CHUTÉ
» du Dniéper, du Boh et du Dniester en font > preuve. »
Nous devons ajouter à ces savantes recherches, que le lit granitique du Boh finit à Alexandrowka, à 10 lieues de la frontière podolienne au midi. Le sol, en descendant vers la mer, est couvert d'une terre glaise mêlée de sable, qui s’accroit rapidement, surtout ertre le Boh et le Dniéper, où la sécheresse s'oppose à toute végétation. Les iles du Dniéper, au-dessus des cataractes, et le lit du Dniester dans la même ligne, indiquent assez que le terrain granitique est fini et que les alluvions commencent.
Les villes riches et importantes, et tous les lieux remarquables des terres russiennes devant avoir leurs descriptions spéciales, nous nous bornerons ici à la simple énumération de leurs noms. Ainsi, dans le royaume de Pologne (palatinat de Lublin }on trouve Chelm, Krasnystaw, Zamose, Krylow; en Gallicie, Przemysl, Léopol, Brody, Haliez ; en Podolie, Kamiéniéç, Trembowla, Mobylew ; sur le Dniester, Bar, Winniça, Braclaw, Balta; en Wolhynie, Wlodzimierz, Luck, Dubno, Krzemieniec, Ostrog, Nowogrod-Wolynski, Zytomierz; en Ukraine, Kiiow, Bialacerkiew, Kaniow, Human, Zofiowka, Targowiça, Czerkassy, Czehryn; dans la Nouvelle-Russie, EkKaterynoslaw (ancienne forteresse polonaise, Kudak), les cata-
ractes du Dniéper et les îles des Kosaks zapo-
rogues, Kherson, Oczakow, Odessa (ancien port polonais, Kaczybey) et Akerman {en polonais, Bialygrod).
Dans chacun de ces lieux la Pologne a laissé de nombreuses traces de sa domination, traces qui ne seront point perdues pour la postérité. Ce que Léopol est pour la Russie-Rouge, Odessa l'est: également pour la Podolie et l'Ukraine, et Zytomierz pour la Wolhynie. Przemyslet Haliez, Bar et Targowiça, Czerkassy, Kudak et Human, Kamiéniéç et Ostrog, Kiiow et Kaniow, sont en-
core tout tel de souvenirs historiques, et |
leurs fastes offrent des pages pleines de faits héroïques et de revers non moins glorieux.
$ II: — Costumes, mœurs, habitudes du peuple,
Le peuple de ces contrées s'appelle, en langue du pays, Rusini, Rusmacy ( Russiens, Rousniaques), qu'il ne faut pas confondre avec les Rossyanie, Moskale (Russes, Moskovites). Leurs mœurs, leurs habitudes, leur languë, leur histoire, tout diffère depuis plusieurs siècles; 1l-n’y a absofument que la ressemhlanco de nom, laquelle
n’existé point pour ceux qui savent faire la distinction entre les deux langues russien ou petitrussien et russe-moskovite : les Russes la font
également dans leurs écrits, oukases-et recense-
ments. On verra plus loin que le nom russe resta à ces pays par suite d'une invasion qui s’annula d'elle-même, en ne laissant que son nom, comme les Francs ont laissé le leur à la Gaule.
La population se compose de différentes nations; la noblesse est toute polonaise; les bourgeois sont en partie Allemands, en plus grande partie Juifs, et quelque peu Polonais et Russiens; par-ci par-là, on rencontre des Arméniens, peuple marchand et industrieux, des Moldaviens, des Grecs et des Russes. Le Polonais domine, le Russe tient garnison et commande, l'Allemand manufacture et défriche, l'Arménien, lé Grec et le Moldavien commercent et voiturent, le Juif trafique de tout et sucé le pauvre paysan russien qui, lui, travaille et chante.
Ce peuple, doté par la nature de toutes les belles qualités, l'amour du travail, l'ardeur dans le combat, le dévouement en amitié, l’insouciance et la gaieté dans la misère, est eneore, surtout
‘sous lé gouvernement moskovite, traité à l’égal
de l'animal, et n’est compté que pour âme, non pas âme, cette précieuse parcelle de nous-mêmes qui nous est descenduüe des cieux pour vivifier notre corps et énnoblir nos destinées, mais âme qui signifie dans le langage officiel de Russie, serf, vilain. Remarquons encore que la femme n’est pas même une âme, mais une démi-âme ; et s’il arrive {ce qu’on ne voit que trop souvent) à un seigneur d'engager ses âmes, la banque de l'empire lui prête sur chaque serf la valeur de’ 200 roubles (francs), tandis que la femme ne représente Xses yeux que la moitié de cette somme, c’est-à-dire 100 roubles.
Que l'on juge d’après cela dans quél état d'ab-jection on tient dés êtres humains, auxquels la nature à donné un terrain fértile avec profusion, un soleil pur, un air vivifiant, une imagination ardente, un cœüùr noble et généreux, et dont la
| perversité des grands de la terre tralique comme
d'un vil bétail !... Là, tout respire Famour et Ia vie, hors Fâme qui souffre et languit. Pourtant
la nature est plus forte que toute l'astuce et la
cruauté humaine ; joyeux par caractère, lé Russien jouit des dons heureux que lui accorda là Providence, et, quand la chaîne de l'esclavage devient par trop pesante, il démande au Ciel les consôlations nécessaires; mais, malhéureusement,
Pignorance dans laquelle on le tient ne lui permét pas de distinguer la vraie foi de la superstition, et bien souvent celle-ci prédomine en«lui. il aime les contes de sorcières, de démons, de vampires ;. ces derniers sont l'épouvantail des jeunes filles, qui craignent pour le sang vf et pur qui colore leur visage d'albâtre et anime leur œil pénétrant.
Les songes jouent aussi un grand rôle dans les destins des belles Russiennes; c’est leur oracle infaillible, plus infaillible que les antiques prédictions des sibylles. Un songe heureux, au jour voulu, indique la figure et le nom de l'époux désiré, et après l'avoir vu durant son sommeil, la jeune fille le rencontre ensuite dans le village. Une douce familiarité s'établit ; à l’aide de la croyance, des gages sont donnés, reçus, et, quand il n'est plus temps de fuir le danger, les beaux ‘ rêves dorés se changent parfois, hélas! en amères réalités... Une jeune fille devrait toujours taire ses rêses.
Le mariage est-le point culminant de
et les Russiennes le sentent parfaitement tout comme les autres femmes de noire planète : aussi
ne négligent-elles rien de. ce qui, peut amener. | par-dessus du dimanche ; les jeunes filles tressent
l'accomplissement du plus cher de leurs.vœux. La veille de la Saint-André, afin de voir en songe l'amant promis, elles disent avant de se coucher
meuf Pater debout, neuf à genoux et neuf assises;
celte prière terminée, les jeunes filles répandent -des graines de lin et se mettent à chanter :
.Swiaty Andréiu!
Ja na tebe lon siéiu.
: Daj mene zhaty
Z kim budy zhératy.
..….« Saint André, le jour de ta-fête je sème le lin; » fais-moi savoir avec qui je dois le cueillir. »
Dans la Russie-Rouge, les jeunes paysannes
vont se baigner le jour de-la fête.-du même saint; puis, après le bain, elles s’approchent du toit
d'une chaumière et en retirent les brins de paille; |
celle qui, par hasard, attrape un épi encore garni de ses grains, est..sûre d'obtenir, dans l'année suivante, un riche époux; un épi vide annonce
un pauvre mari, et la paille sans épi pronostique.
le célibat pourtout le cours de la même année, Ces superstitions exercent une grande influence sur la conduite des jeunes filles; mais si le présage s'accomplit, presque toujours c'est plus souvent sous le dernier rapport que sous les deux autres, c'est-à-dire sous celui de la paille sans épi.
On observe encore chez ce peuple quelques restes de paganisme, principalement dans la région située sur les bords du Dniéper, où la fête des Rusalki (les ondines slaves) jouent le principal rôle. Cette fête se célèbre le second jour de la Pentecôte ; nous en reparlerons dans la suite.
Le costume des paysans russiens est simple, commode, et.même, dans le midi, très-pittoresque, Dans la Russie-Rouge, en Wolhynie et en Podolie, il diffère peu de celui que portent les habitants des environs de. Varsovie, excepté que l'habit ou la robe de l'homme est plus ample et d'un drap plus grossier. [la fréquemment la forme d’un manteau, et il est alors pourvu d'un capuchon de drap suspendu à plat; on appelle ce manteau oponcza. Quand vient la mauvaise saison, les paysans s’en garantissent le visage contre le froid, en ne laissant voir que les yeux etle bout du nez par des ouvertures pratiquées à cet effet. Leurs fourrures en peau de mouton ne sont
| presque jamais recouvertes de drap, mais la peau
tannée, lorsqu'elle est neuve, est d’une blancheur éblouissante ; quelquefois on place des broderies sur les coutures. Les femmes ornent de galons en or.et en argent leurs jupons et leurs
leurs cheveux et les entrelacent d’une multitude de rubans.
Rien de plus pittoresque que le costume d'un jeune paysan de l'Ukraine, surtout, quand il à été employé pendant quelque temps comme Kosak au service de son seigneur. Il porte babituellement une veste serrant le corps et bou-
| tonnée par devant au moyen d'agrafes ; des deux
côtés de la poitrine sont des poches, piquées à raies et pouvant contenir des cartouches ; unelarge ceinture écarlate lui serre en outre les reins : il y suspend une espèce de poche en cuir, ornée de boutons de métal etcontenant un briquet ; auprès de la ceinture pend un couteau maintenu par une courroie ; un pantalon de toile très-large est fixé par des cordons au bas de la jambe et retombe sur la tige de ses amples bottes. Ajoutez à cela un bonnet en peau de mouton à fond de velours ou de drap d’une couleur -éclatante, qui incline de côté, et orné d’un gland en or, comme les bonnets à poils des trompettes des chasseurs de la cavalerie française, une bourka, ou petit manteau en feutre de poil.de.mouton imperméable, qui le garantit de la pluie lorsqu'il parcourt les steppes à cheyal, et enfin un fouet court et roide en sautoir sur une courroie qui sert d'éperon à
fa monture et de défense contre les voleurs, et vous aurez le costume complet d'un enfant des cours de l'Ukraine. |
Un grand nombre de jeunes Kosaks ukrasniens jouent d’un instrament appelé théorbe ; c'est une espèce de guitare à long manche, garme d'une multitude de cordes. Ils s'en accompagnent en chantant ; bien souvent ils dansent e1 chantent en mème temps. Leurs chants favoris, nommés dumki, sont tristes et FHEURERTES il en sera parlé à sa place.
Nous joignons à cet article la gravüre du costume du paysan russien, comme il le porte sur le bord du Daïéper ; c'est le vrai milieu des Rousniaqués ; ils y ont conservé leur écorce primitive. Le Russièn de Lublin et de la Gallicie, plus
en contact avec le peuple polonais, quoique tou-.
jours fier dé sa nationalité, de sa religion, et désirant se’ distinguer autant qu'il peut par sa vie domestique, s’est un peu amalgamé avec ses voisins, pressé qu'il est par lès colons mazoviens et llemands. Son culte grec-uni le rend plus soable avecie catholique qu'il rencontre fréquemment dans les églises, car la sainte Vierge de Poczaiow, aussi puissante en fait de miracles que celle de Czenstochowa (qui habitait jadis en Russie-Rouge, à Belz), prodigue également ses dons aux Grecs et aux Latins, lesquels obéissent à leurs seigneurs, paient la dîime et apportent des offrandes à l'église. Le Grec-Russe qui, à la haine la plus prononcée pour tous ceux qui né partagent pas son culte, joint le mépris, se: croit seul vrai croyant; mais qui est-ce qui ne croit pas à sa perfection exclusive? D'ailleurs cet orgueil de soi-même développe aussi de belles qualités ; s'il vous méprise et vous brave dans votre colère, il vous protége dans le malheur ; entrez chez fui, il vous salué, vous invite à vous asseoir et vous offre ce qu'il a dé meilleur dans sa chaumière de roseaux et d'argile, blanche, propre, aboutissant à un jardin où vous trouvez des fruits d'une saveur délicieuse. C'est le peuple russien de la Podolie et de l'Ukraine, @me ; donnez-lui là liberté et la conscience de lui- -même, et vous en fèrez le peuplelé plus brave et le plus loyal. L'esprit des Wolhyniens est plus sombre; dans le nord de cette province, | c'est-à- dire en Poléssie, il ne jetté aucun éclat : les bois touffus et les marais y absorbent les rayons du Soleil; mais là bravoure, cette première vertu des Slaves, égale ses babi tants aux ‘autres dé la même race.
La populätion du gouvernement de Kherson
se compose de’ toutes nations ; c'est une colonie de tous les peuples, où les troupeaux de bonne race tiennent le premier rang. Là, le mouton
est une âme par excellence et souvent compte:
pour beaucoup plus qu'un serf; ils-sont au nom— bre de 250,000, selon le dernier: recensement officiel (4835). La population ne s'élève qu'à 400,000 individus. Déduisez de ce: chiffre ies habitants des villes, les colonies libres, et vous aurez une égalité parfaite entre le nombre des âmes et. celui des moutons. Le seigneur moskovite s'entend parfaitement à tondre les deux espèces: .
Les Kosaks, quoique jadis possesseurs et même propriétaires de l'Ukraine polonaise, n'entrent point dans notre cadre ; ils sont transplantés sur d'autres rives, et vivent au delà du Dniéper, vers
| le Caucase. Malgré les souvenirs qu'ils ont lais-
sés suninotre terre, souvenirs grands et tristes tout à la fois, comme leur existence fut passagère, nous préférons parler d'eux ailleurs.
$-H1,=— Histoire politique.
En abordant l'histoire des terres russiennes, nous éprouvons le besoin de rappeler le nom des peuples slaves qui habitarent ces contrées, avant qu'on les baptisàt du nom de Russiens, dont l'origine n’est pas elle-même bien résolne dans le monde savant. Nous conduirons successivement nos lécteurs de l’ouest à l'est ” LésCrobates-Rouges occupaient le pays à droite du San, et les hauteurs du Bug et du Dniester' ; c'est la Russie-Rouge, avee la terre de Chelm, des temps plus rapprochés. La race des Crobates se prolongéait bien loin à l'occident, vers le midi, par les Karpates, et passait le Danube, où elle prenait le nom de Crobates-Blancs; elle forma plus tard'la Petite-Pologné, et la partie slave des possessions hongroïises. Au nord de la Crobatie-Rouge demeurait une fraction de cè mêmé peuple, s'appelant Buzanie, et tirant ainsi son nom dé là rivière dont il habitait les bords. Plus à l'est étaient les Luczante, ayant pour capitalé là Ville de ‘Luck, lés Dulebi et tes Wolhynianie {Wolhyniens ), dont le nom résta à la province entière. À l'extrèmé ést. restaient encore les Drevlane, avec leur capi itale “Iskorostyn. Les Polanie occupaient l'emplacement du gouvernement actuel de Kiiovie ; une autre partie de Polanie habitait À Toccidént, sur 1 Warta, a Sont maintenant lés Villes de Gnèzie, Posen,
Kruswiça, berceaux de Ia nation polonaise et ancienne Léchie, nom que lui donnent encore au-:
jourd'hui les Polanié du Dniéper, oubliant ainsi leur commune origine. De Kiiow à l’ouest et au midi, vers le Pont-Euxin, sur des rives du Dniester, habitaient des Tyrwency. Les Maggiars ou Hongrois occupaient les bords dea mer, et les
Kosars s’étendaient sur les bords du Dniéper,
dans le gouvernement actuel d'Ekathérisnoslav ;
ces deux derniers peuples n'avaient aucune com-'
munauté d’origine avec les Slaves.
Toutes:les invasions des barbares vinrent de. l'est et du nord; la Slavonie n’en fut point à l'abri. Tandis qu’elle lançait les nations germa-, niques à l'occident, elle fut elle-même attaquée par d’autres peuplades, qui, attirées comme par
l'action de l’aimant, se ruaient de T'Europe sur l'Asie. Mais nous ne répéterons pas ici toutes les notions erronées ou exactes que nous ont laissées les géographes et les historiens à cet égard ; ce serait faire revivre d'inutiles et éternelles discussions, car -on sait que les savants trouvent toujours et en tout matière à controverse. Au lieu donc de nous appesantir sur leurs recherches, concernant les établissements des Grecs milésiens dans ces contrées, et leur commerce avec la Slavonie, nous aimons mieux commencer tout de suite par l'époque où les Varègues s’emparèrent de ces provinces.
Les peuples slaves dispersés dans la vaste région située entre la Baltique et le Pont-Euxin, vivaient divisés en petits Etats, qui n'étaient que des communes soumises à l’action de gouvernements démocratiques. Les Varègues (Normands de l’est) parcouraient la mer Baltique, et envahissaient son littoral; peu à peu ils s'avancèrent dans le pays, et commencèrent à inquiéter la ville de Novogorod, sur le lac Ilmen, dans le gouvernement actuel de Novogorod, voisin de Saint-Pétersbourg. Les richesses de cette ville, puissante par son commerce, excitèrent la haine et l'envie de ses voisins, tandis qu’elles semaient la division parmi ses propres habitants. Cet état de choses favorisait les Varègues; de riches habitants se liguèrent avec eux, et leur adjugèrent une espèce de pouvoir monarchique et féodal, tant pour maintenir la sûreté à l'intérieur, que pour apaiser leur propre avidité.
Les Varègues ne demandaient pas mieux; ils établirent bien vite leur puissance, et se mirent fnsuite à piller les Novogorodiens et leurs voisins. C'est ce qui arrive toujours à deux ennemis qui
en appellent un troisième à leur aide; celui-ci bat d’abord l'un par l’autre, et plus tard les opprime tous deux.
Avec les Varègues parut le nom de Russien.
D'où provient-il? Quelle est sa dérivation? On l'ignore; ce qu'il y a de sûr, c'est que les Va-
rêgues l'ont appliqué à tous les peuples slaves
vaincus, soit par leurs armes, soit par leur astuce, ces deux grands leviers de la puissance moderne de l'empire de Russie.
Rurik, prince varègue,entra donc à Novogorod en 862, et y fonda sa domination. Ses lieutenants, après l'établissement de leur maître, s’en furent dans diverses contrées,afin de tenter également la fortune. Deux d’entre eux, Askold et Dir, se confièrent aux vagues du Dniéper, et descendirent vers Kiiow, ville riche et populeuse, célèbre par son commerce avec Byzance ; les deux guerriers yarègues parvinrent à y établir leur puissanee du vivant de Rurik. On ne peut pas bien préciser la date de cette conquête; seulement on est certain qu'en 879 Oleg, lieutenant et favori de Rurik, après avoir égorgé son maître, .et pris les rênes de l'Etat sous le nom de son fils Igor, arriva à Kiiow, où attirant Askold et Dir dans un guet-apens, il les fit massacrer, puis établit son pouvoir à Kiiow et dans les lieux environnants.
Ce système d'assassiner et de s'emparer ensuite des biens de la victime servit plus tard de
modèle aux princes qui suivirent Oleg, ce favori meurtrier de son-maître. Le cadavre du prince régnant, nous pouvons le dire sans crainte d'être
démenti par qui que ce soit, était toujours dans ces temps-là le plus sûr marchepied pour monter sur le trône. Et même de nos jours, combien n’avons-nous pas vu d'exemples semblables en Russie, sauf toutefois l’apparat moderne ? On y met un peu plus de retenue, d’hypocrisie ; jadis on tuait et.on diffamait la mémoire de la victime,
aujourd’hui on étrangle ou on empoisonne, puis
on fait célébrer des messes pour le repos de l'âme AE Re : LÉ | du décédé en Dieu.
Oleg, appréciant toute l'importance de Kiiow, l'embellit et y transporta de Novogorod la capttale. Le nom de russien fut donné à ces contrées,
Let les barques des Varègues commencèrent à
fréquenter le Pont-Euxin, qu'ils appelaient Ruslié Moré (la mer Russienne). Constantinople se ressentit du voisinage dés pirates, etchercha à se précautionner contre eux. Pendant que les Varègues inquiétaient le midi, ils furent attaqués à leur tour, à l’est par les Petchengues, et à l'ouest
par les Drévliens; il fallut se défendre et s'attaquer continuellement : ces combats incessants entretinrent l'esprit belliqueux des Varègues, et ne leur permirent pas de s’assoupir dans la mollesse de Kiiow.
Igor, fils de Rurik, succéda à Oleg, mort en 943. Les Drévliens tuèrent Igor. Olga, simple paysanne de Pleskow, donnée pour femme à Igor par les soins d'Oleg, son tuteur, succéda à son mari, dont elle vengea la mort sur les Drévliens. Par quels moyens et par quels supplices? Parcourez la chronique de Nestor, et vous frémirez d'épouvante à la lecture de pareilles atrocités. Cependant, celle qui les commettait était belle, spirituelle, aimable, et même dans un âge avancé, se trouvant à Constantinople, afin d’y être bapuisée, fit tourner la tête à l’empereur d'Orient; les choses allèrent si loin, qu'elle ne put se dégager d’une promesse de mariage que par une raillerie perfide.
Son fils, Sviatoslaf, méprisa la religion chrétienne qu’elle avait embrassée avec zèle et propagée parmi les Kiioviens, puis alla ravager l'empire d'Orient, revint à Kiiow et fut tué en 972, ‘par les Petchengues, au-dessous des cataractes du Dniéper. Un de ses fils, Oleg, périt à la bataille d'Owrucz, en 980; un autre, Yaropolk, fut assassiné la même année par Vladimir, troisième fils de Sviatoslaf; Vladimir s’empara ensuite de la femme de son frère, et la contraignit de partager sa couche. Nestor nous apprend que ce fut un des plus grands débauchés de son temps; il possédait cinq femmes, entretenait huit cents concubines dans trois villes de ses États, et faisait, en outre, violence à toutes les jeunes filles qui lui plaisaient. Malgré ces défauts, ce fut tout à la fois un grand monarque et un grand conquérant; il dompta plusieurs peuples sur le Danube, s'avança vers Constantinople et força l’empereur Bazile de lui donner sa sœur Anne en mariage. Avec cette dernière, la religion chrétienne du rit grec fut introduite en Russie, dans l’année 988. Par suite de l'affaiblissement qui accompagne l'excès des voluptés, Vladimir perdit de sa ferocité, et l'Orient respira un peu. Les conquêtes de Vladimir atteignirent le San et le Bug, du côté de l'occident; en 981, il y fit bâtir une ville forte, et lui donna le nom de Wlodzimiérz (en Wolhynie). Les Slaves absorbèrent ainsi les Varègues, et prirent, en revanche, leur nom de Russiens.
La religion catholique s'établit généralement |