, dans la slobode Alexandrovskaïa, des jeunes filles de toutes les villes dés possessions moskovites, sans distinction de naissance, et au nombre de plus de deux mille. Chacune lui ayant été présentée séparément, il en choisit d'abord vingt-quatre, et parmi celles-ci, douze que les médecins et les sages-femmes eurent ordre de visiter. Il compara longtemps leur beauté, leurs grâces, leur esprit, et donna enfin la préférence à Marfa Sabakine, fille d'ur marchand de Novogorod, Il choisit en même temps

pour épouse à son fils aîné Eudoxie Sabouroff.

Tout à coup la fiancée du tzar tomba malade et commença à maigrir d’une manière surprenante. On répañdit le bruit qu'elle avait été ensorcelée par de secrets ennemis, jaloux du bonheur domestique d'Yvan. Les soupçons se por:

tèrent aussitôt sur les proches parents des défuntes tzarinés, Anastasie et Marie. On ordonna une enquête, et avec elle recommencèrent les massacres. Le prince Michel Temgroukhôvitsch, beau-frère d'Yvan, fut empalé. Les Yakorvleff, Sabouroff, périrent par le knout. Léon Soltÿkoff fut étouffé dans une prison. On imagina alors un nouveau genre de supplice. Élisée Bomélius, médecin, proposa au tzar d'employer le poison avec un art si infernal, que l’homme empoisonné expirait précisément à l'instant indiqué par l’autocrate. C’est ainsi qu'Yvan fit périr Griaznoï, le prince Gvozdieff-Rostoffskoï et plusieurs autres seigneurs.

Cependant le 28 octobre 4571 le tzar épousa la malade, espérant, commeil le disait lui-même, l'arracher à la mort par cet acte d'amour et de confiance dans la miséricorde du Tout-Puissant: Six jours après son mariage, il ordonna celui de son fils avec Eudoxie; mais le banquet nuptial fut terminé par des funérailles ! Marfa expira le 45 novembre, cause infortunée de la Pre de tant d'innocents.

Depuis, le tzar n’apercevait plus l'ombre d'une résistance, le moindre danger pour sa personne : il avait exterminé ce qu'il appelait les ambitieux: leurs rangs, leurs richesses étaient devenus le partage de nouveaux dignitaires, muets complaisants de sa cruauté. Rassuré de la sorte, il abolit tout à coup (1572), au joyeux étonnement de ses sujets, l'odieusé légion des opritschniks, jusqu'alors Le bras droit de l’exterminateur, qui, depuis sept années, couvraient la Moskovie de sang, de ruines, et déchiraient l'État. Cé nom terrible disparut avec son hideux symbole. Les élus, dépouillés de leur uniforme, se rangèrent parmi les courtisans ordinaires, où aû notnbre des fonctionnaires d'État, des militaires, n'étant plus soumis à un chef de bandes sanguinaires. Les Moskovites osèrent penser que le terme des meurtres, des-pillages était arrivé! que là mesure de leurs mäux était comblée !

Sixième époque de la tyrannie et des massacres (1377-1584). Lenomd'opritschniks n'existait plus, toutefois la tyrannie n’était pas rassasiée de victi-:

apercevait au ciel ébranlèrent l'esprit du tzar.

mes; seulement elles tombaient plus rarement : c'étaitle crime fatigué de ses excès,endormi de lassitude, qui se réveillait de temps en temps! Ilrestait encore un nom illustre à porter sur l'immense liste des meurtres de ce règne sanguinaire : le premier des voïévodes, le prince Michel Vorotinskoï, fut livré aux supplices, dix mois après ses triomphes. Il était accusé, par un de ses esclaves, de sortiléges ; délation absurde et toujours agréable au tyran. Ce célèbre guerrier, chargé de fers, fut amené devant le tzar. A l’aspect du délateur, à la lecture de l'accusation, Vorontinskoi dit avec douceur : « Seigneur, mon aïeul et mon père m'ont appris à servir avec zèle Dicu et mon souverain; à recourir dans mes chagrins aux. autels du Très-Haut, et non pas aux sorcières. Cecalomniateurest mon esclave ; il est fugitif et convaineu de vol. Pourrais-tu ajouter foi au témoignage d'un scélérat? » Pour toute réponse, le héros sexagénaire, couché, lié sur une bûche, fut placé entre deux brasiers ardents!.... L'autocrate de la Moskovie lui-même se servait de son bâton ensanglanté pour approcher des tisons enflammés du corps de ce martyr.

On fit périr en même temps le voïévode prince Nicétas Odoïéffskoïi, frère de la malheureuse Eudoxie,belle-sœur d’Y van. Le vieux boïar Morozoff fut mis à mort avec ses .deux fils et Eudoxie son épouse, fille du prince Démétrius Belzkoï. Le prince Pierre Kourakine, Yvan Boutourline, Pierre Zaïtzoff, l'un des plus zélés opritschniks ; Grégoire Sabakine, oncle de la feue tzarine Marfa; le prince Touloupoff, favori du tzar; Nicétas Borissoff, l’'échanson Caliste Sabakine, beau-frère du tzar ; l’écuyer prince Yvan Déné-

télevitsch, furent brûlés, dépecés, étranglés,: tailladés...…, Yvan suivait constamment son sys-

tème de fusion, S'il achevait d'exterminer les an-

ciens. seigneurs condamnés par sa politique, il: n'épargnait pas davantage les nouveaux qu'il

proscrivait ièmpartialement,

C’est à peu près à cette époque qu’il fit mettre à mort un saint homme nommé Cornélius, abbé de-Pskov, avec Vassian Mouromtzeff, son humble disciple ; ils furent écrasés au moyen d’un instrument. de torture. Léonidas, archevêque de Novogorod, fut mis «ins une-peau d'ours, on lâcha contre lui des chiens qui le mirent en pièces...

Le médecin Bomélius, cet odieux instigateur des.

meurtres, fut brûlé vif sur la place de Moskou.

Enfin quelques signes extraordinaires qu'on

sagé de nouvelles calamités :

‘par un ciel éclairé des rayons du soleil, la foudre

L'apparition d'une comète avait, disait-on, préle jour de Noël,

avait embrasé la chambre à coucher d’Yvan,

dans le repaire d’Alexandrovskaïa : on avait en-

tendu aux environs de Moskou une voix terrible quicriait : Fuyez, fuyez, Moskovites !.. Dans les mêmes lieux, une pierre sépulcrale en marbre,

sur laquelle se trouvait une inscription mystérieuse et inexplicable, était tombée du ciel : le

tzar étonné avait ordonné à ses gardes de la briser, après l'avoir examinée lui-même.

Mais la mesure des crimes n’était pas encore comblée, il luirestait à consommer le plus épouvantable pour son cœur paternel, et l’infanticide couronna l’horrible série des forfaits du système autocratique des tzars moskovites. Yvan préparait à la Russie un autre lui-même dans la personne de son fils qui était en tout point digne de son père. En 4582, lorsque le roi de Pologne Etienne Batory écrasait les Moskovites et reprenaitsur eux lesanciennes provinces litvaniennes, le tzarévitsch va trouver son père et lui demande d'être envoyé avec des troupes pour délivrer Pskov assiégée par des Polonais. Cette généreuse proposition excite le courroux d'Yvan : « Rebelle, s'écrie-t-il, tu veux me détrôner, de concert avec les boiars! » Et il lève le bras contre son fils. Boris Godounoff essaie en vain de Farrêter ; le tzar, avec son bâton ferré, lui fait plusieurs blessures, et d’un coup violent sur [a tête du tzarévitsch, ilrenverse l’infortuné baigné dans son sang. À cet aspect, la fureur d’Yvan s’évanouit, Frappé de terreur, pâle, tremblant, il s’écrieavec laccent du désespoir : e Malheureux, j'ai tué mon fils !..... » Il se jette sur lui en versant des larmes ; il l’embrassait, essayant d'arrê- ” ter le sang qui coulait d’une profonde blessure ; il appelait à grands cris le secours des médecins ; il implorait la miséricorde de Dieu et l£ pardon de son fils... Mais la justice céleste venait d’accomplir ses décrets !..... le tzar, attéré, l'œil hagard, resta plusieurs jours assis auprès du cadavre de sa victime, sans prendre de nourriture, sans goûter un instant de sommeil! Aux funérailles, le tzar, dépouillé des marques de sa dignité, couvert de lugubres vêtements, poussait des cris déchirants et se frappait la tête contre

Ja terre, contre.le cercueil, de son malheureux

fils... Pendant quelques jours, abandonné aux plus violentes angoisses, il ne connaissait plus

les douceurs du sommeil. Au milieu des nuits, comme épouvanté par des spectres, il se réveillait en sursaut, tombait de son lit, se roulait par terre, en poussant de lamentables cris : état affreux que l'épuisement de ses forces parvenait seul à calmer.

Enfin les derniers instants du monstre approchaient, mais il mourut comme il avait vécu, c'est-à-dire en exterminant les hommes. Il jouissait d’une santé robuste et croyait pouvoir espérer encore de longues années, il était dans sa cinquante-quatrième année; mais il commença à s’affaiblir visiblement dans l'hiver de 1584. A cette époque, parut une comète dont la queue avait la forme d’une croix. Le tzar s’étant rendu, pour la voir, sur l'escalier rouge, l'observa longtemps et dit à ceux qui l’entouraient : « Voilà le présage de ma mort!» Poursuivi par cette idée, il fit chercher en Moskovie et en Laponie des astrologues, de prétendus magiciens, en rassembla environ soixante et leur assigna pour résidence une maison dans Moskou ; tous les jours, son favori Belzkoï allait discuter avec eux au sujet de la comète. Bientôt Yvan fut attaqué d'une maladie alarmante. Ses entrailles commençaient à se corrompre et son corps s'enflait; les astrologues lui ayant annoncé qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre, c'est-à-dire jusqu'au 48 mars, il leur avait imposé silence en les menaçant de les faire brüler vifs s'ils avaient l’audace de répandre cette prédiction. Dans le courant de février, il s'était encore occupé d'affaires ; mais le 40 mars il se senuit pis; le 45 mars il contemplait ses pierres précieuses ; sa belle-fille, l'épouse de Téodor, s'étant approché du malade pour lui prodiguer de tendres consolations, recula d'horreur et s'enfuit épouvantée de sa lubri- Cité...

Déjà les forces du tzar diminuaient sensiblement, et le délire de la fièvre égarait ses idées. Etendu sans connaissance, il appelait à haute voix-le fils qu'il avait tué ; il le voyait en imagination; il lui parlait avec tendresse... Toutefois le 47 mars il se sentit un peu mieux par l'effet d’un bain tiède; le lendemain il dit à Belzkoïi : « Allez annoncer la mort à ces imposteurs d’astrologues. D’après leurs contes, c’est aujourd’hui que je dois mourir, et je sens renaître mes

forces. — Attendez, répondirent ceux - ci, la journée n’est pas encore écoulée. » On pré- : para un second bain dans lequel il resta environ trois heures; ensuite il se coucha, et prit quelque repos. Un instant après, il se lève, il demande un jeu d'échecs, et, assis sur son lit, il arrange lui-même les pièces pour jouer avec Belzkoï. Tout à coup il tombe et ferme les yeux pour toujours (18 mars 1584).

Telle fut la fin d'un monstre autocratique.

Pendant vingt-quatre années entières, trois cent mille victimes disparurent de la surface de la terre au milieu des tourments les plus cruels. Tels étaient et le tzar et ses sujets! Qui de lui ou d'eux doit nous étonner davantage?

Les souverains contemporains, soit qu’ils fussent ceints d'une couronne royale, ou d'une tiare , ne trouvèrent rien à dire ou applaudirent hautement à la conduite de leur royal frère. Le vertueux et glorieux Etienne Batory, roi des Polonais, élevait seul sa voix royale et humaine contre les horreurs autocratiques. Citons l’exemple d'un pouvoir suprême spirituel et temporel. Grégoire XII, ce vicaire de Jésus-Christ, qui, en apprenant les atrocités de la Saint-Barthélemy en France, avait fait illaminer Rome, témoigna la plus vive satisfaction en trouvant, ainsi qu’il le pensait, l'occasion de réunir la Russie à son vaste troupeau. Grégoire XIII, en envoyant au tzar, en 1576, le prêtre Rodolphe Klenchen qui connaissait la langue et Iles usages moskovites, lui dressa par écrit une instruction et chargeait son envoyé de déclarer aux boïars « que le pape » ayant beaucoup entendu parler de la puissance, » des conquêtes, de l'héroïsme, de la piété, des » qualités étonnantes et aimables que possédait » le tzar Yvan-Vassiéliévitsch, s’empressait de sa- » tisfaire enfin le désir qu'il nourrissait depuis » longtemps, celui de témoigner à un monarque » aussi extraordinaire l’amitié la plus cordiale, » espérant qu'il voudrait bien réprimer les Otto- » mans, et garantir l'intégrité de la religion de » Jésus-Christ sur tout le globe. »

Depuis, les noms propres et les dates ont seuls changé, mais les faits se reproduisent dans la succession des siècles ; nous avons cité l’histoire ancienne, c'est à nos lecteurs à la comparer avec l’histoire contemporaine !..…

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