TOME H
sera mal son temps. Ce peu de paroles, prononcées d’un sang-froid qui prouve l'ingratitude de ce monarque, donnera une idée du caractère de Louis XIII.
Les diverses circonstances dans lesquelles se trouva la princesse indisposèrent Wladislas ; il feignit une attaque de goutte, et voulut renvoyer en France l'épouse qu'il s'était choisie. Mais la maréchale de Guébriant agit avec une adresse admirable ; elle parvint, à force d’instances, à déterminer Wladislas à recevoir la princesse. Celui-ci, en reconnaissance de la conduite qu’avait eue madame la maréchale, ordonna qu’elle füt traitée comme l'avait été l’archiduchesse d'Inspruck, sœur du grand-duc de Toscane, lorsqu'elle lui présenta sa fille, devenue reine de Pologne.
En exhumant les souvenirs du passé, nous rappelons à la mémoire des contemporains des détails curieux sur l'entrée des ambassadeurs polonais à Paris. Tous les événements qui ont uni les deux nations à différentes époques nous sont précieux ; ils sont les premiers chaïnons de cette sympathie qui nous soutient et qui nous console dans nos jours de souffrance et d'espérance.
Le dimanche 29 octobre 1645, M. de Berlize, l'un des introducteurs, se rendit à onze heures du matin, avec les carrosses du roi, à l'hôtel d'Elbeuf, parce que le duc de ce nom et le prince d'Harcourt, son fils, avaient ordre de recevoir les ambassadeurs polonais qui avaient diné à Reully, à la maison appartenant au sieur de Rambouillet. Un différend survint entre les ambassadeurs et le duc d'Elbeuf; celui-ci prétendait les rencontrer en chemin, et les ambassadeurs ne voulurent point partir ni monter à cheval avant que le duc les eût salués à Reully. Quoique la prétention du duc fût nouvelle, 11 fallut la régler, et le jour était sur son déclin lorsque les ambassadeurs entrèrent à Paris par da Porte Saint- Antoine.
Girault, adjoint des introducteurs, fit ranger la troupe, qui était à cheval, se plaça à la
tête , et la fit marcher dans l'ordre suivant :
Le capitaine des heïduques ( ou gardes du palatin de Posnanie) était aussi ambassadeur, il se présenta le premier, et ouvrit le cortége.
Il était vêtu d’un dolman ou justaucorps de satin jaune, recouvert d’un long manteau doublé de martre-zibeline; le bonnet qu'il portait sur la tête était de drap d’or, fourré ainsi que le manteau, et orné de plumes de héron, soutenues et attachées avec une agrafe de pierres fines. Il tenait à la main un busdigan, espèce de massue dont chaque extrémité était garnie d’argent doré. Un cimeterre magnifique, chargé de grosses turquoises, pendait à son côté. Son cheval était sellé et houssé de drap semé de broderies d'or ; les deux étriers à la polonaise étaient larges et d'argent massif; la bride, le poitrail et la croupière, enlacés de chaïnons d'argent admirablement travaillés. Une longue épée tombait d'un côté de la seile. Sa compagnie, composée de trente hommes, marchait à pied. Ils étaient vêtus d’un zupan de drap rouge. Les manches de l'habillement, ouvertes sur l'épaule, flottaient gracieusement; le manteau, de la même couleur et de la même étoffe, était retroussé sur l'épaule et retenu par huit boucles d'argent; ils avaient le bonnet en tête, garni de fourrure, au-dessus de laquelle on voyait une lame d'argent au lieu de plumes. Pour armes, ils portaient une carabine sur l'épaule droite, et une lourde hache sur la gauche. Leur tête était rasée; une longue mèche de cheveux était conservée au sommet pour ornement du chef; leurs moustaches étaient trèslongues.
Quatre hommes marchaient dans le même costume, portant chacun une enseigne de deux couleurs également partagées, jaune et rouge. Six fifres suivaient ceux-ci, puis marchait l’évêque de Warmie. Un autre ambassadeur suivait, couvert d’un zupan de satin cramoisi et d’un manteau en velours de la même couleur, fourré de martre zibeline; son bonnet, aussi richement orné que celui du premier capitaine, son cheval, le reste de l'équipage, ainsi que sa compagnie, ressemblaient parfaitement à ceux du précédent. L'habillement différait seulement par la couleur, et, au lieu de huit boucles d'argent, ils en portaient seize de chaque côté.
Del Campo les suivait avec les gentilshommes de son académie. Immédiatement après venait le capitaine des carabiniers de l'ambassadeur palatin, vêtu d’un justaucorps d’étoffe en soie in-
carnat; le manteau, en velours vert, était magnifiquement brodé d’or, le bonnet vert garni d’une aigrette assez touffue. Il montait un cheval admirablement harnaché; un riche cimeterre pendait d'un côté, et un autre aussi beau était attaché à la selle. Sa compagnie, composée de vingt-six hommes habillés de drap rouge galonné, le suivait à une certaine distance; ils étaient armés de carabines, l'épée à la ceinture, et le grand cimeterre attaché à la selle.
L’écuyer de Vaux marchait avec les gentilshommes de son académie; leurs chevaux superbes étaient parés de glands d'or.
Trzeciecki,premier gentilhomme de la chambre du même ambassadeur, s’avançait vêtu d’un zupan de satin violet; son manteau sans collet était en tabis de la même couleur, doublé de martre. IL tenait àla main un marteau d’acier, dont lemanche était doré. Son épée et son cimeterre couverts de pierres fines ajoutaient à l'éclat qui l’entourait ; la selle, en drap de soie violet, couverte de broderies d'argent, ainsi que la housse, qui tombait jusqu’à terre, ne laissait pas moins voir l'élégance du cheval. Il conduisait vingt-quatre hommes de la chambre de l'ambassadeur, et cette marche si brillante paraissait devenir de plus en plus magnifique, à mesure que le cortége avançait.
La compagnie de Trzeeiecki était habillée de dolmans de satin jaune, très-amples, allant à merveille à ceux qui les portaient ; le manteau fait en velours cramoisi, doublé ainsi que le dolman ; il était garni de boutons d’or à queues d’un fil du même métal; tous montés sur des chevaux choisis, superbement harnachés. Ils étaient porteurs d’un arc, et d’un carquois de velours garni de flèches dorées. |
Hornolfiniet son académie suivaient Trzeciecki; ils étaient devancés par le premier gentilhommede l'évêque de Warmie. Celui-ci vêtu d’un zupan de satin blanc bordé d’une large bande de fourrure, surmontée d’une lame d'argent. Son manteau de velours amaranthe doublé de toile d'argent. A la main il tenait une massue d’or élégamment ciselée. Seize gentilshommes formaient la suite ; leur zupan était de satin gris de lin parsemé de broderies argentées; le bonnet de velours vert avec un bouquet de plumes d’autruche; leur monture ne différait pas de celle des autres; leurs armes étaient étincelantes d'or et de pierreries, et l'admiration croissait à chaque pas des nouvelles compagnies.
Un peu plus loin on aperçut Memon avec son
académie ; puis six trompettes, dont trois du palatin, vêtus de zupans de satin jaune ; bonnets et manteaux de drap rouge accompagnés de broderics, Les trois autres trompettes avaient des zupans de satin blanc, bonnéts et manteaux en drap vert. Les banderoles des trompettes, parsemées d'or et de soie, portaient les armes de leur maître.
Bilinski, écuyer du palatin, faisait mener devant lui un cheval turc blanc de toute beauté. I] marchait lentement en balançant sa tête chargée d'un bouquet de plumes de héron. Une énorme rose de rubis entourée d’autres pierres fines couronnait son front, et éblouissait les yeux des spectateurs. Bilinski portait un costume d’une magnificence extrême, quoique les couleurs en fussent plus sérieuses. Son zupan, en satin d'un rouge pourpre, était bordé de martre brune à reflets argentés; le manteau jeté sur ses épaules
était d'un velours gris-de-fer, fourré de la même.
martre, et retenu par des ganses d'or; de gros glands pendaient aux extrémités de ces mêmes torsades, et son bonnet était d’or mat.
La selle de son cheval turc, de brocart d’or, était parsemée d'une grande quantité de turquoises et de diamants ; la housse en broderies d’or gracieusement dispersées çà et là sur le fond ; a bride, la croupière et le poitrail étaient cou- Jerts de chainons et de lames dorés si ingénieusement travaillés, qu'ils étaient aussi souples et aussi flexibles que s'ils eussent été de cuir. Ce modèle des coursiers était fourré d'argent, et portait à sa selle une épée de grande dimension, dont le fourréau d'argent massif était incrusté d’émeraudes et de rubis.
À quelque distance, trois musiciens, habillés de satin de diverses couleurs, ouvraient la marche de plusieurs gentilshommes polonais, se trouvant à Paris comme voyageurs; ceux-ci étaient vêtus à la française.
Le comte de Noailles, que la princesse Marie- Louise de Gonzague avait envoyé à la rencontre des ambassadeurs, se trouvait à la tête de la moitié de l'académie du maréchal de Poix, conduite par le baron de Biron en l'absence de l’écuyer. L'autre moitié marchait sous les ordres du comte de Barrauit, envoyé par la même princesse.
Le colonel polonais Szodrowski, capitaine des gentilshommes d'honneur du palatin de Posnanie, se présenta après la cour de la princesse. 11 montait un cheval turc dont la robe était moitié blanche et moitié isabeline, selle de broderies couvertes de petits croissants d'argent doré, Le
colonel, vêtu de toile d'argent très-brillante, était coiffé d'un bonnet en même tissu, doublé de martre zibeline, garni de deux superbes plumes de héron; de riches pierreries en forme d'étoile, placées au-dessous du bouquet de plumes, paraissaient le soutenir.
Trois hommes marchaient à pied à ses côtés ; leurs casaques dorées à la turque ne formaient également qu’une nappe d’or éblouissante; ils avaient pour armes une longue hache, dont le manche était incrusté de turquoises et d’une infinité de pierres aussi rares.
Jamais Paris n'avait vu tant de magnificence ; tout le luxe somptueux d'Orient semblait s'être réuni dans cette capitale, et de quelque côté que les regards se tournassent, ils ne découvraient que l'or et les pierreries les plus étincelantes.
Alors se firent voir des seigneurs que le roi, la reine, le duc d'Orléans, le prince de Condé et le duc d'Enghien avaient envoyés au-devant des ambassadeurs. Immédiatement après parurent Opalinski, cousin du palatin; Alexandre Sielski, maître d'hôtel de l’évêque, et Stanislas Kostka, comte de Steimberg. Ils étaient habülés de justaucorps verts; par-dessus, une veste de brocart d’or à fleurs, garnie, depuis le haut jusqu’à la taille, de boutons enrichis de diamants, d’émeraudes et de rubis; leurs bonnets étaient chargés de grandes aigrettes. Ils montaient des chevaux turcs harnachés en lames d’or couvertes de diamants, ayant au cou des chaînes d'argent doré, qui les entouraient plusieurs fois.
Adrien Slupecki, neveu de l’évêque, Evariste Belzki, François Ciszwicki, Stanislas Watta, camérier du palatinat de Posnanie et maréchal de l'ambassade, étaient montés et vêtus aussi élégamment que les précédents.
Jean Traginski était couvert d'une veste de brocart d’or fourrée de zibeline, ainsi que le bonnet orné d’un bouquet de plumes de héron, dont le bas resplendissait de diamants. Son cheval turc avait uné bride d’or toute façonnée; la selle ét la housse de velours cramoisi étaient semées de croissants d'étoiles dorées et argentées. Son front était orné d'une enseigne de diamants et d’une touffe de plumes. Le coursier fut encore plus admiré par son adresse et son agilité, que par sa beauté et ses ornements. Son cavalier le fit mettre à genoux ; il baissa la tête jusqu’à terre en passant devant le Palais-Royal; il agita son élégant panache, et parut saluer avec respect le roi et la reine placés à l’un des balcons, pour jouir du
brillant spectacle de cette majestueuse cavalcade.
On admira aussi plusieurs autres grands seigneurs, parmi lesquels se trouvèrent Morsztyn, Jean Czarny Zawisza, Orzechowski, neveu de l’'évêque, et Dienheim Chotomski.
Le secrétaire de l'ambassade, vêtu avec maguificence, et fort avantageusement doté par la nature, accompagnait Roncagli, ministre résident de Pologne, dont le cheval, harnaché de velours noir, était conduit par le marquis de Miossens, lieutenant des gens d'armes du roi, On vit encore Cieklinski, noble sénateur de la république de Pologne, vêtu de toile d’or fourrée de Jynx, le bonnet en velours gros bleu, et monté sur un cheval arabe supérieurement paré.
Le prince Radziwill et Zamoyski, fils du grandchancelier de Pologne, suivaient Cieklinski, et étaient tous deux habillés à la française d’une manière fort recherchée.
Ce fut alors que parurent les deux ambassadeurs, ayant devant eux le sieur de Berlize, et à leurs côtés le duc d'Elbeuf et le prince d'Harcourt son fils.
L’évêque, la main appuyée sur son collègue, était revêtu de ses habits les plus beaux. Une robe de soie violette, la plus magnifique qu’on puisse voir, tombait jusqu'à ses pieds; il portait un Lonnet gris sur la tête, et avait sur l'épaule une large fourrure d’hermine doublée de satin blanc. Autour de son cou était un collier de diamants, et sur sa poitrine brillait une croix d’or admirablement travaillée.
Le palatin avait une casaque de brocart d'or, couverte de pierreries si étincelantes, qu’elles paraissaient surpasser l'éclat de celles que nous avons déjà tant.admirées. Son sabre et ses étriers, couverts de saphirs d’un bleu céleste, se détachaient de la housse qui couvrait un cheval d’une rare beauté. Ses pieds avaient quatre fers d’or massif, dont l’un se détacha dans la rue, n'ayant été cloué peu solidement que pour faire preuve de luxe. Puis, venaient des carrosses parmi lesquels on en remarqua six plus extraordinaires.que les autres, par l'équipage et larichesse des harnais.
Les voitures étaient remplies par les personnes de la suite de l'ambassadeur, telles que les .confesseurs, les médecins, quelques Jésuites, et autres ecclésiastiques tant allemands que polonais; tous élevés aux grandes dignités.
. Parmi les chevaux, il y en avait quatre tures; vingt-trois étaient ferrés d'argent et tous magnifiquement ornés.
Ce fut dans cet ordre éclatant et unique que les ambassadeurs traversèrent presque toute la ville de Paris ; c'est-à-dire depuis la porte Saint- Antoine jusqu’à la rue Neuve-Saint-Honoré, où ils descendirent à l'hôtel de Vendôme. Dès qu'ils furent arrivés, le roi les envoya complimenter par M. de Liancourt, premier gentilhomme de la chambre du roi, et la reine leur adressa le comte d'Orval, son premier écuyer.
Deux jours après cette entrée triomphale, les ambassadeurs obtinrent leur première audience ; elle fut accompagnée des mêmes. cérémonies qu'à leur entrée; à l'exception cependant que les principaux seigneurs furent choisis et invités par le duc de Joyeuse à monter dans les carrosses de la cour.
Tous les princes et tous les grands de la cour de Louis XIV furent prévenus de se rendre au Louvre, où résidaient Leurs Majestés. Le grandmaître des cérémonies de Rhodes accueillit l’ambassade tambour battant. Cent Suisses, commandés par le lieutenant Sainte-Marthe, étaient rangés avec un ordre parfait au pied du grand escalier du Palais-Royal. Les ambassadeurs y rencontrèrent le marquis de Chaudenier, capitaine des gardes écossaises ; il.se plaça devant le grand-maître des cérémonies, et les deux ambassadeurs de Wladislas IV, conduits par le duc de Joyeuse, entrèrent dans la galerie. À mesure que les seigneurs polonais pénétraient dans la galerie, le grand-maître des cérémonies royales les faisait placer en haie afin de laisser un libre passage aux envoyés du roi de Pologne.
Ceux-ci, après avoir respectueusement salué le roi et la reine, prononcèrent des discours en latin, et présentèrent leurs lettres de créance. Le comte de Brienne, secrétaire d'Etat, les prit des mains de Leurs Majestés, et fut chargé par elles de les déposer dans les archives du royaume.
Au sortir du Palais-Royal, les ambassadeurs se rendirent à l'hôtel de Nevers pour présenter leurs hommages à la belle princesse de Mantoue, qui voulut bien les recevoir à l'entrée d'une salle richement décorée. Ils lui parlèrent en latin, et la prièrent humblement d'accepter une croix en diamants de la valeur de 400,000 écus.
L’évêque d'Orange répondit à la harangue des ambassadeurs, et la princesse leur future reine les conduisit jusqu'au milieu de la salle où elle les quitta. Le 27 novembre 1645, elle était déjà sur la route de Pologne.
Cazistre NALENCz-BorzEwWskI.
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L'ARRIÈRE-BAN OU POSPOLITE RUSZENIE, LA CONFÉDÉRATION OU ZWIONZEK, LA MUTENRIE OU ROKOSZ.
La phrase que M. Léon Thiessé a placée ! comme des instruments de la tyrannie de quelque
comme épigraphe à la tête de son Résumé de l'Histoire de Pologne, résume parfaitement le caractère politique de la nation polonaise, dont l'existence entière fut un long combat pour la liberté. Elle eût pu, dit M. Thiessé, comme le plus grand nombre des sociétés modernes, acheter, par le despotisme, le repos et la sécurité ; mais elle ne crut pas la liberté trop chère, au prix des orages politiques et des discordes civiles. Jalouse de ses droits, jalouse même de leurs abus, elle aima mieux subir les périls d’une constitution imparfaite, que de courir les hasards d’une réforme dont le pouvoir arbitraire eût pu se prévaloir... Aussi ses annales présentent-elles un drame plein de chaleur et de mouvement.
Souvent on se croit transporté à Sparte, à Rome ; on voit l’orageuse tribune ; on assiste aux combats de la parole; on observe l'arène ensanglantée. Souvent les partis s’arment, se heurtent ; il semble que la société tout entière va se dissoudre ; mais bientôt, comme par l'effet d’un pouvoir magique, le calme sort de la tempête même ; quelquefois, avee un sentiment de surprise, on voit une population immense se lever spontanément en masse, former une ligue, entrer en campagne, et, dans ces mouvements de guerre civile, n’exercer cependant qu'un pouvoir légal et reconnu par la constitution. La Pologne en effet est, pour l’homme accoutumé à la marche régulière des sociétés modernes, un phénomène continuel. Le désordre même y a ses règles, la guerre civile-y a son code. Placée sur les confins de l’Europe civilisée, vrai boulevard du monde chrétien contre les invasions des barbares, la Pologne n’est jamais parvenue à organiser une armée permanente : elle eut en beaucoup de circonstances des soldats nombreux, mais presque jamais des troupes régulières et disciplinées. On faisait consister la séeurité et l'intégrité de la patrie sur la pointe des sabres ; on abandonnaïit les ports maritimes, et on négligeait les forteresses, les regardant comme des écueils contre lesquels l'idépendance. nationale pouvait se briser, et
ambitieux qui voudraient imposer des fers à Ja république. Tout y était libre et ouvert. — La fertilité du sol polonais appelait à l’agriculture ; les agressions des voisins et les invasions des barbares amenaient des guerres continuelles ; de là deux classes différentes dans la nation : celle d'agriculteurs longtemps libres, ensuite réduits à l'esclavage; et celle d'hommes de guerre ou la noblesse. Celle-ci, combattant sous les yeux des rois, alors maîtres de toute la terre polopaise, recevait, à l'exclusion du reste des citoyens, comme partout ailleurs, des donations, des-dignités et des récompenses. Tant que des rois énergiques tinrent les rênes de l'Etat, cette noblesse fut retenue dans les bornes convenables; mais à la suite du partage de la Pologne par Boleslas IIL, à la suite du morcellement de l'autorité suprême, à la suite de la vénalité de la couronne, le pouvoir de cette noblesse, en croissant, en envahissant tout, en pesant sur tout, rompit l'équilibre entre elle, le peuple etle trône. L’accroissement des richesses et du pouvoir d'une partie de la nation motiva l’assujettissement de l’autre, et l’'ébranlement de l’ensemble, — Dès lors une seule classe constituait l'Etat, une seule classe formait la nation libre et souveraine : ces deux cent mille gentilshommes, libres et égaux entre eux, réglaient les destinées du pays, conduisaient les affaires publiques, remplissaient toutes les fonctions religieuses et civiles, et se réservaient à eux seuls le droit de porter les armes, de combattre l'ennemi et de mourir pour la patrie.
Les. Polonais sont nés pour la guerre — « Ils en adorent le fruit » — a dit un ancien histerien, Quand l'ennemi menaçait le pays, le roi envoyait les vici, ou les ordres à la noblesse de se tenir prête à la guerre, de monter à cheval, et de se rendre sur les lieux de sa destination.
On donnait le nom: de pospolite à cette levée de boucliers. Avant l'invention de la poudre et des armes à feu, quand le sort d’un comhat se décidait par le choc et le conflit d'un individu avec l’autre, la dextérité, la souplesse, et la
force physique que les Polonais acquéraient dans les tournois, étaient suffisantes pour les faire triompher de leurs voisins, pour défendre et étendre même les frontières du pays. D'ailleurs il était facile aux rois de réunir, au besoin, un nombre d'hommes nécessaires pour conjurer l'orage ; il leur était facile de les congédier quand le danger était passé. Les victoires qu’on remporta sans peine sur l'ennemi, pendant des siècles er. tiers, accréditèrent l'opinion que, sans avoir besoin d'entretenir une armée prête au combat, sans administration, sans finances, il suffisait de monter à cheval pour repousser l’agression. La lenteur avec laquelle s’assemblaient ces levées faisait manquer les plus belles occasions; les rébellions, les dispersions des soldats qui n’obtenaient pas leur solde, détruisaient les plus brillantes expéditions, nécessitaient des oppressions nouvelles, occasionnaient des calamités sans fin. Et quoique souvent le courage naturel du Polonais, électrisé par le sentiment du bien commun, désarmât l'ennemi et gagnât des batailles, la gloire était pour les vainqueurs, l'avantage pour les vaincus.
Toute la force militaire consistait en cavalerie qui était de trois sortes : les husards, les cuirassiers et les kosaks; l'éclat et le luxe des armures et des chevaux caractérisaient les deux premières : « Cette noblesse, dit un auteur français du xvirre siècle, est leste et courageuse : elle marche couverte de peaux de tigre, de léopard et de panthère ; les chevaux sont vifs et superbement harnachés; mais ces gentilshommes sont peu soumis aux ordres de leurs chefs. [is négligent impunément de se rendre au lieu fixé par les lettres de convocation; et lorsqu'ils ne sont pas payés, ce qui arrive presque toujours, ils se retirent sans congé. Leur marche n’est pas plus régulière. Ils commettent mille désordres dans le royaume même, et comme il n’y a jamais de vivandiers dans une armée polonaise, et qu’on ne fait point de magasins, ils pillent de tous côtés. » — Wladislas Jagellon, qui ne possédait pas encore la Prusse, la Poméranie, la Kourlande et la Livonie, mit en mouvement contre les chevaliers cent cinquante mille nobles ; son fils Kasimir anéantit la puissance de l’ordre Teutonique avec l'appui de soixante mille nobles ; et quatrevingt mille suivirent Jean Albert dans la malheureuse expédition contre les Walaques. — Comme H n'y avait pas d'organisation militaire, chacun s'équipait et s’armait comme il pouvait. — Dans