JEAN II SOBIESKI
Les Turks et les Tatars, profitant de l'absence de: Sobieski sur le Dniester, menacèrent de nouveau la Pologne. Aussi, après avoir juré les pacta conventa le 5 juin, on proposa au nouveau roi de recevoir l’onction sacrée ; mais il déclara que les dépenses et les préparatifs d’un couronnement s'accordaient mal avec les dangers d’une invasion. En de telles circonstances, le casque, disait-il au sénat, irait à son front mieux qu'un diadème « Je sais bien, répondait- il aux autres, pourquoi > [a nation m’a mis sur le trône, Ce n'est pas pour »jreprésenter, c'est pour combatire. Ma mission » est de faire la guerre aux Turks : c'est ma con- » signe de roi. Je la remplirai d’abord, à plus » tard les fêtes. »
Le 22 août 1674, Sobieski s’ébranla. Dans une marche rapide, qui lui fit donner le nom d’ouragan, il enleva Bar, Braçlaw, Raszkow, ete, etihiverna en Ukraine. Mais les intrigues de Pac contrecarraient tout, et les mesures ultérieures du roi se trouvaient renversées. Dans cette alternative, Sobieski fortifia Léopol et se mit sur la défensive. Au mois d'août 1675 l'armée musulmane fit une nouvelle mvasion. La petite armée de Sobieski campait dans les vallées tout près de Léopol, appuyée aux montagnes qui couvraient son arüllerie. Le 24 août une tempête de neige et de grêle, venant des Karpates, porta l'ouragan sur le camp des Osmanlis. Cette miraculeuse apparition de la neige dans la canicule produisit un éffet merveilleux sur les Polonais et effraya les Turks. Sobieski en profita, culbuta tout sur son passage. Le lever du jour trouva l'ennemi à huit lieues de Léopol. Stanislas lablonowski repoussa ies Tatars à Zloczow. Sobieski, poussant toujours en avant, arrive à temps pour dégager Trembowla, illustrée par l'héroïsme de madame Chrzanowska (septembre 4675), et reprit Podhaycé.Ianoblowski poussa l'ennemi jusqu’à Soczawa que bientôt Sobieski livra aux flammes.
La Pologne, délivrée encore une fois, envoyait des députations au libérateur de la république. Jean IL se trouvait dès le 9 novembre dans ses terres de Zolkiew, et on le pressait de venir enfin recevoir la couronne qu'il avait si souvent méritée. Le 30 janvier 1676, Jean IIL arriva à Krakovie, fit les obsèques solennelles de Jean II Kasimir et de Wladislas IV, et le 2 février, le primat Olszowski ceignit, dans la cathédrale de Krakovie, le front de Sobieski de la couronne des Piasts
et des Jagellons, Sa femme, Marie - Kasimire d'Arquien, fut également couronnée.
Malgré tant de désastres, les Turks revinrent à la charge, croyant Sobieski tout occupé de sa royauté. L'armée musulmane remontait, à marches forcées, les rives du Dniester (août 1676). Le roi des Polonais arrive sur le champ de bataille, et attaque Zurawno, à l'affluent de la Swierza dans le Dniester (49 septembre). Les forces imposantes de l'ennemi assiégèrent une poignée de braves. Le 29 septembre et le 8 octobre eurent lieu des combats sanglants. Le 11 octobre, Michel Paç, après avoir combattu dans le conseil de guerre tous les plans proposés par Sobieski pour assurer le salut de l'armée, se présenta devant lui, à la tête de mutins, et prononça le mot de désertion. « Déserte qui voudra, » répondit le roi; moi, je reste, ou du moins les » infidèles n’arriveront au cœur de la république » qu'en passant sur mon cadavre. J'aurais pu » vaincre, je mourrai; du reste, je sais bien qui » souffle aux soldats cet esprit de découragement »et de révolte ; il est naturel que ceux qui ar- »rivent les derniers sous les drapeaux parlent » les premiers de fuir. »
Sobieski, ayant prononcé ce dernier mot, monte à cheval, parcourt les fronts des lignes et s’écrie : « Mescamarades, je vous ai tirés de pas » plus mauvais que celui-ci.Quelqu’un croit-il par » hasard que ma tête se soit affaiblie, parce que » vous y avez mis une couronne?» À celte voix si connue, l’armée se ranime, et les Musulmans, troublés et épuisés, fléchissent. Sans attendre une dernière bataille, ils veulent signer la paix à Zurawno (47 octobre 1676). Cette paix effaça sans retour les humiliations du traité de Buczag du 18 octobre 1672, et les peuples de l'Europe, dans leur reconnaissance, appelèrent pour la centième fois la Pologne le boulevard de la chrétienté. La diète de Warsovie (janvier 1677 ) ratifia ce traité, et Jean Gninski fut envoyé en ambassade à Constantinople.
Au milieu de ces préoccupations politiques, les ennuis intérieurs aigrissaient l'esprit du roi. Marie-Kasimire remplissait le palais et la république de ses complots ou de ses intrigues. Avare, ambitieuse, abandonnée à tous ses caprices, elle secondait merveilleusement les anarchiques dispositions de l'aristocratie. Au travers de ses complications, la conduite équivoque du tzar de
Moskovie donnait des inquiétudes, et, pour gavantir la Pologne d’une nouvelle invasion, Michel Czartoryski et Kasimir-Jean Sapiéha furent envoyés à Moskou. Les conférences commencèrent le 25 mai, et le 47 août 1678, la trève, qui devait expirer en 1680, fut prolongée pour treize ans, jusqu'au mois de juin 1693. Le tzar restitua à la Pologne quelques places de la Russie-Blanche, et promit de payer deux millions de florins.
Sur ces entrefaites, les Suédois envahirent le duché de Prusse, et quoique le roi voulüt être neutre dans ces querelles de l'électeur, Pac écharpait les Suédois.
La diète de Grodno, commencée le 11 décembre 1678 et terminée au mois de mars 1679, ratifia la trève conclue à Moskou, et s'occupa des affaires intérieures.
Menant de front et les affaires publiques et les affaires de sa famille, Sobieski chercha à établir ses enfants. Il voulut faire épouser à son fils, Louis-Jacques, la princesse Louise-Caroline Radziwill (née le 27 février 1667 ), fille et héritière de Boguslas, dernier rejeton de la maison de Birze. Mais Louis, fils de l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume, l’emporta, et alors les terres de Taurogi et de Serey entrèrent dans la maison de Brandebourg (1680). Le procédé de l'électeur affligea d'autant plus Sobieski, que l'électeur avait promis que cette alliance ne serait jamais contraire aux intérêts du rois et, à la suite de ces indignes procédés, il amena, par ses intrigues, la dissolution de la diète de Warsovie, où plutôt il fit agir Przyiemski (1681), et parvint à indisposer beaucoup de nobles contre Jean III. C'est alors aussi que les intrigues de la reine faisaient prendre une route funeste à la politique polonaise. Si Sobieski eût suivi et agi dans les vues de Louis XIV, il aurait pu réparer les pêrtes qu'il avait faites du côté de la Turquie, et ébranler là puissance de l'Autriche, si fatale à la Pologne. Mais, au lieu de cela, le roi suivit les conseils de la reme, et causa d'immenses malheurs à sa patrie. La Turquie était tellement effrayée, que lorsqu'un ambassadeur de la Porte-Ottomane vint en Pologne (juin 1684), portant des propositions nouvelles dans une bourse d’or, cet ambassadeur se jeta le visage contre terre, en S’écriant qu'il remerciait le grand Dieu et Mahomet, son prophète, de la grâce qu’il lui avait faite de lui laisser voir la face d’un si grand roi!
Le marquis de Béthune, ambassadeur de France à Warsovie, excitait, par ordre de sa cour,
Tékély et les Hongrois contre l'Autriche, et les Hongrois finirent par former une alliance avec la Turquie (mars 1682). Il réussit même à mettre dans ses intérêts Sobieski. La restitution de la” Podolie et de Kamiénieç devait être le prix de ce service. Mais l’emportement de Marie-Kasimiré : et la méfiance de l'aristocratie renversèrent ces : arrangements, à la suite d’une haine stupide dont Marie et Louis XIV étaient également coupables. Voici le fait, HV
Fière de son élévation, Marie-Kasimire avait formé le projet de visiter la France pour déployer: son luxe et sa magnificence royale ; dans cettec vue, elle demanda à Louis XIV d'honorer sons père d’une duché-pairie, et de la recevoir avec à : pompe dont il avait honoré la reine d'Angleterre: + Louis XIV refusa l’une et l’autre demande, et lui « fit faire une impertinente réponse, d'après les « insinuations du ministre de la guerre, marquis de : Louvois. Voici la réponse dun grand rot : « Je sais « la différence qu’on doit faire entre une reine hé= : réditaire et une reine élective. » Piquée jusqu'au « vif, elle jura de se venger de cet outrage ;‘eller « remua tant, qu'on licencia les recrues faites pour « la guerre prochaine, et elle amena le roi à con « clure une alliance étroite avec l'Autriche contre: « la Turquie, alliance diamétralement opposée à : la politique de Louis XIV et de Jean IIL. A:ces : intrigues le Vatican ajouta les siennes. 19E «
Innocent XI (Benoît Odescalchi), fils d'un pauif ë quier, soldat à la guerre contre la Turquie, de « puis prêtre, ensuite cardinal et nonce en Pologne, enfin pape, était alors assis sur le siége apostolique. Dévoué à l'empereur Léopold, il mettait « tout en œuvre pour écraser les Turks et humiliér. « la France. Le légat du pape, Pallavicini, fut envoyé à Warsovie, et le pouvoir spirituel agissait dans toutes les conditions du machiavélisme temporel. Sobieski finit par concevoir de la rancune en voyant le peu de cas que le roi de France faisait de son ressentiment.
Pour mieux tromper le cabinet de Warsovie, et pour tirer tout le parti des ressources polonaises et de la terreur qu'inspirait aux Turks le nom de Sobieski, la cour de Rome et la cour de Vienne firent des promesses perfides, et résolurent de faire épouser au prince Louis-Jacques : : l'archiduchesse Marie-Antoinette (née le 18 jan- .» vier 4669), fille de Léopold, héritière de la couronne d’Espagne par le chef de sa mère, à l'effet de rendre héréditaire la couronne de Pologne dans sa famille par les secours de l'Autriche et
des Jésuites ! André Morsztyn, Jean Wielopolski et plusieurs autres citoyens s’élevèrent contre ces intrigues; mais leur opposition fut étouffée et l’on rejeta les bons conseils de la France. Le marquis de Vitry, ambassadeur de Louis XIV, promettait alors de l'argent et les titres de duc etrde pair au père de Marie-Kasimire. Il n’était plus temps. La reine ne voulut plus rien entendre; son-caractère altier et les vues d’élévation qu’avait conçues le roi des Polonais pour sa famille à Vienne renversèrent l'influence française. C’est sous/de tels auspices que, lors de la diète de Warsoyie (janvier-avril 1683), fut conclu le 51 mars, entre Jean IT et Léopold Ier, Le traité suivant : « 4° Une alliance offensive et défensive, jusqu’à » une paix raisonnable avec les Turks; 2° l'ob- » Servation des articles de cette alliance sera » jurée de part et d'autre à Rome, par les cardi- >» naux protecteurs Pio et Barberini, en présence > dusaint Père ; 5° toutes les anciennes préten- » tions seront amorties; 4° aucune des parties » ne pourra conclure une paix à part; 5° les hé- » ritiers des deux parties sont obligés de main- » tenir cette alliance; 69 le présent traité ne » concerne que la guerre de Turquie, et non une » autre; 7° l’empereur d'Allemagne fournira un » contingent de 60,000 hommes, et le roi de » Pologne celui de 40,000 hommes; 8° l'ennemi » sera attaqué de deux côtés, par l'Autriche en » Hongrie, et par la Pologne en Podolie et en » Ukraine; 9° l’empereur Léopold paiera au roi > Jean 300,000 écus, qu'il se fera escompter » des dimes des domaines ecclésiastiques avec la » permission du pape; 10° chaque allié sera » tenu d'engager à l’alliance d’autres puissances » amies. » Par les articles secrets : « l'Autriche » renonçait à ses prétentions aux salines de Bo- » chnia et deWiéliczka, ets’engageait à restituer > le diplôme qui garantissait l'élection d’un des » archiducs en 1656, lors de la guerre de Suède.»
L’indolent Léopold Ier, abandonné des princes de l'Empire, implore le secours de la Pologne. Son‘ambassadeur, Wilezek, le nonce du pape, Pallavicini, se jettent aux pieds de Sobieski. L'un s’écrie : « Sire, sauvez l’Empire! — Sire, faites plus encore, ajoute l’autre ; sauvez la chrétienté! » Le prince Charles, duc de Lorraine, ouvrit la campagne (6 mai 1683). Lubomirski, avec 4,000 Polonais, était sous ses ordres. Kara- Moustapha évitait ou dépassait les forteresses, et marchait directement sur Vienne. Léopold perdit tête et courage ; il quitta le 10 juillet, avec
toute sa cour, sa capitale, et 60,000 habitants suivirent l'exemple de cette honteuse fuite. Cependant le général Stahremberg y fut laissé avec 14,000 hommes de garnison.
Le 14 juillet, une nuée de Musulmans se ré:
pandit autour de Vienne en forme de croissant. Les àssiégés étaient aux abois. L'empereur écrit de Passau, le 3août, une lettre des plus pressantes à Jean II, et pendant que l'empereur et sa femme Eléonore,grosse desix mois,élevaient des plaintes contre leurs conseillers et contre les Jésuites qui les avaient poussés à la persécution des Hongrois, unis aujourd'hui aux Turks ; pendant que le marquis de Vitry, ambassadeur de France en Pologne, notifiait à Louis XIV que l'extrême embonpoint de Sobieski ne lui permettrait pas de se mettre en campagne, Sobieski quitta le 15 août Krakovie, et partit à la tête de 25,000 Polonais et trente bouches à feu. Le 27 ils atteignent Berno (Brunn). Le 51, les troupes alliées se groupent et se soumettent sous les ordres du roi; l'Empire était là tout entier, il n'y manquait que l'empereur. Le Danube fut franchi du 5 au 9 septembre à Krems et à Tuln, et l’on se mit en route. Le 11 septembre, Sobieski et ses braves occupèrent les hauteurs de Kalemberg qui dominent Vienne à l’ouest. Le 12 septembre, Sobieski, habillé à la polonaise, couvert d'une cotte de mailles en aciér poli, parsemée de petites Croix d’or, monté sur un cheval alezan, se fit devancer par un écuyer portant un grand bouclier à armoiries, et par un enseigne qui, pour faire reconnaitre la place où se trouvait le roi, avait attaché un panache au bout de sa lance. La bataille commence. Le grand-visir doutait encore de l'approche de l’armée polonaise. Mais il fallut bien ÿ croire à la vue de ces lances ornées de banderoles dé guerriers polonais : «Sobieski est à leur tête,» dit le kan des Tatars. Ces paroles remplissent Kara- Moustapha d'inquiétude et de terreur. Les Polonais, exaltés par la victoire, poussent en avant et arrivent sur les glacis du camp. Déjà l’œil ardent du roi mesure la profondeur des lignes ennemies. Il cherche à en démêler le côté faible, et il s'écrie : « Ils sont perdus. » Il ordonne au duc de Lorraine d'attaquer brusquement au centre, tandis que lui-même va renverser ces masses ébranlées. Le bouclier homérique dé Sobieski brille à travers les fumées de la poudre à canon et des poussières soulevées, et donne signe que Sobieski est toujours là où le danger est imminent, Les Turks le reconnaissent enfin, ils
voient que c'était bien Sobieski en personne, Son nom vole de bouche en bouche, glace tous les courages : ils s’écrient : « Par Allah! il est avec les siens ! » À six heures du soir, Sobieski arriva le premier au quartier du grand-visir qui avait fui le désespoir dans le cœur. Après être demeuré quatorze heures à cheval, le roi s'endormit au pied d'un arbre. Napoléon s'endormit aussi après la bataille d’Austerlitz (Slawkow). Ainsi fut délivrée la cité impériale, après soixante jours de tranchée ouverte.
Le 45, le roi fit son entrée à Vienne, entendit la messe dans l’église de Saint-Etienne. Le 14, lorsque tout danger fut passé, Léopold arriva. Il délibéra longtemps avant de savoir comment il devait saluer le héros qui venait de sauver son empire. Le duc de Lorraine, étouffant son ressentiment pour Sobieski qui l'avait fait débouter du sceptre de Pologne, s'écria : « Sire, saluez » votre sauveur sans cérémonie et les bras ou- » verts. » Fatigué de ces misérables discussions d’étiquette, Jean IT voulait repartir sans voir l'empereur, lorsqu'il fut décidé que les deux monarques se verraient en plein champ. En effet, le 15 septembre eut lieu cette entrevue à Schewechat, à :deux lieues de Vienne, sur la route de Presbourg. Aprèsles salutations, l'empereur balbutia quelques mots de reconnaissance, d’une voix confuse. Le roi répondit : « Mon frère, je suis » bien aise de vous avoir rendu ce petitservice. » Ensuite, prenant son fils Jacques par la main, il le présenta à Léopold, en disant : « Voilà mon » fils que j'ai élevé pour la chrétienté, » L’empereur inclina à peine la tête et ne réponditrien. Outré de la morgue autrichienne, Sobieski tourna la bride de son cheval et dit : « Je vais rejoindre » legros de l armée : j'ai donné ordre aux grands- » généraux de vous le montrer, s'il vous plaît de » Le voir. » Le lendemain, Léopold envoyant une épée richement montée au prince Jacques, lui écrivit une lettre d’excuse, où ïl attribuait son embarras à la stupeur que lui avait causée la yue de son père, sauveur de son empire. Sobieski, pour ne rien devoir à Léopold, envoya, le 19, des cadeaux plus riches que ceux que son fils et les grands-généraux avaient reçus de l’empereur.
C'est alors que se vérifièrent les prévisions de ceux qui avaient juré de ne jamais croire au perfide cabinet de Vienne; il w’était plus question du mariage de l'archiduchesse. Les ministres autrichiens refusaient jusqu'aux Vivres, logement et solde pour les troupes polonaises! Marie-
Kasimire et Jean IL furent cruellement punis, mais les remords des individus ne peuvent expier les malheurs d’une nation tout entière !.....
Pendant cent ans les Viennois célébrèrent l'anniversaire de ces événements, mais particulèrement le 44 septembre, jour de la soi-disant arrivée de Léopold ! Malgré ce mensonge officiel, cet anniversaire parut encore inopportun à l'empereur Joseph qui l’abolit en 1783. *
Malgré tous les dégoûts qui l’entouraient, So: bieski crut devoir profiter militairement de sa victoire, et il poursuivitles Ottomans en Hongrie. Le 7 octobre, il fut surpris à Parkan et battu; mais le 9, il répara brillamment cet échec à Gran, Cependant les Polonais, abandonnés par Tu:
triche, prirent la route des Karpates, au milieu des neiges et essuyant des pertes plus sensibles que celles qu'ils avaient essuyées pendant toute cette campagne. Le roi Jean III, en passant | at Lubowla dans le Zips, arriva à Krakovie le 23 dé: cembre 1683.
Pendant que Sobieski étaitsous Vienne, André Potoçki, castellan de Krakovie, battait les Tu rks près de Kamieniec, forçait les Kosaks à prendre son parti; fit prisonnier Ducas, hospodar de Wac laquie, et établit à sa place Etienne XIV (août-sepe tembre 1683). L'année 1684 se passa en intrigues; elles ne furent pas apaisées dans la ii de Warsovie (février 4685). Au mois d'a itle grand-général Stanislas Iablonowski esSUyA ur un échec en Bukovine; pour le venger, et pour être assuré du côté de la Moskovie qui ne cessait pag ses sourdes menées, le roi fut forcé de conclure un nouveau traité avec le 1zar. Les conférences étaient déjà ouvertes en 4684, mais de nouveaux ambassadeurs furent envoyés à Moskou, c c'étaienl: Christophe Grzymultowski, palatin de Poznanie ; Marcien Oginski, grand-chancelier de Lityanie ; Alexandre Przyiemski, tribun de la Grande- Pologne; Alexandre-Jean Potocki, castellan de Kamieniec; et Nicolas Oginski, porte- glaive de Litvanie. Ce traité fut signé à Moskou Le. 6 mai 1686, aux conditions suivantes : € Il y aura » paix perpétuelle et oubli de toutes les dissen » sions qui ont eu lieu depuis la rupture de Ja » dernière paix de Polanowka. Ce traité. avec » ceux d'Andruszow et de Moskou sont suppri- L » més. La république cède au tzar : Smolensk, » avec ses appartenances situées vers Witebsk,
» Polock et Lucyn, ainsi que Dorogobouje, Kra- » snoï, Biélaïa, avec leurs districts et dépendan- » ces; plus, vers Roslavl, les villes de Czer-
) niechow, Starodob, Nowogrod - Siewierski, » Poczep ; puis toute Ia Petite-Russie sise sur > la rive gauche du Duiéper, avec les villes de » Niezyn, Péréiaslawl, Batoryn, Poltava, Péré- » volocza, et en général toute la partie de la » Petite-Russie que les tzars possédaient pendant L Ja trève, depuis le Dniéper jusqu’à la rivière » de Putywl. Le ville de Kiiow est également » cédée au tzar avec le district situé entre l'fr- > pièn et la Stulna, y compris la ville de Wasil- » kow. Les Kosaks Zaporogues de la rive gauche > du Dniéper passent sous la domination des tzars, ; ét ceux de la rive droite restent toujours sous » celle de la Pologne. Si les habitants des villes et » districts cédés au tzar se révoltaient et deman- » duient à être reçus sujets de la répubtique, ils » ne seront pas protégés dans cette rébellion , » les tzars promettent la réciprocité à l'égard » des sujets du roi et de la république dans les » pays de Polock, de Witebsk, dans les districts > de Bialacerkiew et Pawolocz, qui appartien- ? nent exclusivement à la Pologne. Les tzars ’ Ê engagent à payer 146,000 roubles au roi et , » al république de Pologne, comme une marque “de leur amitié et de leur amour pour la paix. ‘Les endroits contestés et dévastés sur la rive » dre ite du Dniéper, depuis Stayki jusqu'à la
> Tiasminia, savoir ; Rzyszezew, Trechtymirow,
> Käniow, Moszna, Sokolnia, Czerkassy, Bo-
» roWiça, Buzyn, Woronkow, Krylow et Czehryn, > Tésteront abandonnés et incultes, jusqu'à ce s'qu il aura été décidé auquel des deux États ils > doivent appartenir. Les villes et pays de Po- 5 lock, Witebsk, Newel, Siebiez,Wieliz, Rzezyca, > Dunaburg, Lucyn, Marienhaus, avec toute la » Livonie méridionale et tous les châteaux, pa- » latinats et districts y appartenant, dénétire. » ront à perpétuité à la Pologne; et ni les tzars » ni leurs successeurs n’y formeront jamais des ». prétentions. La religion gréco-schismatique » dans les États de la république jouira d’une , tolérance complète, et en aucune manière on » ne forcera ces chrétiens à embrasser le rit et » l'union romaine. Les tzars concluent avec le » roi de Pologne une alliance contre les Turks » et le khan de Ia Krimée, etle tzar attaquera » ces derniers pendant le cours de l’année 1686, » tandis qu'une armée polonaise agira contre les » Turks et les Tatars de Bialogrod (Ackerman). » Le tzar s'engage à ménager aux Polonais la > restitution de Kamieniec et de la Podolie, à
» inviter la France et d’autres puissances chré- {
» tiennes d'accéder à cette même alliance. Afin » de raffermir le bon voisinage et à prévenir » tout sujet de brouillerie entre les deux États, > on promet de ne point faire alliance avec les » ennemis ouverts ou secrets de l’un ou de l'au- » tre souverain, et de ne leur donner aucun se- » cours,soit en argent, soit en troupes. »
Ainsi la paix d'Oliwa élevall’électeur de Brandebourg dont les descendants devaient un jour concourir à démembrer la république; la paix de Moskou amenx le même résultat, et la délivrance de Vienne fut une troisième cause qui dut aboutir en 1795 au même résultat : l'anéantissement politique de la Pologne !
Dans ces dernières circonstances, on leurrait encore Sobieski, en lui assurant que ses enfants posséderaient un jour la Moldavie et la Walaquie, De là, ses malheurs en administration; de là, la haine de l'aristocratie, et l'obstination de la noblesse à convoquer diète sur diète, et à lui adresser en public des discours virulents,
La paix de Moskou laissant la sécurité de ce côté, le roi se mit à la tête d'une armée, et arriva à Yassy (16 août 1686). Mais l'Autriche, après avoir solennellement promis des secours, ne les envoya point; le pape trahit aussi ses promesses, et cette campagne n'eut aucun résultat. C’est en passant par Léopol que le roi ratilia (2 février 1687) le traité de Moskou en versant deslarmessur le sort de sapatrie. [l ne voulut pas porter ce traité devant la diète, mais se contenta de le faire confirmer par le sénat : quant à Grzymultowski, il manqua d’être assassiné par ses compatriotes, pour avoir assisté comme chef de
l'ambassade de 1686.
A la diète de Grodno (janvier 1688) les cla-
meurs et les personnalités furent poussées à la dernière extrémité; le vieux monarque indigné se lève avec effortet dit: « Celui-là connaissait » bien les peines de l'âme qui a dit queles petites » douleurs aiment à parler, que les grandes sont » muettes. L'univers même restera muet en con- »templant nous et nos conseils! Oh! quelle sera bun jour la morne surprise de la postérité, de » voir que du faite de tant de gloire, quand le »nom polonais remplissait l'univers, nous ayons
» laissé notre patrie tomber en ruines, y tomber, » hélas ! pour jamais !... Croyez-moi, toute cette »éloquence tribunitienne serait mieux employée » contre ceux-là qui, par leurs désordres, appel- » lent sur notre patrie le cri du prophète, que je » crois, hélas! entendre déjà retentir au-dessus de
snostêtes: Encore quarante jours, et Ninive sera » détruite! Là où l'on peut impunément oser » tout du vivant du prince, élever autel contre au- »tel, chercher les dieux étrangers sous l'œil du » véritable, là grondent déjà les vengeances du » Très-Haut... »
Il voulutabdiquer, mais on se jeta à ses pieds, et on le supplia de renoncer à cette idée. Deux diètes, peu tranquilles, eurentencore lieu en 1689 et 1690. Le roi, malgré le cœur blessé, le corps souffrant, l'esprit frappé de pressentiments sinistres, vit que les masses, étrangères aux calculs des factions, aimaient son pouvoir, et se résigna à régner jusqu’au bout. Il servit encore une fois à la tête de ses troupes (août 1691), franchit le Dniester, et battit les Twks. En 1699, il fit élever les remparts de Sainte-Trinité, non loin de Chocim, pour couvrirle pays de ce côté.Enattendant, la diète de Grodno (décembre 1692-février 1695) fut rompue; celle du 22 décembre 1693, ouverte à Warsovie, ne fut pas plus heureuse. Outre cela, les Tatars firent deux invasions (1695 et 1694); la guerre civile entre Sapieha et Brzostowski compliqua encore les malheurs publics. Le roi crut que la convocation d’une nouvelle diète à Warsovie (janvier 1695) guérirait tant de plaies; il n'en fut rien, et elle fut rompue. Les Tatars, profitant de l'anarchie, firent une nouvelle invasion et poussèrent jusqu’à Léopol (février 1695).
Enfin Jean LI s'enallait, la reine continua sesintrigues avec plus de liberté. Ses deux confidentes françaises, le Jésuite Vota, Alberti, résident de Venise, trafiquaient de tout ; un médecin juif Jonas, etun autre juif Bethsal, qu'il avait pourintendant, appartenaient à cet aréopage : l’un s’empara du corps de Sobieski, l’autre de ses finances. En se roidissant contre ses maux, le roi cherchait à couvrir son état de souffrance. Il assistait au sénat, mais rarement il voyait la fin des conseils. En attendant, la confusion s’introduisait dans les affaires. Les monnaies, déjà altérées par le voisinage de l'électeur de Brandebourg, s’altéraient encore dävantage, et ruinaient le peu de commerce qui vivifiait la Pologne. On ordonnait des contributions qui ne se réalisaient pas. Le grand-trésorier criait que le trésor était épuisé. L'armée n’était pas payée. À peine voyait-on 10,000 hommes sous les drapeaux, et c’étaient autant de mécontents qui opprimaient le pauvre paysan.