‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 42 sur 180 · TOME li · texte numérisé non relu

TOME li

vins de la propriété des terrains situés hors des barrières. En 1670, le roi Michel Wisniowiecki, en reconnaissance des mêmes services, octroya à la ville les priviléges de Léopol, et ordonna que le maire ( bourgmestre) ne serait plus choisi par les citoyens, mais que le conseil serait présidé à tour de rôle par tous les membres composant le magistrat (municipalité ).

Après la remise de Kamiéniéç à la Pologne par les Turks, Auguste IL décréta Ja création d'un corps de francs-tireurs, à l’instar de ceux de Krakovie et de Léopol, et il lui octroya des priviléges analogues. Des prix furent établis pour les tireurs qui visaient le mieux à la cible.

Stanislas-Auguste permit aux magistrats de porter des armes, et consacra 30,000 florins à la réparation des fortifications. Il ordonna en même temps que le commandant de Kamiéniéc fût noble; et, à cette occasion, la ville fit graver sur la porte du château la légende suivante : Optimus princeps in pace bello prospiciens, securitali publicæ MDCCLXXI. «Le meilleur des » princes songeant à la guerre pendant la paix, » à la sécurité publique en 1774. » Stanislas ne prouva point par la suite qu'il sût défendre ce qu'il foruifiait si bien, et l'inscription resta comme un sarçasme de l'incapacité de ce roi indolent.

On institua en 1785 une commission bont ordinis, qui, après cinq années de graves délibérations, et entre autres objets de grande importance, décida que l'habillement noir appartiendrait exclusivement aux magistrats, et que iout particulier vêtu de cette couleur paierait l'amende. La justice se fit donc toute noire.

Tels sont les fastes administratifs de la ville forte de Kamiéniéç. Pour l'état présent nous n'avons rien à y ajouter, sinon qu'en 4812 l’empereur Alexandre décida qu'à l'avenir Kamiéniéç cesserait d'être regardée comme place fortifiée ; aussi depuis ce moment l'aspect militaire n’anime plus la ville, qui, ne pouvant s'élever par le commerce, garde sa position, et attend une occasion propice pour servir de nouveau la cause nationale.

La Podolie et tout le pays russien que nous avons décrit plus haut furent tourmentés sans relâche par des guerres, des invasions et des massacres. Longtemps Kamiéniéç sut se mettre à l'abri de ces terribles luttes, tant sa situation était admirable et l'esprit de ses habitants par-fait. Lorsqu'en 1621 le sultan s’approcha d'elle, et qu'il vit ses nombreuses défenses, il demanda à un des siens qui l'avait rendue si forte. « Dieu,

répondit le guerrier, — Eh bien ! que Dieu l'attaque, » reprit le sultan, et il passa outre. En 1633 et 1656, les Tatars et les Kosaks investirent la ville, mais ils levèrent bien vite le siége à l'approche des Polonais.

Ce que la force tenta vainement, la trahison, ou plutôt la négligence et de mesquines rivalités l'accomplirent. Michel Korybut, le plus faible de nos rois, régnait, et, vrai fantôme de monarque, cherchait inutilement à dominer la turbulente noblesse de Pologne. Profitant de ces discordes, Mahomet IV envahit en 1672 l'Ukramne, et meuace ensuite la Podolie; le grand-maréchal Jean Sobieski envoie aussitôt des renforts à Kamiéniéç, mais le commandant, imitant la désobéissance du grand-maréchal envers son souverain, refuse tout secours, et la ville ne tarde pas à être assiégée. Il lui fallut capituler, et, le 29 septembre, l’armée ottomane prit possession de Kamiéniéç; Mahomet IV fit son entrée à cheval dans la cathédrale, comme jadis son prédécesseur, Mahomet II, entra dans l’église de Sainte- Sophie à Constantinople.

Les nobles et les prêtres quittèrent Kamiéniéç; il n’y resta que les Arméniens. Tout fut rebâti ou rasé, et les Turks lui donnèrent l'aspect oriental, qui s’est conservé en partie jusqu'à nos jours.

Jean Sobieski chercha vainement en 1675 à reprendre Kamiéniéc sur les Turks, qui rendirent en 1676 la moitié de l'Ukraine aux Polonais, mais gardèrent la Podolie et la ville qui nous occupe. Jacques Sobieski, fils du roi, ne fut pas plus heureux dans ses efforts pour reconquérir Kamiéniéç que son père. Les chances étaient pourtant plus favorables, et les Turks, battus près de Vienne et culbutés tant de fois par le grand Sobieski, n’eussent pas fait trop de résistance ; mais la désunion qui régnait dans le camp polonais vint ranimer leur courage. Les. deux généraux en chef, Jablonowski et Potocki, disputèrent au prince Jacques le commandement de larmée, qui, en l'absence du roi, devait pleine obéissance aux dignités dont ils étaient revêtus. Force fut au prince de céder, car la noblesse polonaise défendit toujours opiniâtrément ses prérogatives, düût même le bien de l'Etat en souffrir.

Malgré ces échecs successifs, Jean Sobieski ne

désespéra cependant pas de la reprise de Kai niéç, et il fit construire dans ce but les fan remparts de la Sainte-Trinité, situés à 2 m de la ville (4 lieues) au sud-ouest, et à 5 lieue de Chocim, forteresse turque sur le D ter ; il voulut couper toute communication

taire entre les deux points. Mais la mort l'arrêter dans sa noble entreprise, et priv Pologne et le monde chrétien de l’un de plus vaillants défenseurs ; Jean II termin:

jours en 1696, à Willanow, à 2 milles de ‘ sovie. | |

Son successeur, Frédéric-Auguste IL, éle de Saxe, s’obligea par les pacta conventa cheter de ses propres deniers Kamiéniéç mains des Turks ; il tint sa promesse, et ] paix de Karlowitz en 1699, la terre de P« et Kamiéniéç rentrèrent au pouvoir des lonais. |

Depuis cette époque jusqu'à l'invasior Russes, la ville jouit d’une certaine tranqu sice n’est pourtant en 4769, année où l'é du lieu, Adam Krasinski, chaud promoteur confédération de Bar, la mit quelque peu en:

Mais la stricte neutralité du général Witt, mandant et partisan du roi Stanislas-Aus sut réprimer l’ardeur des habitants; grâce :

ni Russes ni Polonais n’envahirent la ville.

le vaste mouvement national qui grondait côtés, Kamiéniég demeuta telle quan roch sein de la mer orageuse, et dont la foug:

l'onde frappe en vain le granit.

De nos jours, la guerre de 4831 y révei vieux patriotisme polonais, et le district d miéniéç fournit cinq cents volontaires à l':

nationale. On ne profita pas malheureusi de l'enthousiasme d’alors, et pour s'être tr à la justice de notre cause et à la sympath nations amies, on succomba, mais avec glo Comme toutes les autres parties de la Pc régénérée, la Podolie éprouva les effets vengeance moskovite ; plusieurs milliers de bres de la petite noblesse de province trainés en Sibérie, et la ville gémit sous I d’une forte garnison, dont l'entretien re plus souvent à la charge de ses malhe habitants.

. À. SLOWACZYNSI

SOUVENIRS HISTORIQUES

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