SIGISMOND IL
L'archiduc Maximilien, battu sur tous les points et voyant que son compétiteur lemportait, quitta les environs de Krakovie et se porta vers Wiélun en faisant de grands dégâts.
Zamoyski quitte les séances de la diète de couronnement (15 janvier 1588) et marche à la poursuite de l'ennemi. Maximilien, étonné de la célérité de cette marche, et croyant que Zamoyski n'oserait le poursuivre, s'arrêta à Byczyna (Pitschen) en Silésie. Fort de son droit, Zamoyski vint l'y trouver, et livra bataille près de Byezyna (24 janvier). Battu en plein champ, l'envahisseur autrichien, encore une fois vaincu, s'enferma dans la forteresse. Désespérant de résister à la bravoure polonaise, l'archiduc Maximilien, le prétendu roi de Pologne, l'élu des factieux, se rendit prisonnier avec ses troupes et ses bagages. Il eut recours à la générosité nationale des vainqueurs, il obtint qu'il ne serait pas conduit à Krakovie, mais gardé dans un château.
La veille de l'attaque de Krakovie, dont nous avons parlé plus haut, Maximilien rêva que Jacques Sobieski, grand-enseigne dela couronne, ramassait à terre une couronne enrichie de pier-
reries et en ceignait le front du prétendant. En se réveillant, il crut à la réalité de ce songe ; mais il fut cruellement détrompé, ear à la suite de ses défaites le hasard voulut que ce même Sobieski fût chargé de la garde de l’auguste prisonnier. Toutefois il était réservé aux Sobieski de sauver l'empire : quatre-vingt-quinze ans plus tard, Vienne et l’ingrat Léopold durent leur délivrance à Jean Sobieski, fils de Jacques !
Jean Zamoyski conduisit Maximilien prisonnier au château de Krasnystaw (entre Lublin et Zamosç), après avoir mis en liberté les Zhorowski et leurs partisans. Mais il fut mal payé de ce noble procédé : les Zborowski firent des tentatives pour enlever Maximilien. L’archiduc fut traité avec égard, mais il conserva son orgueil et refusa de manger à la même table que Zamoyski; alors ce héros, pour lui faire sentir qu'il était prisonnier, le fit servir à part, mais on entoura la table d’une chaîne d'or.
La captivité de l’archiduc dura près d’un an; pendant ce temps, le pape Sixte V et l'empereur Rodolphe II négociaient l'élargissement de Maximilien. Les commissaires polonais se réunirent à Bendzin, et ceux de l'Autriche à Bytom (Beuthen. Les pourparlers commencèrent le 4er janvier 1589, et l'affaire ne fut conclue que le 9 mars, par suite de la renonciation de Maximilien au trône de Pologne.
A peine Sigismond III eut-il passé seize mois en Pologne, qu'il parut dégoûté du trône, où il voulait régner et gouverner sous le régime du bon plaisir. Il lui tardait de revoir son père. Après avoir obtenu la permission de la diète tenue à Warsovie (mars-avril), Sigismond partit au mois de juin et arriva à Revel en Esthonie (7 août 4589), où l'attendait son père Jean Ii. Les longues et secrètes conférences entre le père et le fils trahirent l'envie qu'ils avaient de repartir pour la Suède. La résistance que Sigismond avait opposée aux sollicitations des Polonais donna naissance à des bruits vagues, dont les résultats furent terribles plus tard. On prétendait que les deux monarques, dans leurs conférences, étaient convenus que Sigismond céderait la couronne polonaise à Ernest, archiduc d'Autriche, et que celui-ci épouserait Anna, sa sœur. Une guerre civile aurait éclaté sans l’envahissement des terres russiennes par les Tatars et les Turks qui vinrent assiéger Léopol (18 août). Cette circonstance ramena Sigismond IL à Warsovie (25 septembre). À
Le roi n’était pas encore revenu, que déjà Zamoyski, ayant ramassé en hâte une petite armée, entretenue à ses frais et à ceux de ses amis, marcha contre les Turko-Tatars et les força de se retirer.
La prudence de Zamoyski détourna le danger pour quelque temps; il promit aux Turks de punir les Kosaks de leurs excursions en Turquie. Paul Uchanski, palatin de Belz, fut envoyé en ambassade à Constantinople (décembre 1589), mais la Porte-Ottomane ne voulait souscrire à aucun accommodement.
La diète de Warsovie, ouverte le 8 mars 1590, établit des impôts extraordinaires ; mais la répugnance à payer ces impôts, la défiance du roi et la jalousie contre Zamoyski présentaient d'imminents dangers pour la république. Gorka, palatin de Poznanie, et ses adhérents, forcèrent le vieux primat Karnkowski à convoquer une assemblée à Kolo. Là, outrageant Zamoyski par de lâches calomnies, ses ennemis abolirent arbitrairement la perception de limpôt qui venait d’être établi à la dernière diète. Heureusement, l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople déclara à la Porte, de la part de la reine Elisabeth, qu’elle prendrait fait et cause pour la Pologne. Cette énergique intervention eut son effet, et les Polonais, en reconnaissance de ce service, permirent aux négociants anglais de venir s'établir à Elbing.
Cependant le mécontentement général allait toujours croissant. Une nouvelle diète convoquée à Krakovie (3 décembre 1590—15 janvier 1591) n'apporta aucune amélioration à l’intérieur, mais on prolongea pour onze ans la trève avec la Moskovie. Sigismond IT, qui ne voulait se conformer ni aux mœurs ni aux lois polonaises, livré aux Jésuites qui ne reculaient devant aucun moyen pour convertir les prétendus hérétiques; le roi, qui s’enfermait avec l’alchimiste Wolski, pour chercher au fond d'un creuset l'or qui lui manquait toujours ; enfin son aveugle attachement à l’Autriche, dont la politique de tout temps a été si funeste à la Pologne, firent que l'irritation arriva à son comble. Aussi la noblesse se réunit à Chmielnik et à Lublin pour délibérer sur les mesures à prendre. C’est à cette même époque (4591 que les étudiants etles bourgeois de Krakovie, poussés sous main par les Jésuites, bouleversèrent les temples des protestants que la tolérance de Sigismond-Auguste avait protégés jadis.
Sigismond LL, indifférent aux intérêts du pays et dédaignant la susceptibilité nationale, épousa à Krakovie l'archiduchesse Anna (21 mai 1592). La noblesse se réunit à Jendrzejow (1€juin) à l'effet de rompre ce mariage. Pour procéder plus régulièrement, on convoqua à Krakovie (16 septembre) une diète extraordinaire appelée diète d'inquisihion, parce qu'on y examinait le procédé et les liaisons secrètes de la cour de Vienne. Zamoyski fut à la tête de l'opposition nationale. Le primat Karnkowski ouvrit la séance par un discours aussi éloquent que hardi.
À la suite de ce discours, les sénateurs commencèrent à voter. Zamoyski leur rappela le serment en appuyant sur ces termes : « Je » dénoncerai tout ce que je verrai de pernicieux » à la république,» en les avertissant d’observer scrupuleusement ce serment. Dans la Séance du 8 octobre, Zamoyski prit la parole, fit des reproches amers au roi, et finit son discours en disant : « Je prie Votre Majesté d'agir sincère- » ment avec nous, Car, Sire, nous sommes les » membres d’une république, et non la propriété » de Votre Majesté. » Il invita ensuite le citoyen Cieklinski à exposer les griefs qu’on avait contre le roi, et chaque chef d'accusation, Zamoyski l'approuvait et l’appuyait par des preuves. On produisit les lettes autographes du roi à l'adresse de l’archiduc Ernest, et quoique Sigismond ne niàt pas sa signature, ses courtisans, complices de ses mauvaises actions, les disaient être controuvées, en les imputant à un secrétaire qui savait parfaitement imiter la main de Sigismond. Cependant cet homme, qui fut arrêté, emprisonné, torturé, ne put avouer le crime dont il n’était pas coupable, et on arracha à la vacillante conscience du roi une déclaration accablante en vérité, mais regardée par Sigismond lui-même comme bien bénigne : « Quoi > qu'il ait pu arriver jusqu'à présent, je pro- » mets désormais de n'abandonner jamais la » Pologne, de ne déroger en rien aux priviléges » de la nation, de ne pas nommer un succes- » seur. » Les uns parurent ajouter foi à ces promesses, les autres n'y crurent nullement.
La diète avait déjà fini ses séances, les patriotes observaient la conduite du roi, lorsque parvint à Warsovie la nouvelle de la mort du roi de Suède, Jean [Il, décédé à Stockholm le 47 novembre 1592. Sigismond III, successeur légitime à la couronne de Suède, se prépara à partir, et les états réunis à Warsovie en diète
(mai-juin 4593) donnèrent au roi la permission d'aller à Stockholm prendre possession du royaume héréditaire. Les Polonais votèrent en outre des fonds extraordinaires à cet effet.
Sigismond quitta Warsovie le 5 août, et arriva à Stockholm le 30 septembre. Il prit avec lui peu de soldats, mais beaucoup de courtisans, de Jésuites, et le nonce du pape, François Malaspina. Ce fut alors que Charles, duc de Sudermanie, oncle de Sigismond, résolut d’usurper la couronne de Suède. L’indolence de Sigismond, et son zèle intempestif à convertir les Suédois à la foi catholique, facilitèrent à Charles les moyens d'effectuer ses projets. Sigismond se donna beaucoup de mouvement pour n'être pas couronné par l’évêque luthérien, mais par le nonce du pape; et ces manœuvres n’eurent d'autre effet que celui d’avancer les affaires de Charles. Après bien des débats, Sigismond, forcé de recevoir la couronne de Suède des mains d'Abraham, archevêque d’'Upsal (19 février 4594), confia les rênes de l'État à Charles, et s’embarqua pour revenir en Pologne (14 août).
A la même époque, les Tatars et les Transylvains cherchèrent à envahir les possessions polonaises. Jean Zamoyski et’ Stanislas Zolkiewski vont contre l'ennemi, le repoussent et concluent un traité avantageux (août-décembre 1594).
A la diète de Warsovie (février-mars 1595), Zamoyski rendit compte de ses victoires ; mais en même temps on apprit que, grâce à la duplicité de la cour de Vienne qui suscitait toujours des ennemis à la Pologne, il fallait faire une nouvelle expédition. Aussitôt Zamoyski entre en Moldavie, établit son camp à Cecçora sur le Pruth, et termine heureusement la campagne (mai-septembre 1595).
Sigismond III se refusait à croire au machiavélisme de l’Autriche. Les conseils des Jésuites avaient force de loi auprès de lui, et pour leur plaire, il voulait convertir en Suède les Luthériens au catholicisme, et en Pologne les désunis. Dans cette vue, il envoya à Rome Laurent Gembicki, grand secrétaire de la couronne. Pour appuyer les projets du roi, le synode tenu à Brzesc- Litewski (1595) envoya de son côté les évêques Pociey et Terleçki. Dans une audience publique qu'ils obtinrent du pape Clément VIIL (27 décembre 1595), ils accédèrent à l'union de l'Eglise romaine. Cetie démarche souleva un grand mécontentement, et une foule de désunis, ayant à
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