‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 54 sur 180 · OS RS · texte numérisé non relu

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et comme lui vous serez sauvés. Mais si quelques-uns doivent mourir, ne pleurez pas sur eux, car mourir pour Dieu et pour la patrie, c'est obtenir la rémission des péchés et le salut éternel. Offrez votre âme à Jésus, au saint enfant qui gisait dans la crèche. Saluez avec ferveur la journée de demain ; demain, mes frères, c'est la grande fête de Noël. Au nom de Jésus-Christ et de Marie, marchez au combat et vous vaincrez, et la patrie comptera une victoire de plus. Recevez ma sainte bénédiction, allez en paix, et quand je vous reverrai, nous rendrons à Dieu des actions de grâces! » Après ces mots, l'abbé récita les prières des morts. Je m'approchaiï de lui et lui dis : « Mon révérend père, donnez-moi votre bénédiction particulière. » Il me serra la tête dans ses deux mains, et m'attacha au covu une relique : « Ne craignez rien, mon fils, vous reviendrez sain et sauf. » L'abbé Dombrowski, jésuite comme Piekarski, allait aussi d’une compagnie à l’autre pour exhorter les combattants. Ce jésuite Dombrowski avait une singulière manière de prêcher : quand äl commençait son sermon, il était plein d’ardeur et de véhémence, mais peu à peu il s’'attendrissait, sa voix s’enrouait, etil finissait par pleurer. Pour exorde nous ayions bien des paroles, mais pour péroraison nous n'avions que des sanglots. Cette façon de terminer un sermon nous faisait pouffer de rire.

» Un trompette qui avait été en avant revint en toute hâte pour nous annoncer que les Sué-

. dois avaient dit : « Si votre humeur chevaieres-

» que vous engage à nousattaquer, ne vous gê- » nez point, car nous ne vous redoutons pas plus » iciqu'en Pologne.» Et tout aussitôt,eneffet, ils commencèrent à tirer. Îls n'avaient guère peur d'un ennemi qui ne possédait pas une seule pauvre pièce de canon; toutes nos forces consistaient en un régiment d'infanterie, quatre escadrons commandés par Piaseczynski, et trois cents hommes commandés par Séménow. Mais cette poignée d'hommes était brave au delà de toute expression. Nous sûmes depuis par les prisonniers suédois qu'avant l'attaque ils étaient sûrs de notre perte : leur cavalerie, disaient-ils, ne Ies aidera pas à prendre un fort, au premier coup de feu, leurs chevaux s’en iront à tous les diables. ». Les soldats avaient la poitrine recouverte de paille, et les Towarzysz (ofliciers de cavalerie nobles). avaient des cuirasses et étaient armés d'un

pistolet. Le palatin nous voyant ainsi disnosés,

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nous dit : « Que le bon Dieu vous ait en sa sainte » et digne garde, marchez et courez vite en fran- » chissant les fossés, car quand vous serez sous » les murs, l'ennemi ne pourra plus vous attein- » dre. » Je me mis à la tête de mon détachement, et je chantai à haute voix : Louanges à vous, 6 notre glorieux maître ! Et Paul Wolski, chef de l'escadron du roi, en fit autant, et Dieu nous préserva si bien que pas un de nous n’a péri; je parle de ceux qui ont invoqué Dieu avant le danger, car les autres détachements furent décimés. La paille que nous avions contre nos poitrines nous réchauffait si terriblement que plusieurs soldats la jetèrent avant d’avoir franchi les fossés; mais ceux qui ont eu le courage de la garder jusqu'au bout, et qui ont pu grimper avec sur les remparts, ont trouvé après des balles qui s'étaient arrêtées dans la paille.

> En sortant du fossé, j'ordonnai à mon détachement de crier bien fort: « Jésus, Marie! » mais d'autres criaient à tue tête: « Hou, hou,

hou! » et moi j'étais bien sûr que Jésus nous ai- |

derait plus que leur monsieur Hou, hou, hou.

Nous courûmes en pleine carrière au pied du mur ; on entendait des gémissements affreux, les balles pleuvaient, c'était à n’y plus voir clair; plusieurs hommes restèrent sur la place. Je me trouvai devant une tour qui avait une ouverture grillée ; mes soldats se mirent en devoir de l’enfoncer. Au-dessus de cette ouverture il y en avait

une autre, grillée aussi, et de là on tirait sur nous |

avec des pistotets ; mais avec peine, car le grillage était serré. Je fis diriger des carabines sur le point d'où on tirait, et chaque fois qu’une main s'avançait, on l'abattait, Il arriva donc qu’un pistolet tomba à nos pieds; ceci découragea les assiégés, et, faute de mieux, ils nous jetèrent des pierres. Pour nous c'était moins dangereux, et mes soldats donnaient des coups de hache sans que les Suédois pussent les en empêcher. Enfin la brèche fut assez grande, et je donnai l'ordre qu'on y entrâtun à un. Wolski, qui était brave et téméraire au suprême degré, voulu être le-premier, et se mit à crier : « J'entrerai. » Mais à peine eut-il passé la tête, qu'un Suédois le saisit aux cheveux : moi je me mis à le tirer par les pieds; mais plus je tiräis les pieds, plus le Suédois tirait la tête. Wolski s’écria : « Pour F'amour de Dieu, lâchez-moi, car vous allez me séparer en deux. » Je commandai à mes hommes de faire feu dans l'ouverture ; alors les Suédois âchèrent prise, et nous entrâmes l'un après l'au-

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