‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 52 sur 180 · Tome · texte numérisé non relu

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Le fronton principal représente le sacrifice de Noé à sa sortie de l'arche, sculpté par Right, professeur de l’Académie de Saint-Luc de Rome. Le même artiste sculpta les statues colossales de Moïse, d'Abraham et de quatre évangélistes, qu'il plaça dans les niches de Ia façade.

Dans l'intérieur, la principale nef est appuyée sur seize pilastres carrés, et la nef est sculptée en rosaces du meilleur goût. Tout autour il y des chapelles. Sur lentablement au-dessous de la voûte ont été placés seize tableaux dans des cadres dorés, chacun long de 9 pieds et haut de 8 pieds; ils sont dus au pinceau de Villani, peintre italien. Les pilastres supportant la grande nef sont ornés de douze tableaux hauts de 12 pieds et larges de 6 pieds, représentant les apôtres, et peints par François Smuglewiez.

Le maître-autel, qui s'élève à l'extrémité du chœur et à côté de la chaire épiscopale, est d'un style simple; derrière:le maître-autel se trouve

un autre autel plus petit, et au-dessus un magni-

fique tableau, haut de 45 pieds et large de 10 pieds, représentant le martyre de saint Stanislas, dù au pinceau de Smuglewicz.

Parmi les nombreux tombeaux et mausolées, les uns furent détruits par les incendies, mais les autres purent être restaurés. Le plus remarquable mausolée était celui d'Alexandre Witold, granddue de Litvanie. Il y fut enterré en 1450. La reine Bone fit orner ce mausolée, et l'évêque Valérien Szuszkowski transporta, en 1575, les restes de Witold dans une chapelle qui porte le nom de ce prince.

La grande chapelle de saint Kasimir (né le 5 octobre 4458, mort le 4 mars 1485, fils de Kasimir IV de la maison des Jagellons) fut élevée par le roi Sigismond Ier, frère du saint ; mais ce fut le roi Sigismond II Waza qui la mit dans l'état où on la voit encore. Elle est en marbre, et bâtie d'après les dessins de l'architecte Dankers. En 1636, elle fut tout à fait finie par Wiadislas IV. Les peintures alfresco sont de Dankers. Au-dessus de l'autel s'élève un cercueil en argent massif, contenant les restes mortels de saint Kasimir. Les niches de la chapelle sont ornées de huit statues, représentant des monarques de la Pologne. On y voit aussi deux 1ableaux peints par Smuglewicz.

La seconde chapelle, sous l'invocation de sainte

Marie Magdelaine, possède un tableau de Smuglewicz ; la troisième chapelle, sous l'invocation de saint Ignace, est ornée d’une peinture du célèbre Simon Czechowicz; la quatrième chapelle, sous l'invocation de saint Paul, possède un tableau de Pierre Beretini de Cortone; la cinquième, sous l'invocation de tous les saints, a un tableau de Dankers ; la sixième, sous l’invocation de saint Jean-Népomucène, conserve un tableau du Smuglewicz; la septième, sous l'invocation de saint Pierre, est ornée de deux tableaux de Smuglewicz et de Corrége; la huitième a été érigée sous l’invocation de la Conception de Ia sainte Vierge ; la neuvième, sous l'invocätion de lAnnonciation de la sainte Vierge.

Depuis sa restauration, la cathédrale fut ouverte et consacrée par l’évêque de Wilna, Jean- Népomucène Kassakowski, le 29 septembre 1801, sous l'invocation de saint Stanislas et de saint Wladislas.

En 1812, à cette époque d'enthousiasme et d’espérances, se passa une auguste et nationale cérémonie dans l’enceinte de la cathédrale. L'acte de la confédération générale pour le rétablissement de l'antique union de la Pologne à la Litvanie, fut célébré dignement. Le 14 juillet fut destiné à cette grande fête. À onze heures tout le clergé s’assembla sous les portiques du temple, pour recevoir les autorités constituées. À midi un nombreux cortége, composé des députés de la confédération générale, des membres du gouvernement provisoire, de la commission administrative, des membres des tribunaux, ceux de l'aniversité, la municipalité, la garde d'honneur, la garde nationale, enfin tous les fonctionnaires publics se rendirent processionnellement du palais à la cathédrale, où l’évêque Kossakowski célébra et entonna le Te Deum en acvion de grâce de la délivrance de la Pologne. Le silence s’étant rétabli, Joseph Sierakowski, président de la commission provisoire, prit la parole :

« Le sang litvanien qui, depuis quatre siècles, coule dans nos veines, uni au sang polonais ; des alternatives toujours communes de gloire, de prospérités, de catastrophes, forment entre la Litvanie et la Pologne des liens plus étroits et plus sacrés que ceux des fédérations ordinaires. Ces liens si intimes sont devenus, pour ainsi dire, nécessaires à notre existence. Aussi avons-nous vu, dans toutes Les vicissitudes du sort commun de notre patrie, .des rives de l'Oder jusqu'au delà du Dniéper, depuis le Dniéster jusqu'au

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delà de la Dzwina, les cris du désespoir frapper à la fois toutes les oreilles, et la voix de l’espérance pénétrer en même temps dans tous les cœurs et ranimer tous les courages. Et à quelle époque cette unanimité de sentiments fut-elle plus remarquable qu'à celle où, au mépris des lois divines et humaines, au mépris de la raison même, fut consommé l’outrage du dernier déchirement de notre patrie? Ah ! si nous n'avons pas tous péri les armes à la main avant qu'elle fût anéantie, c’est que, pour nous enchainer, on a choisi le moment où nous étions désarmés et sans défense.

» Toutefois, les cruelles angoisses des cœurs de seize millions d'hommes étaient adoucies par la conscience de la justice de leur cause. Nous étions soutenus par le pressentiment, la conviction même, qu'abattus par la perfidie et non par la force, le Ciel, ému par nos prières, daignerait un jour jeter sur nos maux un regard plus propice, et que, vengés d'avance dans ses décrets, nous renaîtrions enfin de nos cendres. L’inquiétude de la puissance qui nous opprimait, fruit de sa mauvaise conscience, la rigueur de ses mesures, la défiance de ses agents, nourrissaient en nous ce pressentiment. Est-ce, en effet, par des bienfaits, par la sagesse des lois, que la Russie a signalé, chez nous, l'établissement de son empire ? Non, c'est par la corruption, par l'oppression, par les persécutions. La crainte de laisser échapper sa proie lui a suggéré tous lés moyens les plus cruels pour nous soumettre à ses usages, nous façonner à ses règles. Repnine, cet implacable exécuteur du premier et du dernier partage, n'organisa-t-il pas, sans retard, un système d’avilissement qui, ayant pour but de dégrader le caractère national, devait faire oublier à la génération future a gloire de ses ancêtres et la dignité du nom polonais? Mais quand a-t-on jamais réussi à arracher de nos cœurs ce nom si cher, à empêcher nos lèvres de le prononcer ? Les prisons de Smolensk, de Kalouga, du Kamtschatka et du Nertschinsk ne purent que nous le rendre plus cher encore.

» Ces souvenirs, si douloureux qu'ils soient, ne sont pourtant pas pour nous les plus déchirants. Rappelons-nous, messieurs, ce jour de douleur et de deuil universel, où le nouveau souverain, frappé de l’union des sentiments des deux nations unies, qui eût été si étrangère à des âmes asservies, nous ôta non-seulement la faible consolation de confondre nos larmes, mais défendit à jamais

d'unir désormais le sang litvanien au sang polonais. Tendant ainsi des piéges aux mœurs publiques, tandis que d’un côté l'oppression établissait des barrières entre les fleuves et les forêts de notre commun territoire, de l’autre, et en même temps, elle se proposait de fermer nos cœurs à l'accès des sentiments fraternels. Quand le gouvernement moskovite a-t-il cessé de flatter les passions pour nous familiariser avec ce mépris, de fomenter les abus et les coutumes vicieuses, de caresser l’orgueil des uns, d’étouffer dans tous la voix de la conscience par l'exemple de l'impunité de ceux qui gouvernaient, de présenter aux vieillards l’appât des futiles distinctions et d’une hiérarchie incompréhensible de noblesse, de séduire la jeunesse par un fantôme d'honneur étranger à l’Europe, et par de vaines et stériles occupations ? Ici, il renversait de la même main les anciens autels d’un million d'hommes, et leur en élevait par force de nouveaux ; là, il cherchait à semer une mésintelligence éternelle entre la noblesse et ce bon peuple, dont il livrait les chaumières à la cupidité, sans lui accorder la protection des lois.

> Voilà, messieurs, une esquisse rapide des moyens de corruption employés pour gouverner une nation vertueuse, afin de l’asservir sans retour. C’est ainsi qu’on à voulu nous forcer à être nous-mêmes les instruments de notre oppression; c’est ainsi qu'on a cru pouvoir employer à perpétuité les bras de nos enfants pour massacrer des Persans, des Lesghis, et cent autres nations dont les noms mêmes nous sont inconnus ; et, que dis-je, aujourd’hui même n'a-t-on pas voulu armer le frère contre le frère, et le père contre le fils?

».... Que la jeunesse s’enrôle donc sous les drapeaux de l'aigle portant le tonnerre; qu'elle suive l'exemple de ses frères, rétablis déjà dans les premières provinces de notre patrie par une main invincible. Là, déjà de nombreux enfants de la Litvanie vous ont annoncés et ont répondu de votre vaillance. Bientôt vous retrouverez les sentiers non perdus encore que suivirent vos ancêtres, pour aller planter les étendards polonolivvaniens sur les tours du Kremlin, et vous allez iñscrire de votre main, sur les colonnes relevées de Boleslas-le-Grand, le nom immortel de votre vengeur, Napoléon-le-Grand, à côté de celui de nos premiers fondateurs. Nous l'avons entendue, eëtte voix qui dicte l’histoire du siècle, proférer

le nom de Pologne! Et les phalanges de nos en-

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nemis éternels la proclament déjà dans leur fuite au delà de la Dzwina. Nous vivons, nous respirons déjà en Pologne ; déjà il nous est permis d'y établir l'édifice des lois et de la gloire nationale.……. Nous chantons des hymnes à l’Éternel ; nous lui rendons grâce du salut de la patrie dans ce temple où, depuis vingt ans, il était défendu au clergé comme à la nation de Ia redemander, du moins pour nos enfants. Ombres des Jagellons, qui planez dans cette enceinte auguste, allez dire aux ombres des Jagellons qui reposent dans les mu.s de Krakovie, que notre vengeur apparaît dans la capitale de votre empire, jadis si florissant ! Vous le voyez, entoure de la gloire de ses armées, ajouter par leur passage à la solennité de ce jour, que l'univers nous enviera. Applaudissez au renouvellement de ce lien d’une amitié qui, depuis quatre siècles, unit sans altération la Pologne à la Lityanie, et dont le but est la défense éternelle de nos intérêts communs... Serrons donc nos mains devant cet autel du Tout - Puissant, et que nos voix, redevenues libres, fassent entendre la première parole du cœur . Vive l’empereur Napoleon, le sauveur des deux nations et l’égide de notre patrie commune. »

Le public a répété trois fois avec le plus vif enthousiasme : Vive l’empereur, le sauveur de la Pologne! vive le protecteur de la Pologne! Xci, Sierakowski s’est arrêté, et le secrétaire général, Kossakowski, a lu l’acte de la confédération générale de la Pologne. Après cette lecture, le pré. sident, en continuation de son discours, engagea le public à signer l'acte, et tous les assistants se portèrent en foule vers le bureau, placé dans le chœur, pour signer au registre leur adhésion. En ce jour, le nombre des signatures montait à près de cinq mille. Pendant la signature de cet acte, le mariage d’un Polonais avec une Litvanienne, et d’un Litvanien avec une Polonaise, a été célébré, afin de consacrer la mémoire de cette belle journée et l'union des deux nations.

Les signatures étant terminées, le clergé retourna à l'autel, et l’évêque célébrant entonna le Domine salvum fac Imperatorem. Après cette auguste cérémonie, les membres du gouvernement et de l’administration, assistés des évêques des différents cultes, des généraux et officiers supérieurs et des notables du pays, se rendirent chez le duc de Bassano, ministre des relations extérieures, pour le prier de soumettre à l’empereur ce qui venait de se passer.

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