‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 20 sur 180 · TOME Il · texte numérisé non relu

TOME Il

logne, ce prince, qui avait enrichi ses dieux de la dépouille d’une nation chrétienne, venait en Litvanie pour proclamer l'Evangile, pour instruire le peuple au culte du vrai Dieu. Par les ordres du monarque, on annonça le jour d'une grande solennité. Devant le temple païen, on éleva un trône, et Jagellon vint s'y asseoir avec la reine ; en présence de la foule, il prononça les touchantes paroles de l’évêque Bodzanta ; puis il fit un signe, et des guerriers polonais et litvaniens se mirent à abattre les idoles. Le peuple, accoutumé à une obéissance passive, regardait la destruction de ses dieux; ce sacrilége lui semblait accompli par une force surnaturelle. Le feu de Zniez fut éteint pour jamais; mais, au moment ou Jérôme (Hiéronim}), prêtre chrétien venu de Bohême, se disposait à abattre la statue du dieu Perkounas, la hache lui glissa des mains et vint s'arrêter sur son pied... Alors la foule s’ébranla; ce furent des cris de triomphe et des menaces de vengeance! Le prêtre, animé de l'esprit de Dieu, se mit à genoux et pria quelques instants ; puis, se levant, il montra au peuple son pied, qui ne gardait pas même la marque de la blessure ! L'idole fut renversée, et ce miracle commença la conversion des païens. Cette foule menaçante vint demander le baptême ; à dater de ce jour, les vérités chrétiennes furent enseignées au peuple.

La ville prit un nouvel aspect. Sur les fondements du temple démoli s’éleva une cathédrale catholique, sous l’invocation de saint Stanislas, patron de la Pologne. Vis-à-vis de la citadelle du château supérieur, et à l'extrémité orientale de la plate-forme, Jagellon posa la première pierre de l’église de Saint-Martin. On croit que cette construction, toute parée d’ornements gothiques, ne fut achevée que bien des années après.

Le roi, ne s'étant réservé qu'une suprématie vaguement définie, confia le pouvoir ducal à un de ses frères. Witold, son cousin germain, s’offensa de ce choix; son ambition avait rêvé une couronne, et ses qualités lui avaient valu la préférence des Litvaniens. Pour arriver à son but, ïl alla demander assistance au grand-maître des chevaliers de la Croix. Celui-ci n'eut garde de refuser ; il voulait encore une fois profiter des discordes intestines de la Litvanie; il convoitait Wilna, et déjà il avait tenté de s’en emparer. Mais la garnison. polonaise, qui défendait le château, repoussa victorieusement les attaques (1388 —1390—1591 ). Cependant il arriva une époque où le château inférieur fut détruit par les

flammes; et le commandant, pour retenir l’ennemi, fit incendier la ville presqu’en totalité. Jusqu’au xve siècle, les habitations en bois furent détruites par la guerre, et aussitôt reconstruites par le peuple avec une prodigieuse activité. Trois monuments ont résisté à cette époque de feu et de sang, et sont encore debout aujourd'hui. On voit sur la montagne de l'Urus les murs construits sous le règne de Gédymin, puis la chapelle de Ja Sainte-Vierge-aux-Sables, et non loin de là la petite église de Saint-Nicolas.

A la moitié du xv® siècle commence la quatrième période de l'existence de Wilna. Kasimir, fils de Jagellon, réunit sous un même sceptre la couronne de Pologne et le duché de Litvanie. Ses trois fils et son petit-fils, qui termina la dynastie, ne cessèrent d'affermir le lien qui existait entre les deux pays; ils préparaient le moment où les deux nations n’en formeraient plus qu’une. Tous les rois de cette race, si chère à la Pologne, eurent une affection plus vive pour la terre natale, mais cette affection n’était jamais préjudiciable aux intérêts de la Pologne. IS habitaient Wilna de préférence à Krakovie.Ces rois, qui étaient tous de grands chasseurs, étaient attirés par le voisinage de nos belles forêts.

Kasimir, en fixant la résidence royale dans la capitale de la Litvanie, donna une nouvelle importance à cette ville; elle prit un développement rapide, et devint une ville de premier ordre. Les quartiers voisins des palais royaux et de la cathédrale se peuplèrent d'habitations destinées aux grands de la cour. Les nobles, les riches bourgeois et les marchands, venus de l'étranger, firent bâtir des maisons de luxe dans les rues principales. Les constructions en bois, quicomposaient auparavant la presque totalité de la ville, furent cachées derrière les bâtiments en pierres et en briques. Ces modestes demeures semblaient fuir le centre de la cité, qui, vers la fin de cette période, fut entourée de remparts et de fossés. Le mur, d’après le plan de l’archevêque Tabor (1497), était large de plusieurs pieds et haut de quelques toises, et fut achevé sous le règne d'Alexandre (1506). Ces restes marquent encore aujourd'hui l’exacte étendue de la ville à toutes les époques.

Huit portes faciles à barricader, en cas de siége, conduisaient vers les divers points du

pays. Les faupourgs étaient en partie peuplés par les cultivateurs de vergers et les fabricants de toutes les choses nécessaires à la vie. Les faubourgs avaient l'aspect de petits villages ou de bourgs. La Litvanie n’a pas changé sous ce rapport, mais, en revanche, presque tous les monuments construits dans l’intérieur des villes ont perdu leur caractère primitif. Deux grandes églises, celle des Franciscains, voisine de Ja chapelle de la Sainte-Vierge-aux-Sables, et celle des Bernardins sur le canal de la Wilenka, portent, comme par miracle, les traces du xv® siècle. Une main ennemie s'appesantissait sur les trésors nationaux, et chaque réparation Ôtait aux monuments le type de l’époque et la couleur du temps.

Quand le règne des Jagellons vint rendre la prospérité au pays, quand Ja Litvanie arriva à l'apogée des lumières, tout fut transformé : autre plan, autre architecture ; en un mot, un souffle riche, vivifiant, chassa loin delui le passé. Cette époque dura cent cinquante ans, époque de beaux et glorieux souvenirs. Relativement à l'histoire de Wilna, nous la subdiviserons en deux périodes.

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