CAPITALE DE LA GRANDE -POLOGNE
La Warta, qui va porter le tribut de ses eaux à l'Oder et à la mer Baltique, se sépare en plusieurs branches dans une vaste plaine : c'est là que s'élève r'antique ville de Posen ou Poznan.
Comme presque toutes les cités du globe, elle a changé d'emplacement et de dénomination ; comme toutes les choses de ce monde, elle a subi le choc des révolutions : située d’abord sur la rive droite de la Warta, aujourd'hui elle se trouve sur la rive gauche.
Parmi les souvenirs reculés qui sont parvenus jusqu'à nous et qui se rattachent à l'origine de Posen, on trouve dans la Germanie de Tacite, la cinquante -septième année de Jésus-Christ, qu'il y avait une ville appelée Stragona, nom qui venait de Strago, en grec, et qui veut dire échiquier, ou ville bâtie en forme d'échiquier. Aujourd’hui encore il existe un faubourg nommé Srodek ou Srzodka; selon les uns, Stragona est devenu par corruption Sradona, Strzczona ou Pragona, et selon les autres, il veut dire milieu ou centre de la ville (Srodek, en polonais). Quoi qu'il en soit des étymologies, il est certain que la ville porte un caractère d'ancienneté irrécusable ; l'imposante autorité de l'histoire vient à l'appui. Sous Miéczyslas Ier (962-992), Posen avait déjà de l'importance; elle rivalisait avec Gnèzne malgré son titre de capitale, et même elle la surpassait en magnificence.
Les chroniqueurs, en s'appuyant des traditions populaires, expliquent comment la ville appelée d’abord Stragona s'appela ensuite Poznan. Ils donnent trois versions sur son origine, et nous allons les rapporter ici.
Trois frères, Lech, Czech et Rus se séparèrent un jour pour courir le monde ; enfin, après longues années, tous trois ils revinrent, se rencontrèrent et se reconnurent dans la plaine de la Warta (550). Rozpoznali sie veut dire en polonais se reconnurent; le fait a donné l'origine au nom, et Poznan remplaça Stragona. A l'appui de cette version, on montre, sous la corniche de la tourelle gauche du fronton de l'Hôtel-de- Ville, trois têtes sculptées en pierré et coiffées
d'un même bonnet. Certains chroniqueurs assu- |
rent que ce sont les têtes des trois frères. Mai une autre version vient contredire celle-ci Wizimir, descendant de Lech, eut un fils posthume, c'est-à-dire que l'enfant naquit après la mort de son père; on le nomma Pozny, et lui, dit-on, donna son nom à la ville. Ce n’est pas tout : une troisième version, mais plus probable et mieux fondée, vient renverser les deux autres: Miéczyslas, le premier roi chrétien de la Pologne, voulant convertir à la vraie foi toute la nauion, réunit à Stragona les notabilités du pays, leur fit connaître ses intentions et les engagea à se faire chrétiens. Ce lieu, où la vérité fut reconnue (Poznano), garda, comme la première version, le nom du fait.
Miéczyslas fonda un évêché dans la ville nouvellement convertie, et quand ce roi mourut (992), on déposa ses restes dans l'église cathédrale de Posen: Cette église reçut aussi la dépouille mortelle de Boleslas-le-Grand, et celle de ses successeurs.
En 1255 (sous le règne de Boleslas V, le Chaste), Przemyslas fit transporter la ville de la rive droite sur la rive gauche. En 1753, on célébrait à Posen le cinquième centiversaire de la translation. Depuis, l'église de Saint-Nicolas, la plus ancienne qui ait été élevée à Posen, ainsi que la cathédrale, restèrent dans le faubourg, et tous les monuments, tous les plus beaux édifices s’élevèrent sur la rive gauche.
Posen, au travers de toutes les révolutions, garda son importance et sa suprématie. Dans les temps les plus reculés, on la voit chef-lieu du duché de la Grande-Pologne ; en 1400, elle devient Palatinat ; en 1793, une province prussienne ; en 4807, elle est le chef-lieu du département du grand-duché de Warsovie, et en 1813 elle prend enfin le titre de grand-duché de Posen. Cette ville est riche en événements mémorables, et dans cette esquisse nous donnerons les faits principaux.
Posen, comme point stratégique, à toujours eu de l'importance, et dans tous ses beaux faits d'armes, nous citerons la défense de la garnison léchite : c’est elle qui repoussa les races ger-
maniques qui voulaient envahir les bords de Ja Warta. En l’année 1000, l’empereur Othon III vint à Gnèzne, sous le prétexte de visiter le tombeau de saint Adalbert. Le roi Boleslas-le- Grand reçut l'empereur d’abord à Posen : cette vilie déploya un luxe et une magnificence dont rien n’approche ; les souverains se rendirent ensuite à Gnèzne, où on était venu de l'occident et du midi de l'Europe pour assister aux fêtes de la réception, et chacun s’en retourna ébloui de tant de richesses et ravi d’admiration. Toutes ces fêtes portaient le cachet du grand roi qui les avait ordonnées; c'était plus que de la richesse, c'était de la pompe et une somptuosité qui imposaient à l'âme. Depuis cette époque Posen gagna encore en importance et sa population s’accrut. Les nombreuses expéditions de Boleslas sur l'Oder et sur lFElbe enrichirent prodigieusement la ville : c’est là que le roi déposait une partie des trésors qu’il prenait à l'ennemi. Lors des obsèques de Boleslas-le-Grand, Posen lui rendit les honneurs qu'il méritait.
Il faut en outre remarquer que Posen est située sur une des anciennes routes commerciales de la Pologne ; par mer, elle avait autrefois des communications ayec le Danemark et l’Angleterre, et par terre, avec l'Allemagne et l'empire de Byzance.
Quand Miéczyslas IT, fils de Boleslas-le-Grand, mourut, on l'enterra à Posen. Cette ville, que les rois de Pologne aimaient de prédilection, était aussi le lieu de leur sépulture. Miéczylas II laissa le gouvernement de la Pologne à sa femme Rixa ; cette femme, flétrie par la haine du peuple, fut forcée de fuir le pays. La Pologne, abandonnée aux tristes chances d'un interrègne, fut aussitôt envahie par Brzétyslas, duc de Bohême, qui, après avoir ravagé Breslau, Krakovie, mit le siége devant Posen (1039). La ville fut prise d'assaut et livrée au pillage. De Posen, les Bohémiens marchèrent sur Gnèzne; cette ville fut impitoyablement ravagée, et l'ennemi rentra à Prague tout chargé de dépouilles.
Posen, après ces désastres, fut encore longtemps sans pouvoir se relever; cependant Kasimir ler fit des efforts pour lui rendre son bienêtre, sa sécurité, et c'est sous le règne de ce prince (1040-1058) qu'on éleva des fortifications autour de la ville. Les populations qui s'étaient sauvées dans les forêts pour échapper aux horreurs de la guerre revinrent alors dans leurs foyers.
Jusqu'à l'année 1139 le royaume de Pologne était compacte, homogène, et ne reconnaissait qu'un seul maître ; mais à la mort de Boleslas Ill, il fut partagé entre les fils du feu roi : ce partage était la volonté testamentaire du défunt. Miéczyslas II le Vieux eut la Grande-Pologne, c’està-dire Posen, Gnèzne et Kalisz ; et Wladislas I, dit Herman, eut Krakovie. Ce fatal partage engendra des jalousies, des guerres civiles qui exposèrent la Pologne à de nouvelles invasions.
Wladislas avait épousé Agnès, princesse allemande; cette femme, qui était ennemie née de la Pologne, conseilla au roi, son époux, de reprendre les duchés qui étaient échus en partage à ses frères. Une guerre horrible, une guerre de frère à frère s’alluma ; mais les forces de Wladislas étaient tellement supérieures à celles des ducs, que ceux-ci ne purent tenir en rase campagne et s'enfermèrent dans Posen. La ville fut assiégée (1148). Les ducs, malgré les secours des Russiens, des Polovtzes et des Petchinègues,
virent bien qu'ils ne pourraient pas résister, et
ils envoyèrent au camp du roi Jacques, archevêque de Gnèzne, pour entamer des négociations. Le vénérable archevêque, revêtu de ses habits pontificaux, se fit transporter auprès du roi dans une voiture découverte. Admis en présence du souverain, il tâcha de le ramener à de meilleurs sentiments : il fit valoir les droits et la sainteté des affections de famille. Le roi fut sourd aux paroles du prêtre, et persévéra dans la volonté de vaincre ses frères pour leur arracher leurs possessions. L’archevêque, voyant que rien ne pouvait fléchir Wladislas, se disposa à regagner Posen. Mais au moment où la voiture tournait, une des roues s'embarrassa dans la tente du roi, et la secousse fut si violente, que le roi fut renversé, sans pourtant éprouver de mal; mais l’armée regarda cet événement comme un mauvais présage.
Le malheur des assiégés leur fit au dehors des partisans, et par ce moyen ils purent établir des correspondances avec les Posnaniens, pendant que la garnison inquiétait le camp royal par des sorties combinées avec ses amis du dehors. Le roi s'abandonnait à tous les plaisirs de la volupté ; les fêtes, les festins se succédaient et lui faisaient oublier les soucis de la guerre. Les assiégés en profitèrent pour tenter une attaque à l’aide de leurs partisans. Un écussonrouge, placé au haut de la tour de Saint-Nicolas, était le signal convenu entre eux. Deux fois l'écusson avait
paru, et la garnison ne faisait aucun mouvement ; un chef russien, malgré cette apparence de calme, avertit le roi, et lui dit que ce signal annonçait sans doute des intelligences avec le dehors, et qu'il lui conseillait d'entrer en négociation avec l'ennemi; le roi ne tint aucun compte de l'avertissement. Pour la troisième fois l’écusson parut, et au même moment la garnison fit une sortie en masse, et opéra sa jonction avec les troupes du dehors; leur mouvement fut si rapide et si bien combiné, qu'ils tombèrent sur les assiégeants avant qu'ils eussent eu le tempsde se mettre en mesure pour les repousser. L'armée de Wladislas fut écrasée, et lui-même eut grand'peine à se sauver. Enfin il échappa par miracle, et arriva à Krakovie ; mais il ne put y rester, car les dues, après leur victoire, reprirent toutes leurs possessions. La ville de Posen eut beaucoup à souffrir pendant ce siége, mais Miéczyslas III chercha à réparer ses pertes et ses dommages.
Dix-huit ans de calme suivirent ces événements; mais, en 1458, l'empereur Frédéric-Barberousse, sous le prétexte de servir la cause de Wladislas Herman, entra en Pologne, pénétra dans les environs de Posen, et partout il répandit la terreur et la désolation. Après ces désastres, la paix fat conclue à Kargow entre Boleslas LV le Frisé et l’empereur, à la condition que celui-ci évacuerait à l'instant la Pologne.
Wladislas Herman mourut en 1159, et Boleslas [V, en 1173; Miéczyslas II le Vieux, duc de la Grande-Pologne, hérita de laroyauté. Mais, en s’emparant du trône, il ne voulut pas se désister des possessions de Posen, Kalisz et Gnèzne. Le gouvernement de ce prince fut intolérable par ses excès et par ses vices; les Polonais le chassèrent, et proclamèrent roi Kasimir I le Juste, frère de Miéczyslas ; et Othon, fils de ce dernier, eut en partage le gouvernement de la Grande-Pologne. La ville de Posen fut favorisée par ce choix; Othon affectionnait cette ville, et en fit son séjour habituel. Ce prince succédait à Wladislas-Jambes-Déliées, duc de Posen, qui, après avoir régné trois ans à Krakovie, céda le trône à Leszek-le-Blanc, pour se retirer à Posen, où il mourut (1251).
Przémyslas, petit-fils d'Othon, hérita du gouvernement de la Grande-Pologne, et à sa mort, arrivée en 4247, ce fut son fils Przémyslas, appelé Posthume, qui eut le duché de Posen. En 4253, comme on l’a vu précédemment, il transporta la ville de la rive droite sur la rive gauche
de la Warta. Le nouveau quartier fut embelli par ses soins ; il protégea Posen, il l’enrichit, mais tous ces bienfaits sont effacés par le souvenir d’un meurtre! Przémyslas avait épousé Ludgarde, nièce de Barnim, duc de Stettin : cette princesse, jeune, belle et toute charmante, devint un objet de haine pour son époux; baine injuste, car Ludgarde était victime de son propre malheur : le ciel lui avait refusé la joie de la maternité, le ciel était resté sourd à ses vœux et à ses prières, et le duc, qui voulait, en perpétuant sa race, donnner un héritier au trône, maudit la femme stérile, et jura sa perte pour se remarier. L'infortunée Ludgarde, qui résidait dans le château de Posen, fut étouffée, par les ordres de son époux, le 44 décembre 1283. Przémyslas se remaria, mais il n'eut pas d'enfant mâle. Plus tard il abandonna le duché de Posen pour occuper le trône de Pologne ; mais il ne jouit pas longtemps de ses grandeurs : ses neveux l'assassinèrent en 1296, treize ans après la mort de Ludgarde.
Wiladislas-le-Bref pouvait ‘prétendre au trône de Pologne; on crut un moment qu'il succéderait à Przémyslas; mais la noblesse, qui l'avait favorisé en 1296, lui fut hostile dans cette circontance, et dans une réunion générale tenue à Posen en 1300, elle donna tous ses votes à Wenceslas de Bohème : ce prince fut donc élu roi et épousa la fille de Przémyslas. Les noces se célébrèrent à Posen; cette ville fit de grands frais pour la cérémonie.
Wladislas-le-Bref n’abandonnait pas ses droits à la couronne; toute la Grande-Pologne embrassa son parti, et à l’aide de ce puissant auxiliaire, il parvint à s'en emparer. Mais Posen restait hostile au nouveau souverain; seule elle luttait, seule elle montrait son inimitié, elle partageait la haine que les ducs de Silésie avaient pour Wladislas-le-
| Bref. Przemko, bourgeois de cette ville, ras-
sembla les mécontents, se mit à leur tête, et ouvrit les portes de Posen aux ducs de Glogau. Wladislas, en apprenant cette rébellion, vient, en 4310, avec ses troupes, devant Posen. Après avoir franchi les remparts et forcé les portes, il entre dans la ville; il fait prendre et punir les principaux coupables, et il rend une ordonnance par laquelle il est défendu aux enfants des bourgeois de Posen de participer aux bienfaits de l'éducation publique. La même ordonnance leur
‘interdit l'entrée des chapitres et des prébendes
ecclésiastiques dans tout le royaume de Pologne,
Cette mesure était terrible pour la bourgeoisie, mais plus tard elle sut regagner les bonnes gràces des monarques; et quant à la ville, elle resta toujours fidèle aux intérêts nationaux bien compris. ù
La sévérité que Wladislas avait montrée aux habitants de Posen encouragea le despotisme de Szamotulski, staroste général de la Grande- Pologne. Cet homme, qui voulait trancher du souverain, tyrannisa la ville de Posen avec une inconcevable persistance. Le peuple porta sa plainte aux pieds du trône, et, à force de supplications, il obtint le renvoi de Szamotulski; le roi confia le gouvernement de la Grande-Pologne à son fils Kasimir, prince royal.
Szamotulski, irrité de sa disgrâce, passa chez les Teutoriques, et, conjointement avec eux, il ravagea les pays qui venaient de lui être enlevés. Wladislas se mit à la tête de ses troupes pour repousser l'agression teutonique ; mais, se voyant inférieur en nombre, il entra en négociations avec Szamotulski : celui-ci témoigne au roi un grand repentir, et lui promet pour l'avenir une fidélité à toute épreuve, s’il consent à lui rendre ses dignités. Le roi lui reprocha ses crimes, mais lui pardonna, à la condition que Szamotulski prendrait parti avec lui contre les Teutoniques. Le 27 septembre 1531, les Polonais livrèrent bataille à Plowcé, et cette mémorable victoire fut due à la conduite qu'avait tenue Szamotulski. En récompense, le roi lui rendit le gouvernement de la Grande-Pologne ; mais la noblesse, qui ne pouvait lui pardonner sa conduite passée, le massacra aux environs de Posen.
Kasimir-le-Grand, successeur de Wladislasle-Bref, accordait à Posen une protection spéciale ; il fit fortifier la ville et réparer plusieurs édifices ; aussi on vit les Poznaniens former une confédération en septembre 1352, pour soutenir la cause du roi, lorsque les ducs de Silésie s’étaient ligués contre lui avec les Teutoniques.
De 1352 jusqu’au règne de Jean-Kasimir, l’histoire de Posen présente peu d'événements remarquables, si on en excepte les faits relatifs aux guerres civiles, guerres si fréquentes en Pologne, et les querelles religieuses proroquées par l’intolérance des Jésuites. Mais, en 1655, une invasion étrangère vint désoler la ville. Charles-Gustave, ennemi de Jean-Kasimir, envahit la Pologne : le 20 juillet, les Suédois se montrèrent sous les murs de Posen. La ville était tant bien que mal fortifiée, et entourée d’eau par
LA POLOGNF.
suite des inondations; au nord de la ville, la Warta se séparait en deux bras de même dimension, et le long du mur de défense, la rivière alimentait un canal qui séparait la ville du faubourg des Tanneurs. La ville comptait alors dix mille habitants, et possédait huit églises et dix couvents.
Elle ne pouvait opposer aucune résistance, car la noblesse de la Grande-Pologne avait déjà passé uné capitulation avec le roi de Suède, et lui avait concédé provisoirement tous les droits de souveraineté sur cette province. Posen fut occupée par les Suédois jusqu'au commencement de l’année 1657, où elle eut une garnison brandebourgeoise, en’ vertu de l'alliance conclue entre le roi de Suède et le grand-électeur ; mais au | mois de juin de la même année, peu avant le traité de Welau, l'électeur donna ordre au maréchal Dorflinger de remettre la ville aux commissaires du roi de Pologne. Posen rentra ainsi sous la domination nationale.
Cinquante ans s'étaient à peine écoulés, qu'une nouvelle invasion des Suédois vint mettre la Pologne à feu et à sang. Christian V, roi de Danemark, Auguste IT, roi de Pologne, Pierre Ier, tzar de Moskovie, s'étant ligués contre la Suède, provoquèrent l'expédition de Charles XII. Ce prince, après avoir conquis une grande partie du pays, occupa la ville de Posen (1703). Les habitants ont gardé mémoire de l’anecdote suivante, et ils la racontent encore aujourd’hui, en montrant une maison qui se trouve sur la grande place. Cette maison à un perron recouvert d'un auvent. Charles XII, après avoir levé le siége de Thorn, vint à Posen, où il demeura quelques instants, et se fit servir à déjeuner dans la maison en question. L'histoire rapporte que le vin de Hongrie n'avait pas été épargné. Après le repas, le roi était en belle humeur, et, dans son accès de gaieté, il se mit à cheval sur la croisée; mais il ne tarda pas à perdre l’équilibre, et sans l’auvent, où il se rattrapa, il serait infailliblement tombé par terre. Une si petite cause, un si grand événement eût entièrement changé la face de l'Europe ! Charles XII mort, et Stanislas Leszezynski, palatin de Posen, n’eût pas été roi, et Pierre [er n'aurait pas eu à célébrer la bataille de Pultava !
Dans la guerre de sept ans, les troupes moskovites passèrent et repassèrent par Posen, en laissant des traces. de leur barbarie. Depuis cette époque, la situation de la Pologne ne cessa
BOMOICNE,
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de s’aggraver, et quand survint le deuxième par-
tage de la Pologne, la Prusse s’empara de Posen. |
En 1794, la Grande-Pologne secoua le joug et seconda dignement les efforts de Koscinszko ; mais après la chute de la révolution, Posen fut encore au pouvoir de l'ennemi, qui la garda jusqu'en 4806.
La même année, l’empereur Napoléon écrasait les troupes de Frédéric-Guillaume IT à Jéna, et faisait son entrée victorieuse à Berlin. Les patriotes polonais se groupèrent autour de l’empereur, et, le 3 novembre, Dombrowski et Wybicki adressaient de Berlin leur mémorable proclamation aux Polonais. Le 7 du même mois, les troupes françaises entrèrent à Posen, et quinze jours après Dombrowski y organisait quatre nouveaux régiments polonais; les autorités prussiennes furent chassées de partout.
Le 27 novembre, Napoléon arrive à Posen, et, le lendemain, les bulletins de la Grande-Armée sont datés de cette ville. Le 2 décembre, premier anniversaire de la bataille d’Austerlitz, il signe, à Posen, l'ordonnance, par laquelle il décrête l'érection du monument dédié à la Grande- Armée. Ce monument est devenu, comme on le sait, le temple de la Madeleine, terminé en 1834. C'est encore à Posen que l'empereur conclut le traité avec la Saxe, du 11 décembre 1806.
Le 19, il forma le royaume de Saxe, et son éleceur, Frédéric-Auguste, . devint roi par la grâce de Napoléon.
La ville de Posen, témoin d'événements si mémorables, forma le chef-lieu d’un départe- . ment du grand-duché de Warsovie : 14815 la trouva avec cette dénomination; mais alors, la Russie, l'Autriche, la Prusse, en se partageant encore une fois nos dépouilles, appelèrent cette fraction de la Pologne le grand-duché de Posen. Le gouvernement prussien établit dans cette ville la résidence du lieutenant du roi, celle de l’archi-président des jugements suprêmes, celle de la régence du cercle de Posen, celle du commandant militaire, celle de l'archevêque et quelques autres administrations subalternes.
La population de Posen est évaluée aujour-
d'hui à 30,000 habitants, dont 12,000 Allemands et 6,000 Juifs.
Les principales villes de la Pologne sont remarquables par leurs églises, et particulièrement Posen. Elle possédait d’abord dix églises qui furent démolies à différentes époques; mais aujourd’hui elle en compte seize, dans lesquelles
nous comprenons deux temples luthérien et calviniste Elle a trois couvents de religieux et trois autres de religieuses.
L'église cathédrale a autant d'importance par son ancienneté que par les souvenirs historiques qui s’y rattachent. Plusieurs fois elle fut la proie des flammes, mais elle fut réparée, et chaque réparation lui ôtait son caractère primitif. La trace des révolutions politiques se retrouve aussi sur ce monument; ces travaux, commencés et. détruits, furent définitivement terminés en
L'église et l’ancien collége des jésuites sont au nombre des curiosités de la ville. Les disciples de Loyola furent introduits à Posen en 1570; peu à peu ils s'enrichirent et parvinrent à élever un collége ; plus tard, le collége devint les bureaux d'une administration gouvernementale, et, en 1806, ce lieu fut habité par Napoléon. Aujourd’hui il est devenu la résidence du lieutenant du roi de Prusse.
L'Hôtel-de-Ville est d’un aspect imposant, son architecture appartient à plusieurs époques, par suite des restaurations. Près de l'Hôtel-de» Ville se trouve un ancien pilori, élevé en 1333. C'est là qu'on attachait les coupables, c’est là aussi que leurs noms sont gravés. Mais on doit dire en l'honneur de la Pologne que les crimes y ont été fort rares; car, dans l’espace de, trois siècles, on ne fit que six exécutions capitales, et le nom des coupables se voit encore sur le pilori.
La ville de Posen possède un gymnase pour cinq cents élèves, un séminaire catholique, une école préparatoire pour les instituteurs de villages, quatre librairies, trois imprimeries, deux journaux polonais et un journal allemand. Quant aux bibliothèques, elles sont en général peu considé- . rables, si on en excepte le bel établissement fondé par M. Edouard Raczynski : ce citoyen, l’un des plus riches de la Grande-Pologne, consacra sa fortune à la propagation des sciences et des lumières. Il fit l'acquisition d’un terrain, et fit élever un édifice dont la façade principale est copiée sur celle du Louvre. Là est la belle &:bliothèque des Raczynski; elle possède de riches collections, et compte aujourd’hui 25,000 volumes, Le fondateur a créé sur sa fortune une rente perpétuelle pour le maintien de la bibliothèque, et, non content de cette offrande toute patriotique, il rend encore d’immenses services à l'histoire nationale en publiant plusieurs mémoires relatifs à différentes époques. Certes,
voilà un bel exemple à imiter. Quoi de plus hono- | ce genre est rare. Nous voudrions avoir plus sou.
.rable que ce dévouement à la science, que cet amour des souvenirs nationaux! L’illustration dans
vent de pareils noms et de si belles actions à enregistrer.
LES ARMÉNIENS À IAZLOWIEC.
( Prononcez : IASLOVIÉTZ. )