‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 38 sur 180 · TOME Ii · texte numérisé non relu

TOME Ii

historiques : guerres, invasions, révoltes, massacres ; témoin du patriotisme le plus héroïque et des incursions les plus barbares, se présente à nos yeux sous des couleurs si vives, que nous craignons vraiment de l’aborder dans un cadre aussi resserré, tant la tâche de les rendre avec fidélité nous paraît difficile.

Si l’on prend une carte géographique d’Europe, et que l’on marque de son index le pays situé entre les 200 ec 28° de longitude est du méridien de Paris, et les 46° et 52° de latitude nord, on aura devant soi la contrée que nous allons décrire. Ce pays descend du versant nord-est des Karpates et s'étend vers les rives du Dméper et de la mer Noire. Ses eaux courent vers les marais qui forment ses limites, sépanchent dans le Prypéç et rentrent, par le lit de ce dernier, dans le sein du Borysthène. Cette inclinaison générale vers le midi a diverses pentes, dont il est bon d'indiquer les ramifications ; le cours des rivières nous aidera dans cette tâche.

Le San est le dernier fleuve, à l’est, qui sort des hauteurs des Karpates ; il se dirige vers le nord afin de porter le tribut de ses eaux à la Wistule. Près de lui e Dniester (Tyras) prend naissance ; il court d’abord au nord, s'arrête, décrit un demi-cercle, serpente vers l'orient jusqu'à Yampol, et de là, franchissant les cascatelles, atteint rapidement son liman (petit golfe), qui débouche près d’Akerman, dans la mer Noire. Nombre de petites rivières lui apportent leurs eaux; elles accourent des Karpates et des monticules dont Léopol est le principal. Le bassin du Dniester touche de sa tête Przémysl ; de son flanc droit, les Karpates et les bassins du Pruth et du Sereth, tributaires tous deux du Danube ; de son flanc gauche, les monticules de Miodobor en Podolie et le bassin du Boh; ses pieds se perdent dans les alluvions de la mer Noire.

Le Bug s'échappe des monticules de Léopol,

court vers le nord, entraine dans sa marche rapide les ruisseaux qui lui arrivent de l'ouest, près de la ville de Nur, en Mazovie, joint le Narewà Seroçk, pour se perdre ensemble dans le vaste sein de la Wistule, sous les remparts de Modlin. Le lit de ce fleuve a peu de profondeur ; il existe bon nombre de gués, et ses eaux forment des bras multipliés jusqu'à Krylow (frontière du royaume de Pologne actuel et de Wolhynie), où le lit se rétrécit et s'enfonce de plus en plus, puis il devient navigable. Ses rives sont partout abordables. La largeur moyenne du fleuve ne dépasse pas 6Ù toises, et il porte des bateaux du poids de 800 à 1500 quintaux. Le Bug parcourt en ligne directe 123 milles de Pologne.

Le Boh (Hipanis), dont le nom ne diffère du précédent que par la prononciation, et qu’on appelle quelquefois le Bog russien, tandis que le nom du véritable est tiré du polonais, prend-sa source dans les monticules de Miodobor, près des confins de la Wolhynie et de la Podolie. Son penchant est oriento-méridional ; il entraîne avec

lui peu de rivières, attendu que le terrain qu'il:

traverse est granitique. Sa marche est rapide et son lit accidenté par de nombreuses cascades qui le rendent impropre à la navigation. Cette rivière parcourt ainsi près de 400 milles, et se perd dans le liman du Dniéper.

Le Prypeç coule de Pouest à l’est par un pays plat et le plus marécageux de la Pologne. Il forme

la frontière septentrionale de la région que nous

décrivons, et se grossit en route de quinze rivières, d’où dérive son nom qui veut dire : trois lois cinq (Trypiat, en idiome russien). La souree des rivières qui lui affluent du midi se trouve ‘sur le versant septentrional des monticules de Miodobor. Le Prypéç arrose 87 milles de pays, et

cette rivière, jointe par le canal d’Oginski au Nié-

men, et parle canal de Muchawiec au Bug, sert de point central à la navigation entre:la Baltique et la mer Noire. |

Le Dniéper (Borysthène), le: plus grand fleuve de Ja Pologne, forme ‘en partie sa limite oriënaie du nord au sud dans une étendue de 578 milles, dont 250 sont navigables. Sa source s’élève de 1250 pieds au-dessus dela mer où ‘il débouche. La navigation sur ce fleuve devient parlois complétement impraticable, surtout dans la saison des eaux basses et dans la païtie qui va depuis la ville d'Ekaterynoslav jusqu'à Alexandrovsk, à cause des grands rochers qui surgissent. à 10 ou 45 pieds au-dessus de x surfube

du fleuve et qui en obstruent le passage. Ces cataractes s'appellent, dans la langue vulgaire, Porohiou Porogui (seuils); elles sont au nombre de treize. On a fait sauter la plus haute, et, pour les autres, on s'occupe de pratiquer des écluses. Au-dessous des Porohi, en se dirigeant vers l'embouchure, on rencontre soixante-dix îles situées sur le fleuve et habitées jadis par les Kosaks zaporogues (mot qui veut dire habitants au delà des seuils : transcataractiens). Le Dniéper débouche dans la mer par le liman de son nom, Ce liman

k est long de 45 lieues et large de 2 1/2; ses eaux

n'ont que 8 pieds de profondeur.

Les cinq bassins du Dniester, du Bug, du Bob, du Prypéc et du Dniester entourent et arrosent, avec leurs nombreux affluents, le pays qui- nous occupe. Leurs eaux se répandent dans tous les: sens, et, si elles ne sont d'aucune utilité pour. la. navigation intérieure, leur cours est néanmoins pour la culture d’une valeur inappréciable. En outre, elles rafraichissent l'air, excepté vers les: extrêmes frontières du nord-er du midi, où les eaux sont stagnantes. Les marais du Prypéc et les lacs situés dans le: gouvernement de Kherson mériteraient un soin particulier de la part de tout: gouvernement désireux d'assurer le bien-être et, la salubrité du pays.

La région que nous décrivons est partagée ensix provinces et régie par trois administrations. distinctes, quasi-polonaise, autrichienne et mos-. kovite. | ‘La première contrée s’offrant à nous se come pose des trois arrondissements du palatinat de Lublin, dans le royaume de Pologne, qui fai-. saient jadis partie dela terre de Chelm (prononcez: Khèlme }, et du palatinat de Belz. Ces trois arrondissements de Krasnystaw, Hrubieszow et de Zamosce ont en étendue 21,860 milles carrés géographiques, et comptaient, en 1835, ; 348,924 habitants (1465 par mille carréi)21 Leurs rivières: principales sontu: le: Bug, qui: forme la frontière de la Wolhynie; de Wäeprs;,

| qui court à l'ouest, verssla Wistule ; Chuczwa,

son affluent ; Fanew, tributaire du San. Le:sol; marécageux vers les, confins septentrionaux; offre des 'terrains cerayeux aux environs de; la} ville de Chelm, bâtie sur une montagne de même nature. Plus haüt, vers Fe midi; la! forteresse de Zamosc est entourée de:marais. À-sepl lieues à : l'ouest, à Frampol, on trouve plusieurs carrières: de pierre de uaille, qui fournirent des matériaux pour la:construction de la forteresse. L'agricul-:

turê occupe principalement les habitants ; l'industrie est presque nulle.

Neuf arrondissements de la Galicié, c'està-dire Zolkiew ( faisant partie de l’ancien palatinat de Belz), Przémysl, Sambor, Lwow, Stryi, Stanislawow, Zloczow, Brzezany et Kolomyia, composaient l'ancien palatinat russien ou de Léopol, et ont une étendue de 76,865 m. c. g. avec 4,947,439 habitants (2,536 par m. c.). Ce pays, appelé Russie-Rouge, est généreusement doté par la nature; il ne lui manque que ce qui dépend de l'homme, l'industrie. Le versant septentrional des Karpates recèle dans ses dancs de riches métaux; on y trouve des mines de fer, de zinc, d’étain, de cuivre, d'argent et même d’or, qui s'échappe parfois en paillettes du flanc des montagnes, et se mêle au cours des rivières. Les sources et les étangs salés abondent; les eaux ferrugineuses, sulfureuses, aigres (aquæ acidulæ) jaillissent de nombreuses sources; le sol produit toutes sortes de grains, et les bois couvrent un tiers du pays. ( Voyez les KARPATES et LÉOPOL, vol. I, p. 447 à 421, et 457 à 464. )

A l'est de l’ancien palatinat russien s’étendait la Podokhe, dont les limites différaient de celles qui comprennent aujourd'hui le gouvernement de ce nom. Elle se composait de trois districts, Kamiéniéc, Latyczow et Czerwonygrod, et était fermée à l'est par la rivière Morachwa ( Morakhva) qui se perd dans le Dniester, près d'Yampol. De nos jeurs on a enclavé dans ce gouvernement de Podolie l'ancien palatinat de Braçlaw (Bratzlave), et on en a retranché, du côté de l’ouest, l’ancien district de :Czerwonygrod, qu'on a partagé en deux arrondissements, Tarnopol et Czortkow, faisant pate de la Gallicie autrichienne.

Le gouvernement actuel de Podolie s'étend sur 750 miles €. g..de superficie, et compte 4,400,000 habitants ; en y adjoignant les deux arrondissements sus-mentionnés, il en résultera que la Podolie contient aujourd'hui 85,462 m. c.g., et 1,784,789 habitañts (2,089 par im. c. ).

La Russie-Rouge et la Podolie furent appelées de tout temps #erres où coulent le lait et le miel, et leur fertilité en toute espèce de produits naturels leur avait valû cette métaphore. La Podolie surtout abonde en grains et béta; les bœufs et le blé géant de Podolie ont une renommée européenne.

il ne mauqüe à ces pays qu'un gouvernement

cache entièrement ;

national, fort et éclairé, pour en faire une des plus belles contrées de l'univers.

Le pays qui s'étend à l’est de la Podolie, vers le Driéper, et qu'on nomme le gouvernement de Kiüow, s'appelait jadis l'Ukraine polonaise, pour le distinguer de l’Ukraine russe, c'est-à-dire moskovite, située de l’autre côté du Dniéper, vers.le Don, et qui comprend trois gouvernements, Czerniechow, Poltawa et Charkow ( Kharkoff). C'est, à proprement parler, le pays des Kosaks, appelé Petite-Russie. Les Polonais le nommaient Ukraine, parce qu'il était situé sur les confins de leurs frontières; Ukraine (Ukraina) veut dire en polonais contrée située sut les bords du pays. L’Ukraine polonaise cis-borysthénienne est encore plus fertile que là Podolic; le sol n’y réclame aucun engrais, il est imprégné de salpêtre, et vivifie merveilleusement la culture du: blé : pour remuer la terre, il faut atteler six et huit bœufs à la charrue, tant elle est grasse. Les pâturages fournissent une nourriture abondante aux bestiaux, qui se font remarquer, surtout Îcs bœufs, par leurs cous énormes et leur poil gris. Les herbes y eroissent si haut, que le bétail s'y souvent les habitants les brülent, afin d'étendre la culture du blé. Le mûùrier vient avec facilité ; depuis quelques années on s'occupe activement de la fabrication de la soie, et-on a déjà obtenu des résultats satisfaisants.

‘Le gouvernement de Kiiovie contient 936 m.

c. g., et compte 4,550,000 habitants (1421 par m. C.).

Il nous reste encore à esquisser deux provinces, la Wolhynie et les Champs-Déserts, actuellement le gouvernement de Cherson et partie de celui d'Ekaterinoslay ; la première au nord, Ja seconde au midi de la Podolie et de l'Ukraine.

La Wolhynie s'étend à Test du Bug, vers le Dniéper, et contient les trois arrondissements russiens du palatinat de Lublin. Sur un terrain de 1300 m. c. g. on compte 1,300,000 habitants (1,000 par m.c.); on voit que la population y est moindre que dans la Galicie et la Pedolie.Le sol, quoique très-fertile, n’égale pot en production les provinces précédentes. En descendant vers le Prypéç, le pays devient de plus en plus sablonneux et marécageux ; les bois eries pâturages permettent de se livrer avec fruit à l'éducation du bétail et des abeilles; l'agriculture, bien que négligée, offre néanmoins de grands avantages : les grains de là Wolhynie sont réputés comme donnant de tous la farine la plus

abondante et la plus blanche. L'industrie s'exerce dans la fabrication des draps, de la toile, des cuirs, de la verrerie, du fer, du papier, de la faïence et de la porcelaine. En 1833 on y comptait 211 ateliers, avec 5,720 ouvriers; c’est le pays le plus industriel de la Russie polonaise.

Le gouvernement de Cherson, faisant jadis partie du palatinat de Braclaw et de l'Ukraine, puis dévasté et possédé par les Tatars et les Kosaks sous le nom de Campi Deserti (Dzikie Pole), transformé, dans le dernier siècle, en Nouvelle- Servie, du Dniéper au Bob, et en Pays des Tatars, du Boh au Dniester, métamorphosé (1795) en Nouvelle-Russie, et enfin, en gouvernement de Kherson (1802), est une vaste steppe, qui de tout temps servit de pâturages aux nombreux troupeaux entretenus par les Kosaks et les Tatars, et que les colons de toutes nations, notamment les Allemands, se piaisent à soigner de nos jours. Le sol offrirait pourtant des avantages à la culture du blé, de la vigne et de toute espèce de légumes; mais les grands frais qu’entraînent l'établissement de fermes-modèles, le manque de chauffage et de matériaux de construction, la disette d’eau douce, les sauterelles, et le vent impétueux du nord qui ne rencontre aucun obstacle dans la steppe, rebutent les agronomes les plus entreprenants. Sur une étendue de 4206 m. c. g. on ne trouve que 400,000 habitants (551 par m. C.); c’est la population la plus clairsemée. En y ajoutant le district d'Ekaterinooslav, situé à la rive droite du Dniéper, et qui appartient au gouvernement du même nom, s'étendant principalement sur la rive gauche du fleuve, nous aurons 1577 m. c. g. et 487,143 habitants.

Le chiffre total des provinces dont nous venons de donner une esquisse statistique s'élève à 545,888 m. c. g., et à 7,188,292 habitants. Nous empruntons ces chiffres aux statistiques officielles les plus récentes du royaume de Pologne et de la Galicie, ainsi qu'aux recherches de M. Schnitzler, quant à la partie moskovite ; nous disons recherches, car, en Russie, les données statistiques n’ont rien d’absolu.

Les Karpates sont regardés, tant par les écrivains nationaux qu'étrangers, comme formant la uge de tous les terrains qui s'étendent au nord, au midi et à lorient de ces montagnes. Pourtant M. Pusch, employé à la direction des mines du royaume de Pologne, après avoir exploré scrupuleusement le pays, a émis sur la nature géolo-

gique de ces contrées des opinions qui contredisent les idées reçues, et ses remarques ont été approuvées par les hommes spéciaux. Nous les citons textuellement, afin que les savants étrangers puissent en apprécier le mérite : « La Po- » dolie, dit M. Pusch, commence sur les limites » de la Transylvanie, de la Bukovine et de la Moldavie, où les Karpates descendent rapidement de l’est au midi. Ce pays, situé un peu haut, forme en quelque sorte une plaine déserte, sans aucune élévation et où seulement les rivières ont creusé, dans la direction du sud-est, de profonds ravins, peuplés exclusivement par les hommes. En levant de là les yeux, il nous semble apercevoir des montagnes; mais en nous portant sur les confins de ces vallées, nous trouvons devant nous une vaste plaine insaisissable à l'œil; les montagnes disparaissent, et en baissant le regard, nous voyons de grands ravins, ce qui a donné au pays son nom de Podolie (en polonais, pays bas). Les montagnes de Miodobor, tracées sur plusieurs cartes orographiques, n'existent point ; leur nom est donné au terrain élevé de Podolie entre les rivières de Boh et de Bozek, et paraît dériver de la ville de Miedzyboz, qui veut dire ville située entre ces deux rivières ; les habitants auront métamorphosé le nom de Miedzyboz en celui de Miodobor, source de miel.

La Podolie est une haute plate-forme, inclinant vers le midi, et se perdant à l’est dans des plaines très-basses ; son dos s’allonge entre le . Dniester et le Boh, mais il est peu sensible. La plate-forme commence véritablement en Wolhynie, entre Wisniowieg, Zbaraz, Bialozorka et Kupiel, où les rivières de Zbrucz (Sbroutsch), Slucz (Sloutsch), Horyn (Ghorygne) et le Boh ont leurs sources ; elle descend vers le sud et se perd sous Balta (ville frontière! au midi du gouvernement de Podolie), dans la steppe de Jedyssan. Il n’y a point, comme nous, l'avons déjà dit, de montagnes dans cette région; mais il se trouve des élévations à l’est, dans le distriet de Machnowka (gouvernement de Kiiovie ), d’où découlent la rivière de Tetérow vers le nord, le Ros à l'est, et le Isob au » midi, vers le Boh. Une autre position semblable se rencontre entre Balta et: Krzywe-iezioro » (dans le district de Balta), sur la Kodyma, d'où > s’échappent le Berezow, ie Teligut et le Kuïalnik. La Russie méridionale est une plate-forme » graduée, inclinant vers le midi; les cataractes

Y v - S % v L 2 VV v > D ÿp S Yy L

” Ùv %S © 9 % % % pp Y% y » S S + v »

POLOGNE

EN

Page 1