TOME Il
Fédor-Yvanovitch, tzar de Moskovie ;
André Batory, cardinal, neveu d'Etienne;
Ferdinand, Ernest, Mathias et Maximilien, archiducs d'Autriche, de la maison de Rœtz (Rakusy);
Sigismond-Wasa, fils de Jean IIT, roi de Suède, et de Catherine Jagellonne.
On pensa un instant à choisir un Polonais de la famille des Piasts; mais ce projet fut bientôt rejeté. Le tzar n'eut pas plus de chances. Le parti d'André Batory attendit un moment plus
propice pour son candidat; les trois archiducs
d'Autriche furent mis de côté, et on ne s’occupa que de l'archiduc Maximilien, frère de l'empereur Rodolphe II, et de Sigismond-Wasa.
La reine Anna, veuve d’'Etienne Batory et sœur de Sigismond-Auguste, visait à la couronne pour son parent Sigismond; et la juste défiance qu'on avait pour la maison d'Autriche fit tourner toutes les chances du côté de ce prince.
On savait que sa mère lui avait donné une éducation toute polonaise. Dans le vrai, le parti de Maximilien était peu nombreux; aussi les Zborowski, s’'apercevant que le primat Karnkowski passait du côté de Sigismond, voulurent enlever le primat. Mais Zamoyski, vigilant et attentif à toutes leurs démarches, déjoua ce dessein. Aussi, le 49 août 4587, le primat, après avoir réani les votes, nomma Sigismond roi de Pologne ; et Zamoyski, en l'absence du grand-maréchal, le proclama devant la nation. Sans perdre de temps, Zamoyski convoque les diétines pour le 49 septembre, la diète pour le 5 octobre, et, pour le 48 du même mois, le couronnement du nouveau monarque. De leur côté, les Zborowski nomment, le 22 août, Maximilien roi, et lui envoient des ambassadeurs, comme s'ils étaient les interprètes de la majorité. Zamoyski, à l'effet de garantir Krakovie contre toute surprise, alla (27 août) dans cette ville, et se prépara à assurer
les frontières de la république contre l’envahissement autrichien.
En attendant, les envoyés de Suède, Eric Spaare et Eric Brahe signèrent et jurèrent, au nom de Sigismond, les pacta conventa suivants : « Une éternelle alliance entre la Pologne et la Suède contre tous les ennemis; la réunion de l'Esthonie à la Pologne; la cession à la république d’une partie des sommes napolitaines dévolue à Sigismond par le chef de sa mère; une marine libre sur la Baltique, et la construction de cinq forteresses sur les frontières de la Pologne ; l’acquittement des dettes de la république; l’observation des lois et des priviléges de la nation » (c'est-à-dire la noblesse).
Afin de hôter l’arrivée du nouveau monarque, Martin Lesniowolski, castellan de Podlaquie, Pierre Cieklinski, secrétaire du roi, entourés d'une nombreuse jeunesse, partirent pour Stockholm. Une autre ambassade fut envoyée à Dantzig pour recevoir Sigismond au moment de son débarquement.
Les électifs pacta conventa déplurent au roi héréditaire de Suède. II n’avait guère envie de céder l'Esthonie ; et il était bien pénible à Sigismond de se séparer de son père. On retarda tant qu'on put le départ; mais quand il vit les démarches hostiles de l'Autriche et les menaces de Lesniowolski, qui parlait de faire élire le tzar de Moskovie, ennemi de la Suède, il quitta “Stockholm, et vint à Oliwa (7 octobre), où il prêta serment pour l'observation des pacta con-
venta, en remettant l’article concernant la ces-:
sion de l’Esthonie à un temps plus éloigné. Le 8 octobre, le roi fit son entrée à Dantzig.
Pendant ce temps, Zamoyski cerna les Zborowski à Piotrkow, et le 8 octobre, près de Wisliça, la noblesse proclama de nouveau Sigismond, et fixa au 27 novembre la cérémonie du couronnement. Le parti autrichien ne se découragea pas malgré cet échec. L'archiduc Maximilien, à la tête d’une armée, arriva en vue de Krakovie. Il établit son quartier à Mogila (octobre), et tâcha de surprendre la capitale. Mais Ja vigilance et les talents de Zamoyski déjouèrent ce projet; et au moment où Zamoyski battait les Autrichiens près d’un des faubourgs de Krakovie (25 novembre), Sigismond arriva dans le camp de Zamoyski, et fit son entrée à Krakovie le 4er décembre.
Sigismond était redevable de la couronne à
Zamoyski, qui avait combattu à ses frais, lui et,
quelques Polonais, contre les Autrichiens; cependant il en eut peu de reconnaissance, sort souvent réservé aux faiseurs de rois. L’influence qu'il avait sur le feu roi, il la devait à sa franchise, et, avant tout, il voulait le bonheur de la Pologne. Sigismond voulait agir par lui-même, il dédaigna les avis de Zamoyski, et, dès son début, il prouva son incapacité. Il répondait ou mal ou point aux discours ou aux questions d'Etat qu’on lui faisait : l’orgueil et la fierté, compagues inséparables de Ia médiocrité, guidaient ce prince dans ses moindres actions; faisant peu de cas des sages conseils de Zamoyski,ilse laissa influencer parses flatteurs, et pis encore, par les Jésuites. Aussi Zamoyski ne put s'empêcher de dire aux ambassadeurs qui avaient accompagné Sigismond : « Quel démon maussade nous avez-vous amené de Suède? »
L’obstination de Sigismond se mit au grand jour lorsqu’ on discutait sur les pacta; et ne voulant pas consentir à la cession de l’Esthonie, cette affaire fut ajournée jusqu’à la mort de son père Jean IL. Ces débats durèrent près d’un mois, et le nouveau roi ne fut couronné que le 28 décembre 1587.