‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 150 sur 180 · EE · texte numérisé non relu

EE

Dans nos recherches historiques, nous nous arrêtons particulièrement aux souvenirs qui unissent la Pologne à la France, et déjà nous avons donné tous les détails qui se rattachent à l’élection de Henri IH {t. 1, p. 27). Pour. compléter ce tableau, nous allons décrire aujourd'hui l'entrée des ambassadeurs polonais à Paris, leurs négociations diplomatiques et toutes les :cérémonies qui précédèrent la remise du décret de l'élection. Cette relation pleine d'intérêt nous a été communiquée en manuscrit, et on nous pardonnera de conserver le style de l’époque pour ne rien Ôer à Ja vérité. |

En lisant ce manuscrit, mille réflexions se présentent à l'esprit. Alors, les Polonais étaient re- Çus avec pompe, ils venaient offrir une couronne ; aujourd'hui ils ont ;jperdu. une patrie, ils n’ont point de couronne à offuir,:et on les recoit en exilés. …

» Etant avervies Leurs Majestés de la venue des ambassadeurs qui étaient proches de leur arrivée à Metz, manda au sieur de Thevalle, gouverneur de ladite ville, de les recevoir dignement et envoya au-devant l’évêque de Langres et le comte de Brienne, pour aussi les recevoir au nom du roiæt les accompagner par les chemins; et M: le duc de Lorraine, sachant qu'ils

passaient par ses pays, les alla ecevoir à Pont-

à-Mousson et les y fit très-bien traiter.

» Et quand ils furent à trois lieues de Paris, le

roi de Pologne enxoya au-devant d'eux sa maison

et sa famille, conduite par M. de Villequier, son

premier .chambellan, ses autres chambellans,

gentilshommes.de Ja chambre et autres de sadite

maison, ensemble ses pages jusques.au nombre TOME If,

de cinquante ; montés tous sur chevaux d'Espagne ou chevaux turks qui furent à Pantin. Et quelque peu après, y arrivèrent les princes que le Roi Très-Chrétien envoyait au-deyant d'eux, pour les recevoir : c’est à savoir comment ils étaient complimentés et conduits :

» Adam Konarski, évêque de Posnanie, par le prince Dauphin, filsainé du duc de Montpensier ;

» Albert Laski, palatin de Siéradz, par le duc de Guise;

» Jean Lodzia Tomicki, eustellan de Gnèzne, par le marquis du Maine ;

» Jean Herburt de Fulsztyn, TA de Sarok et staroste de Przemysl, par le marquis d'Elbeuf;

> André Gorka, castellan de Miendzyrzeez, staroste de Gnèzneet.de Jaworow, par le. duc d’Aumale ;

» Stanislas Prawdzic-Krzyski, castellan de Racionz, par M..le Grand;

» Nicolas Sierota-Radziwill, maréchal de la eour de Litvanie, par M. le comte de Maulevrier ;

» Nicolas Firley, staroste de Kazimierz, par le comte de Tende;

» Jean Sarius Zamoyski, staroste de Belz, par le vicomte de Turenne ;

» Jean Zborowski, staroste d'Odolanow, par M. de Piennes;

» Nicolas Tomicki, fils du castellan. de Gnèzne,

par M. de Bouvyns;

» Alexandre Pronski, fils du palatin de Kiovie, par M. de Humières.

» Le sieur de Foix, conseiller au privé conseil, porta la parole de la bienvenue. Et à la rencontre descendirent tous deleurs chariots, pour

saluer lesdits princes et comtes qui allaient audevant d'eux; et après en chacun chariot des ambassadeurs qui sont jusques à onze, entra un prince ou seigneur pour leur faire compagnie. Allèrent aussi au-devant le prévôt des marchands et échevins avec les archers de la ville, et se trouva à la porte Saint-Martin, par laquelle ils entrèrent, mille ou douze cents arquebusiers pour faire une salve avec l'artillerie qui fut tirée. » En cette sorte entrèrent en la ville le mercredi, 49° du mois d'août 1575, environ les trois heures après midi, étant en nombre d'environ trois cents personnes, et de cinquante chariots faits à la polonaise, tirés, les uns par quatre, les autres par six chevaux, Passant tout du long de la rue Saint-Martin, allèrent descendre au logis de l’évêque de Posnanie, logé à la maison de Nantouillet, prévôt de Paris; et après furent conduits les autres, chacun en leurs maisons aux environs des Augustins et rue de Bussy, par gentilshommes députés pour les accompagner, et autres gens ordonnés pour les faire servir à leurs maisons, tant valets de chambre du roi qu'autres.

» On ne peut exprimer l'étonnement de tout le peuple, quand il vit ces ambassadeurs avec des robes longues, des bonnets de fourrure, des sabres, des flèches et des carquois ; mais l’admiration fut extrême, lorsqu'on vit la somptuosité de leurs équipages, les fourreaux de leurs sabres garnis de pierreries, les brides, les selles, les housses de leurs chevaux enrichies de même, et cet air d'assurance et de dignité qui les distinguait Supérieurement, et qui n’est bien naturel que dans des hommes libres. Leur taille, leur figure, leur bonne mine, tout imposait en eux, et rappelait l’idée de ces anciens sénateurs romains qui, maîtres de divers peuples, ne savaient obéir qu’à leurs propres lois, et qui trouvaient plus de gloire à donner des couronnes qu'à les porter. Ce qu'on remarqua le plus dès leurs premiers entretiens, ce fut leur facilité de s’énoncer en latin, en français, en allemand, en italien. Ces quatre langues étaient aussi familières à quelques uns d'entre eux, que la langue même de leur pays. Il ne se trouva à la cour que deux hommes de condition qui pussent leur répondre en latin : le baron de Millau et le marquis de Castellanau- Mauvissière. Ils avaient été mandés exprès pour soutenir, en ce point, l'honneur de la noblesse française, qui rougit alors de son ignorance. » Le jeudi tont le long du jour, parce qu'ils

étaient las, se reposèrent à leurs maisons; et furent envoyés visiter de la part du roi, par M. de Lanssac, pour savoir de leurs nouvelles et dispositions, et s'ils avaient besoin d'aucune chose.

» Comme le lendemain, vendredi, vingt-unième matin, furent aussi envoyés visiter, de la part du roi de Pologne, par MM. de Villequier et de Cheverny, pour les congratuler de leur venue, et leur offrir toute la faveur et bienveillance de la part dudit roi de Pologne. L'aprèsdinée, lesdits sieurs ambassadeurs demandèrent à être ouïs du roi Très-Chrétien. Ils passèrent l'eau dedans quelques bateaux, qui leur furent apprêtés pour venir au Louvre, où ils trouvèrent le roi dans la grande salle d’en haut, accompagné des princes, cardinaux et gens de son conseil; et là, lesdits sieurs Polonais et autres de leur compagnie vinrent baiser la main du roi. Il fut porté la parole par l’évêque de Poznanie, de la cause de leur venue ; à laquelle fut fait réponse par le sieur de Birague, chancelier de France ; et puis, allèrent trouver la reine-mère en sa chambre, à laquelle ledit sieur évêque fit harangue, et parce que ladite dame sut que ledit évêque parlait bien italien, lui fit elle-même la réponse si à propos, répondant à chacun point de ce qu’elle avait entendu par son chancelier, l'évêque du Puy, que contenait l’oraison dudit sieur évêque, la réponse de ladite dame fut grandement louée et estimée par les sieurs ambassadeurs. Après s’en allèrent saluer la reine, pour laquelle fut fait réponse par l’évêque de Paris. Et après s’en retournèrent lesdits sieurs ambassadeurs passer l’eau pour aller en leurs logis, ne voulant pas ledit jour voir le roi de Pologne, leur roi, parce qu’ils disaient le vouloir voir un jour à part pour lui faire plus d'honneur, comme ils devaient.

» Qu'il fut cause de les remettre au samedi vingt-deuxième, lequel jour l'après- diner et pour venir avec plus d'apparence, délibérèrent de monter tous à cheval sur chevaux fort richement enharnachés, et chacun desdits ambassadeurs menant sa famille, parés chacun de diverses couleurs, de riches habillements la plupart à la façon polonaise, et quelques-uns habillés à la française. Et pensaient de venir trouver leur roi en sa chambre du Louvre; mais quand on vit la compagnie si grande, ledit roi fut contraint, pour avoir lie plus capable, d'aller la recevoir en la grand’salle d’en haut, ce qui fut fait avec bel ordre. Et au-devant d'eux marchait ledit roi

jusque au milieu de ladite salle, puis les mena en haut près la cheminée, et là furent présentées les lettres qui furent lues par le sieur Brulart, secrétaire. Et après ledit sieur évêque de Poznanie, Konarski commença à faire son oraison :

« Que le roi ne devait qu'à son mérite la cou- » ronne qu'ils venaient lui offrir; et qu'ils ne » doutaient point qu'il n'ajoutât à ses premières » vertus toutes celles que l'honneur et le devoir » allaient bientôt lui rendre nécessaires. Quant » au décret d'élection, ils ne pouvaient s’en des- » Saisir, que le roi son frère et lui n’eussent con- » firmé, par leurs serments, tous les articles dont » les ambassadeurs de France étaient convenus » avec le sénat et les nonces de la république. » Le roi de Pologne, leur répondant en latin, les remercia de l'élection qu'ils avaient faite de lui, et donna après charge audit sieur de Cheverny, son chancelier, de répondre plus amplement.

Après laquelle réponse finie, ledit roi les remercia encore en latin de tant de peine qu’ils avaient prise de le venir trouver; ce qu’étant fait, tous lesdits sieurs ambassadeurs, et après eux tous les gentilshommes de leur suite, vinrent baiser la main de leur roi qui les reçut fort humainement au très - grand contentement desdits sieurs Polonais et de leur suite. Et après ledit roi, prenant l’évêque par la main, suivi des autres ambassadeurs, le fit entrer en l’antichambre, puis en la chambre du roi où ils trouvèrent ledit sieur roi, avec lequel, après avoir eu quelques propos, prirent congé, pour eux retirer en leurs maisons. Etant descendus en la cour, trouvèrent des grands chevaux des écuries du roi et du roi de Pologne, prêts pour monter dessus pour eux en relourner.

» Le vingt-troisième jour, lesdits sieurs Polonais voulaient aller faire la révérence à monsieur le duc, ce qu’ils ne purent faire parce que ledit sieur s'était assez mal trouvé, la nuit, de sa fièvre. Qui les fit aller saluer le roi et reine de Navarre, et après, messieurs les cardinaux de Bourbon et de Lorraine. | |

» Le vingt-quatrième, ledit sieur de Cheverny et de Villequier furent envoyés de la part du roi de Pologne vers ledit sieur Konarski, pour savoir et entendre quand lesdits sieurs ambassadeurs prendraient plaisir de commencer à traiter du fait de leur légation. Et pour cet effet, ledit sieur roi eût bien désiré d’avoir la copie des articles qu'ils entendaient être confirmés et jurés par lui, À quoi Konarski fit réponse qu'il ne pou-

vait aucunement déterminer de ladite affaire, ni faire aucune réponse sans le communiquer à ses collègues ambassadeurs, que l'après-diner ils s’assembleraient chez lui pour aviser.

» Le lendemain vingt-cinquième, ledit sieur roi avec la reine sa mère et quelques-uns qu’ils ont appelés, ont entendu du sieur évêque de Valence et abbé Delisle qui ont été envoyés ambassadeurs en Pologne, quelles avaient été les promesses faites et signées par eux, accordant avec les Polonais pour le fait de l'élection. Et après en avoir longuement conféré, a été ordonné au sieur Delisle d’avertir les ambassadeurs, que quand il leur plairait venir trouver le roi de Pologne, il leur donnerait telle audience qu'ils voudraient.

» Le vingt-sixième, l'après-diner, sur les deux heures, lesdits ambassadeurs sont venus trouver ledit sieur roi en son hôtel d'Anjou. Après avoir été reçus par Sa Majesté, les a retirés en une chambre à part et leur a commandé de s'asseoir, ce qu’ils n’ont voulu faire qu'après beaucoup de commandements, se tenant toutefois toujours découverts. La parole a été portée par l'évêque Konarski, en latin, qu'ils avaient apporté les articles convenus et signés avec les ambassadeurs du roi très-chrétien, lesquels ont été lus par le secrétaire Brulart, et après que lecture en a été faite, le roi de Pologne préféra à parler français. Et s'étant trouvés trois d'eux qui entendaient et parlaient français, savoir : Zamoyski, Laski et Pronski se sont approchés, et leur à été dit par ledit sieur roi: « Qu'en la lecture desdits articles, » il en avait remarqué un, faisant mention de la » demeure des Français avec lui en Pologne pour » le servir domestiquement, lequel il trouvait » fort dur, attendu qu’il avait toujours été per- » mis à ses prédécesseurs rois de se servir près » de leurs personnes de toutes personnes de diverses nations, et que la considération et amitié qui se faisait des Français et Polonais requérait qu'il y eût des Français nourris en » Pologne, comme des Polonais en France, n’en- » tendant toutefois parler des charges, dignités et bienfaits qu’il voulait seulement être baillés » à ceux de Pologne et non aux étrangers, et » qu'il les priait de corriger cet article, ou à >» tout le moins de certifier quand ils seraient » au pays ce qu'il leur en avait dit. » Sur quoi tous lesdits sieurs ambassadeurs s'étant levés, se sont retirés en un coin de ladite chambre pour en aviser; et, après en avoir communiqué .en-

semble, un d'iceux, nommé le sieur Zamoyski, à porté la parole en latin, que leur pouvoir et mandement étaient limités, auquel ils ne pouvaient ni ajouter, ni diminuer, et que toutefois la volonté du roi étant juste, qu’elle serait reçue telle au pays. Ladite conférence a duré deux bonnes heures.

» Le vingt-neuvième jour, l'après-diner, lesdits ambassadeurs eurent audience en l'hôtel d'Anjou. Et parce que ledit sieur de Chevernÿ avait su qu'ils devaient proposer Esaucoup de choses concernant l’autorité du roi de Pologne, alla prier la reine de commander à MM. le chancelier et de Morvilliers de se trouver à l'audience qui se donnerait auxdits ambassadeurs, ce qu'ils firent. Et après qu'ils furent arrivés, Herburt porta la parole, et dit au nom de tous :« Qu'il suppliait le » roi de confirmer les articles qui avaient été ar- » rêtés par le sénat, et de faire le serment qui » avait été avisé.» Lequel serment fut présenté par Tomiçki ; et après que lesdits articles et serment ne devaient être observés comme chose qui n’aväient point été passées par tous les Etats du pays êt contraires aux libertés ecclésiastiques et à l'autorité du roi. Et après lui le palatin Easki protesta pour les catholiques de Pologne, et le maréchal Radziwill pour tous les catholiques de Litvanie en la même forme que l’évêque auquel il se remit. Sur quoi les autres se trouvant offensés, firent plusieurs remontrances. Le staroste Zborowski, plus impatient, s’'approcha de Montluc, et lui demanda s’il n’avait pas consenti luimême à cet article. « Vraiment, ajouta-t-il, si » vous et vos collègues ne l’eussiéz approuvé, » jamais votre prince n’aurait eu nos suffrages.» Ledit sieur roi s’apercçut de la vivacité de cet ambassadeur, et voulut savoir ce dont il s'agissait entre lui et l'évêque de Valence. Celui-ci, plus confus qu'il ne l’avait encore été, feignant de ne rien entendre, Zborowski prit la parole, et s’adressant au roi, le surprit bien davantage par ces mots : « Jé disais, Sire, à l'ambassadeur de » Votre Majesté, que s’il ne s'était engagé à vous » faire agréer cet article, vous n’auriez pas été » élu roi de Pologne ; et je dis plus à présent : si » vous ne l’acceptez Comme tous les autres, vous » ne le serez jamais.» Ces paroles irritèrent les courtisans français. Les murmures allaient éclater. Le roi les réprima par un sourire gracieux, qui semblait approuver ce qu’il venait d’entendre; mais son cœur ulcéré ne se sentit plus, dès ce moment, le même goût pour le trône qu'on

lui préparait. Il continua cependant à montrer de la confiance aux Polonais, et résolut de ne leur rien refuser. Enfin le roi, prenant la protestation par écrit par ledit évêque feur dit à tous, que, puisqu'il voyait qu'ils n'étaient d'accord, il valait mieux qu'il vit à loisir lesdits articles, serment ét protestation, et que de leur part ils regarderaient à s’accorder.

» Le lendemain trentième, au matin, ledit sieut de Cheverny fut envoyé vérs le castellan Tomicki, où il trouva qu'avec lui étaient assemblés Gorka, Zborowski et aütres protestants qui étaient fort courroucés de ce que l’on faisait difficulté de confirmer leurs articles. Et s’excusa de vehir seul trouver le roi de Pologne, disant que cela serait suspect à ses compagnons, et qu'il ne le pouvait faire par le devoir de sa charge jusque à ce que leur légation fût parachevée.

» Qui fut cause que le lendemain matin trenteunième, MM. de Morvilliers et de Valence, et le sieur de Cheverny, furent envoyés vérs &ux pour entendre les raisons desdits sieurs avec lesquels traitèrent par l’espace d'environ trois heures.

» Etle léndemain, premier jour de septembre, lesdits ambassadeurs ont eu audience à l'hôtel d'Anjou, où, après aÿoir été ouis longtemps, l'évêque a déclaré qu'il n’entendait avoir protesté, sinon que ce qui concernait le fait de sa religion, et non pour les autres articles, suppliant le roi de les autoriser et confirmer. Après, ledit sieur roi ayant vu qu'ils étaient d'accord, leur a dit en français, qui depuis leur a été interprété par le staroste Zamoyski, qu'il ne désire rien tañt que l'amitié et union de ses sujets, et qu'il entretiendrait toujours tout ce qui serait bon pour le bien et l'utilité du pays, estimant son bien et autorité de lui étaient conjoints à présent avec le bien dudit pays. Lesdits ambassadeurs $e retirant fort contents et satisfaits de l’honnête réponse de leur roi, furent menés promener au jardin dudit hôtel d'Anjou, et après voir les lions, ours et autres bêtes que le roi fait nourrir.

» Le deuxième jour de septembre, le roi dé Pologne attendait l’après-diner les ambassadeurs pour être encore ouis; mais ils députèrent trois d’entre eux, Herburt qui prit la parole, Zamoÿyski et Laski qui excusèrent le reste des ambassadeurs, et apportèrent de leur part un mémoiré portant interprétation aux articles qui avaient été par eux baillés; lequel mémoire, ensemble d’autres mémoires, ils laissèrent et furent mis ès-mains de MM. de Limoges, de Foix, Belièvre

et de Pibrac, avocat du roi, pour les voir et tradüire de latin en français, à cette fin que le lendemain tout fût lu aux rois et à la reine.

» Et le lendemain troisième jour, le tont fat rapporté par le sieur de Pibrac en présence des rois de France, de Pologne, de la reine mère, les cardinaux de Bourbon, Lorraine, et autres du conseil du roi. Sur quoi les conseillers allèrent trouver les ambassadeurs qui s’assemblèrent chez l’évêque Konarski. Là, ledit mémoire fut lu et fort contesté, tant sur le fait des quatre mille Gascons que les ambassadeurs français ont promis, avec le paiement pour six mois, qu'ils demandent pour un an entier, de la navigation et armée de mer, du port des deniers du revenu du roi de Pologne, avee les promesses et serment dés rois de France et de Pologne, à laquelle cosférence a été remis par eux à faire le lendemain réponse.

»s Le lendemain quatrième jour, les ambassadeurs polonais sont venus trouver leur roi à l'hôtel d'Anjou, Sur les trois heures, où ils sont demeutés jusqu'à sept heures. Ils protestaient de l'obéissinee que les Polonais voulaient rendre à leur roi, puisque volontairement ils avaient élu, s'étaient soumis, leurs biens, leurs vies et leurs fortunes; mais qu'ils auraient la puissance d'élire un autre roi, au cas qu'il ne gardât les lois, les statuts et priviléges du pays. Et âprès, le roi de Pologne fit une longue et fort honnête réponse, qu'il ne voudrait qu'il eût aucunement moindre autorité que les autres rois ses prédécesseurs, de laquelle il ne voudrait abuser, et de conserver les coutumes, privilèges, droits et autorités du pays, ce qu’il espère de leur faire mieux connaître par effets que dé paroles. Après cela, l’évêque Konarski commença à requérir qu'il plüt au roi entendre au mariage de dame Anne, infante de Pologne, sœur du feu roi Sigismond, comme chose qui serait très-utile pour le bien du pays.

» Le sixième jour les ambassadeurs sont venus à Phôtel d'Anjou. Le eastellan Herburt suppliant le roi que les confirmations fussent passées en la forme qui avait été baillée par eux, sans qu’il fût aucune chose changée ni immiscée. Enfin quand c’est venu à tomber sur l’article du transport des deniers du roi de Pologne, ont insisté précisément qu'il fût promis et assuré par le roi de Pologne, que la somme de 450,000 florins füt portée à certains termes, dedans le château de Krakovie, sur quoi le roi a fait réponse par sa

bouche : « Qu'ils ne devaient douter qu'il n€ » portât tout ce qu’il avait en Pologne, que puis- » que lui-même y était, qu'il ne voulait rien avoir » qui n’y fût porté ; mais de s’obliger de le met-

|stre dans le trésor, et de n'avoir point la dis-

» position de ce qui lui appartient, qu'il n’était » pas raisonnable ; que puisqu'il leur avait ac- » cordé tous les autres articles, il les priait de s ne plus faire d'instances sur celui-ci, et de s’en » fier à lui. » Sur quoi lesdits ambassadeurs se sont levés et retirés à un coin de la chambre pour délibérer, et ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient aucunement changer; le roi déclara de son côté qu'il ne pouvait pas non plus, et on se sépara.

» Le septième jour les négociations recommencèrent, et le roi de Pologne déclara qu'il était content pour faire connaitre auxdits ambassadeurs que sa volonté est de füire porter toute ladite somme en Pologne, mais qu’il l’aurait distribuée à son bon plaisir et volonté. Sur quoi les ambassadeurs répondirent, qu'ils n’entendaient aucunement empêcher que tout ne fût disposé à la volonté du roi; que ladite république avait longuement été sans lesdites choses, que toutefois avait toujours été grande et florissante, et qu'ils suppliaient le roi de leur donner seulement acte de la remontrance qu'ils avaient faite pour leur décharge envers les Etats du pays; suppliant le roi de s’avancer le plus tôt qu'il pourrait pour s'y acheminer. Le roi de Pologne fit une réponse favorable.

» Le mercredi neuvième, les ambassadeurs arrivèrent sur les onze heures. Incontinent après le roi de Pologne s’est assis en une table qu'il a fait mettre au-dessus, et joignant une autre longue table où tous lesdits ambassadeurs se sont assis pour diner, et après lequel ledit sieur roi s'est retiré en la chambre pour traiter et par: achever avec eux. Et les quinze articles accordés ont été au commencement lus; et, âprès s’est résolu le fait du serment avec le consentement de l'évêque Konarski, lequel s’est accordé qu'il ferait une protestation en l’église qui lui pât servir de décharge, tant en sa conscience qu'envers le pape. Et après, ledit évêque a demandé réponse sur le fait du mariage. Le roi a répondu qu'il avait entendu beaucoup de grandes vértus et louanges de la princesse de Pologne, Anne, conçue de la grande maison de Jagellons, et qu'il était si proche de s’acheminer au pays qu'il espérait bientôt la voir et connaître, et après faire

tout ce qui serait avisé et résolu par les états du pays sans lesquels il n'entend contracter aucun mariage. Et après, a été avisé le lendemain d’aller à Notre-Dame de Paris ouir la messe ct là faire le serment, tant par le roi de France que par le roi de Pologne son frère, des articles accordés par les ambassadeurs et de l'interprétation faite sur iceux.

» Le jeudi dixième septembre, sur les onze heures du matin, le roi et le roi de Pologne, accompagnés du roi deNavarre et autres princes du sang et seigneurs, sont allés à la grande église de Notre-Dame, et aussi les reines, princesses et dames, et tous les ambassadeurs, assis en un siége couvert de drap d'or au-dessus de l'oratoire du roi, tout près du grand autel; et à côté de l'autel messieurs les cardinaux; et derrière eux les évêques; et de l'autre part à main gauche, vis-à-vis des ambassadeurs, les chanceliers de France et de Pologne; et après eux, ceux du conseil du roi; et à côté de l'autel, à l'endroit gauche, vis-à-vis des cardinaux, les ambassadeurs du pape, d’Espagne, d’Ecosse et de Venise. Et après que la messe a été dite, les rois de France et de Pologne se sont approchés dugrand autel où était Pierre de Gondi, évêque de Paris, qui avait dit la messe, comme se sont aussi approchés Les ambassadeurs pour faire le serment convenu et accordé. Et ayant que commencer à faire ledit serment, l’évêque Konarski a fait sa protestation audit roi de Pologne, et l'a baillée par écrit au sieur de Cheverny, son chancelier, par laquelle il proteste de la nouvelle forme de serment touchan le fait de la religion dont à été ordonné par ledit sieur roi qu’il aurait acte. Et après les rois de France et de Pologne se sont mis à genoux, et le castellan Herburt a" pris la forme de serment que le roi de Pologne devait faire, laquelle il a lue de mot à mot comme ledit sieur roi en a autant fait de sa part, et l'a ainsi juré sur les évangiles. Et après, le roi a lu son autre serment comme fesait aussi le chancelier, lequel roi a fait aussi serment sur lesdits évangiles d’entretenir de bonne foi ce qui a été accordé par ses ambassadeurs et depuis avec le roi de Pologne, son frère. Et après lesdits sieurs rois, ambassadeurs et tous autres, se sont retirés, le hérault criant en signe de joie et d’allégresse comme on a accoutumé. Et le roi s’en est allé diner à l’évêché où il a mené lesdits ambassadeurs dîner avec lui.

» Le dimanche treizième, le tout a été préparé

en la grande salle de parlement du palais, pour y présenter et recevoir le décret de l'élection, où chacun s'est trouvé sur le midi ou une heure après. Et parce que c’est un acte qui est si solennel, qu'il n'est mémoire qu'il s’en soit fait ur tel en France, il sera bon de le décrire. La grande salle du palais qui est divisée en deux à cause des piliers; l’un des côtés d’icelle, vers la chambre dorée, a été mis tout en échafauds par degrés, en façon de théâtre; l’autre côté a été resserré de siéges des deux côtés, et en haut d'une galerie de bois; et approchant près de la table de marbre, un échafaud, étant de sept ou huit degrés, tout couvert de tapis richement ornés, el trois grands dais, et au-dessus de celui du milieu était le roi assis dans une chaise ; à la main droite, sous un autre dais, près de lui, était la reine sa mère; et au-dessous de la reine, le roi de Pologne, assis chacun en une chaise. À main gauche, joignant ledit roi de France, était la reine sa femme; après elle, monsieur le duc, assis seulement dessus une escabelle couverte de toile d'or. Après lui, le roi et la reine de Navarre, dedans deux chaises; et au-dessous, une petite escabelle plus basse, madame la princesse de Navarre. À côté gauche, traversant jusqu’à un pilier, y avait deux siéges en façon de forme, l'un pour les princes du sang, savoir : Messieurs les princes de Condé, Montpensier, prince Dauphin; et à l’autre : Mesdames la princesse de Condé, de Montpensier, princesse de La Rochesur-Yon, de Nemours et de Guise; et en des échafauds, faits par degrés au-dessus, les dames de la cour. Du côté droit du roi, y avait aussi une forme sur laquelle étaient assis messieurs les cardinaux de Lorraine, Bourbon, de Guise et d'Este. Derrière eux un autre siége, sur lequel étaient assis ceux du conseil du roi, à savoir : Messieurs de Morvilliers, de Valence, Limoges, de Foix, de Roissy et Bellièvre. Et derrière ledit siége, étaient assis les archevêques et évêques, et au-dessus, aux échafauds, étaient les ambassadeurs du pape, d'Espagne, d'Ecosse et de Venise. Un autre long siége élevé, où étaientles ambassadeurs polonais, et devant le premier ambassadeur, qui est l’évêque Konarski, y avait un petit siége à part pour le sieur de Cheverny, et auprès, une petite table couverte de velours cramoisi en broderie avec un oreiller, pour y recevoir et asseoir le coffre dedans lequel était le décret de l'élection. De l’autre côté, auprès d’un pilier, un autre petit siége à part, sur lequel

était assis le chancelier René de Birague; et plus | vingt-six sceaux. Et après la lecture faite, Kobas de deux degrés, de grands siéges, depuis la- ! narski et Radziwill parlèrent. Après les réponses

dite table de marbre jusqu'au bas de la salle, sur lesquels six présidents de la cour de parlement, et les conseillers dudit parlement étaient assis ; derrière eux, messieurs les recteurs de l'Université de la chambre des comptes, et les autres compagnies en suivant. M. de Guise, comme grand-maître, donna ordre à ce qui était nécessaire. Aux pieds du roi était couché le duc du Maine, comme grand chanbellan ; et dedans la salle, de dix à douze mille personnes; ladite salle, richement parée de tapisseries, et un fona de lierres et armoiries des rois, reines, et de leurs alliances. A l’arrivée des rois et reines susdits, qui à été environ une heure, les trompettes ont commencé à sonner, et depuis les hautbois. Et après que le roi a été là plus d'une grande demiheure, les ambassadeurs de Pologne sont arrivés. L'évêque Konarski a commencé à adresser la parole au roi de France, lui fesant entendre que, à sa prière et requête, ils avaient élu un frère pour leur roi, et qu'ils’ suppliaient trouver bon, qu’ils lui présentassent le décret de l’élection à quoi a été répondu par le chancelier, au nom du roi; et après, ledit évêque a adressé sa parole au roi de Pologne, lui faisant entendre qu'ils l'avaient élu par ses mérites, le suppliant d'accepter cette élection, et de vouloir s'acheminer, pour le bien du royaume, le plutôt qu'il pourrait « s’assurant que vous conserverez les » deux nations de la Pologne et la Litvanie, et ne » violerez jamais leurs anciennes libertés comme » vous l'avez promis, que vous garderez et dé- » fendrez ses peuples envers et contre tous; et » pour ce, que le Moskovite est notre proche » voisin et perpétuel ennemi, qui, voyant la Po- » logne sans chef, pourrait envahir notre pays; » d'autant que c’est le temps auquel il commence > à nous faire la guerre. » Et après, ont présenté ledit décret, qui a été lu par le castellan Herburt, accompagnés des castellans Tomicki et Gorka, qui tenaient les deux bouts du décret, scellé de

des chanceliers on a commencé à chanter le Te Deum en musique, et après, le décret qui était dedans un coffre d'argent doré, mis dedans une gaîne de velours vert et couvert d'un drap d'or frisé, a été repris sur ladite table et porté par les castellans Tomicki et Gorka, qui le portèrent sur leurs épaules jusque dedans la Sainte-Chapelle où l'on a dit vêpres. A la fin, l'artillerie a tiré de toutes parts, tant à l'arsenal qu’à l'Hôtelde-Ville, et la cloche du Palais sonna. Le roi a mené souper au Louvre tous lesdits sieurs ambassadeurs polonais.

> Le lendemain quatorzième, le roi voulut que son frère fit son entrée dans Paris. Le nouveau roi étant sorti de Paris, y rentra par le faubourg Saint-Antoine, précédé de deux mille hommes de pied et deux cent cinquante maitres. A la porte de la ville, tout le magistrat en corps lui présenta les clefs: et remontant à cheval, se hâta de marcher avant les membres du Parlement, qui étaient tous en robe rouge, et que suivaient les gentilshommes de la famille des ambassadeurs polonais. Tous les domestiques des deux rois, les premiers officiers de la couronne, le chancelier lui-même portant les sceaux, tous les ministres étrangers venaient ensuite. Le duc de Guise portait le sceptre devant Henri, qui, armé de toutes pièces, marchait sous un dais, ayant à ses côtés le duc d'Alençon et le roi de Navarre, et après lui les princes du sang et les ambassadeurs de la république, accompagnés chacun d’un des premiers seigneurs de l'Etat. Cette pompeuse cavalcade se rendit au Palais, parmi les acclamations d’une foule de citoyens, qui, entraînés les uns par les autres, ne cessaient de

faire des vœux pour la prospérité du roi de Po-

logne. D'espace en espace, on voyait dans les rues des arcs-de-triomphe ornés de statues, d’emblèmes et d'inscriptions. Quelques-uns étaient à la gloire de la Pologne, et la plupart représentaient l'union des deux rois. »

TARNOW.

Sur la grande route qui mène de Krakovie à | En 1598, à

Léopol, non loin de la Biala, qui se jette par le Dunaïeç dans la Wistule, s'élève la ville de Tarnow, riche ensouyenirs historiques, Avant le premier partage de la Pologne, en 1772, Tarnow se trouvait enclavé dans le palatinat de Sandomir, mais depuis elle devint le chef-lieu d’un cercle du royaume de Galicie, gouverné par les empereurs d'Autriche.

Jusqu'aux premières années du xiv® siècle Tarnow était un village ; mais le roi Wiadislas- Lokietek, voulant récompenser les services de Spicimir, palatin de Krakovie, donna, par lettres patentes du 20 mars 1550, cette terre en toute propriété au palatin, et dès lors Tarnow se transforma en ville, et jouissait des mêmes priviléges que la ville de Krakovie.

Les descendants de Spicimir s'appelèrent désormais les seigneurs de Tarnow ou Tarnowski; et c’est de cette branche qu'était issu le célèbre Jean Tarnowski, castellan de Krakovie. (Voyez sa biographie, t. Il, p. 17.) Le dernier rejeton mâle de cette ligne mourut en 1567, et sa fille, épousant. le prince Constantin Ostrogski, lui porta en dot la ville et les immenses possessions appartenant à Tarnow, Aujourd’hui Tarnow est la propriété des princes Sanguszko.

La ville est située dans une belle position, au pied de la montagne dite de Saint- Martin. L'hôtel-de-ville, l’église cathédrale furent fondés ‘au

xy® siècle. Elle possède quatre autres églises, :

mais celle de Saint-Martin est la plus ancienne, et elle remonte à l'introduction du christianisme en Pologne, à la fin du x° siècle. Elle est bâtie en bois de mélèze, et a résisté au temps. Au bas de cette église on aperçoit les ruines de l’ancien chàeau des Tarnowski. C’est là que Jean Zapolay, roi de Hongrie, trouva une généreuse hospitalité.

l'époque où Ferdinand, roi des Romains, cherchait à s'emparer du trône de Hon-

grie, Jean Zapolay fut obligé de chercher asile

en Pologne. Tarnowski donna alors en toute disposition la ville et le château de Tarnow, où l'illustre réfugié fut traité, pendant cinq mois, avec tous les égards possibles.

Lorsque Jean occupa le trône de Hongrie, il fit don à Tarnowski d’un bouclier et d’un bâton de grand général d’un travail merveilleux; on évaluait ces dons à 40,000 ducats, somme énorme pour l’époque. Outre cela, il accorda aux habitants de la ville le privilége d’un libre commerce avec la Hongrie, et l'entrée des vins de Hongrie sans aucun droit; ces priviléges firent le plus grand bien au commerce de Tarnow.

La ville souffrit des malheurs qui accablèrent le pays à diverses époques, soit par les guerres civiles ou étrangères, soit par la peste; mais les ravages qu'exercèrent les troupes suédoises, en 4655, l’atteignirent particulièrement; ils pillèrent, mirent des contributions, brülèrent les maisons et les églises, etc., etc.

En 1809, la ville de Tarnow fut occupée militairement par les troupes moskovites aux ordres de Galitzyne, lorsque la cour de Saint-Pétersbourg formait une perfide alliance avec Napoléon. Alors les Moskovites, faisant un feu de joie,

manquèrent d’incendier la ville.

‘Les mausolées des Tarnowski et des Os-

trogski, élevés dans l'église cathédrale, sont cé-

lèbres dans toute la Pologne. Marbres, albâtres, bronzes, tout y est prodigué. En 1827, en faisant des réparations dans l'église, on retira des caveaux tous les cercueilss dans celui de Jean Tarnowski on trouva une chaîne et une médaille d’or, et deux plaques d'argent portant des inscriptions latines.

res ssnfil -Q-Q-Q-Q sn

POLOGNE

RE

LA V9. € Pr : C ce C0 CET CCLPICCAIS :

< KR KR NN

SS

) LE IL OLLSTLAMAR

A JÉRI-A CEE

1np° de Leclère .

HISTOIRE

Page 1