‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 19 sur 180 · ITE · texte numérisé non relu

ITE

Plus de cinquante ans devaient encore s'éeouler avant qu'une époque mémorable vint planer sur la vallée de Swintorog ; d'abord, des habitations remplacèrent le silence des tombeaux, puis le souffle divin de l'Évangile vint donner une autre vie à tout ce qui vivait.

apôtres du Christ s'étaient mystérieusement établis au milieu des païens. Gédymin ne leur était point hostile, ces hommes pieux et inoffensifs ne

Quelques

| puissance purement politique ; leur nom de chrétien n'avait pas déterminé la guerre, et en se déclarant contre eux, il formait des alliances avec les rois de Pologne et les ducs russiens. 1! maria sa fille Aldona au roi de Pologne Kasimir

le Grand, et ses deux autres filles, Danmila et

Marie, aux ducs de Mazovie. Ses fils et ses cousins s’unissaient aussi à des princesses russiennes, et par conséquent embrassaient la religion chrétienne selon le rit grec. On voit que le grand-duc avait su apprécier ce que la religion chrétienne avait d’utile et de bon pour les sciences et l'industrie, on voit qu’il avait compris l'importance de la religion pour la Litvanie. ;

Le fils de Giédymin, Olgerd, donna plus d'une preuve de bienveillance et de protection aux chrétiens.

Un seigneur, nommé Gastold, chargé de gouverner pendant quelque temps la Podolie, devint amoureux de la fille du palatin de Buczacki, qui, au nom du roi, administrait le pays voisin. Gastold obtint la main de la belle Polonaise, sous la condition qu'il se ferait chrétien. La conviction pénétra son âme; il devint apôtre zélé de la foi du Christ, et quand, plus tard, on le nomma gouverneur de Wilna, il fit venir des moines de la règle de Saint-François, pour propager le christianisme. Ses premiers missionnaires s’établirent dans Le quartier de la ville le plus proche du château, et bien près du sanctuaire païen ; mais leur modeste demeure n’était connue que d’un petit nombre de fidèles qui s’y rendaient pour adorer le vrai Dieu. Une croix en bois distinguait leur habitation de celles qui les entouraient. En 1568, le grand-duc Olgerd quitta la Litvanie pour aller faire le siége de la capitale des Moskovites, et Gastold, à cette même époque, était absent de Wilna. Les prêtres paiens en profitèrent pour exciter le peuple contre les chrétiens. On força

: les portes du petit cloître; sept religieux furent |égorgés, sept autres échappèrent au carnage en

se sauvant dans les ravins qui bordent la Wilenka. Mais, bientôt découverts, on les attacha sur la croix, et on les prétcipita du sommet de la Montagne chauve dans la rivière. Les païens, en les voyant mourir emportés par les flots, disaient : « Nagez donc avec cette croix que vous vouliez nous présenter comme un Dieul » Olgerd, au retour de son expédition, punit la ville coupable : cinq cents têtes payërent le sang des mar-

tyrs; et Gastold fit encore venir de Pologne des frères franciscains. Il fit bâtir une église en briques sur la plaine sablonneuse, près dela route qui conduit de Wilna à Troki; on la nomma l’église de la Sainte-Vierge-aux-Sables (Kosciol Panny Maryina Piaskach). On la voit encore aujourd'hui dans son antique simplicité. Malgré de saints efforts, les idoles furent encore adorées longtemps en Litvanie. Les princes restaient fidèles à la foi de leurs ancêtres, et le peuple dela capitaleimitait l'exemple des princes. Jagellon lui-même, avant que sa belle destinée fût accomplie, Jagellon se prosternait devant les faux dieux ; mais la Prusse et Livonie se faisaient chrétiennes, et cette conversion était due à la puissance des chevaliers Teutoniques et du Porte-Glaive ; nous disons conversion, mais c’est plutôt la violence et la force des événements qui amenèrent ce résultat. Lisdeyko, le fils de celui qui contribua à la fondation de Wilna, avait été appelé en Prusse, pour gouverner les intérêts de la religion paienne; mais, chassé par le christianisme, il erra de forêt en forêt, emportant avec lui la dernière étincelle du feu sacré. Jagellon, découvrant enfin le lieu de sa retraite, le fit venir à Wilna, et la statue de Perkounas fut encoreune fois adorée parle grandprêtre.

Les croisés allemands poursuivaient leur œuvre ; ils pénétrèrent jusque dans la dernière ville païenne ; ils atteignirent même la capitale de la Litvanie. Pendant trois semaines la ville fut assiégée; presque toutes les habitations furent détruites par le feu (1578). Quatorze mille habitants périrent dans cette lutte. En supposant que c'était la moitié de la population, on voit qu’elle équivalait à peu près à celle d'aujourd'hui. Les châteaux résistèrent ; la destruction des idoles, convoitée par une politique haineuse, était réservée à l'amour et au dévouemeut. Cette époque, si grande pour la Litvanie, n'était éloignée que de quelques années.

En 1386, Jagellon épousa Hedwige et fut couronné roi de Pologne. Ses frères, ses cousins et les seigneurs qui l’'accompagnaient à Krakovie pour la cérémonie du mariage reçurent le baptême, L'année suivante, le roi et la reine se rendirent à Wilna, pour répandre la foi qui avait pénétré l'âme de Jagellon. Ce prince, qui naguère avait présidé au partage du butin enlevé à la Po-

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