‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 69 sur 180 · RER · texte numérisé non relu

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motifs avaient déterminé le roi dans cette démarche. Les Tatars et les Moskovites inquiétaient toujours les possessions polonaises. Les doctrines de Luther, qui agitaient toute l'Allemagne, commençaient à pénétrer en Pologne. La ville de Dantzig fut la première à embrasser le protestantisme, et, par un zèle exagéré, destitua d’anciens magistrats, profana les églises et les couvents catholiques (1521). Sigismond se rendit en personne à Dantzig, condamna à la peine capitale quatorze des principaux bourgeois, chez qui on aperçut l'influence traîtreuse des Allemands ; il publia en outre plusieurs décrets pour arrêter l'extension de la nouvelle doctrine. Cependant non-seulement Dantzig, mais même toute la Prusse se sépara de Rome et de la croyance catholique. L'ordre Teutonique, en grande partie, suivit cet exemple ; le grand-maître lui-même abjura ses vœux et se maria (1524).

Dans cette position délicate, Sigismond, sage et tolérant, aima mieux laisser à chacun la liberté de conscience que de se charger des inté-

172 ; rêts du ciel et de remplir la République de sang, de carnage, suites inévitables des persécutions religieuses. La paix définitive futconclueen1525. Albert, issu des marquis de Brandebourg, ré- Signant le titre de grand-maître, fut créé duc de la Prusse-Orientale, ayant siégé à Kœnisberg. Albert se rendit à Krakovie, encore décoré de la croix de l’ordre sur lequel il rejeta le retard de la prestation d'hommages, et la guerre quis’en était suivie ; il prêta hommage sur la grande place de Krakovie, le 10 avril 41525, en se réservant le fief pour lui et pour ses enfants, par le glaive. On accorda au nouveau feudataire de la Pologne place au sénat ; il dut prêter serment de fidélité et fournir des forces armées à la première réquisition du roi. Ainsi finit en Pologne l'ordre Teutonique, après s'être déshonoré par l'ingratitude, après avoir attiré sur ses bienfaiteurs des malheurs qui durèrent trois siècles sans interruption (1225 -1525).

La loyauté de Sigismond envers Albert devint par la suite fatale à la Pologne. Mais qui pouvait prévoir ce qui devait s’'accomplir deux cent cinquante ans plus tard! Du reste, il faut mettre ces malheurs sur le compte du temps, où existait encore la coutume de donner des fiefs à des princes appartenant aux familles royales. Ce fut aussi ce motif qui détermina Sigismond à donner, à titre de fiefs, les districts de Butom et de Lauenbourg à George et à Barnim, ducs de Poméranie, ses neveux.

La Pologne, tranquillisée au nord, se trouva encore raffermie par la réunion définitive de la Mazovie. Son dernier duc Janus, issu des Piasts, mourut en 4525. Après Konrad Ier, cette province fut gouvernée, pendant l'espace de trois cent dix-huit ans, par des ducs, dont les uns étaient amis de la Pologne, et dont les autres en étaient ennemis, mais depuis toutes les rivalités cessèrent, et la république devint forte et indivisible. Grâce à la trève de cinq ans, signée le 6 janvier 1523 (25 décembre 1522, v. st.), deux ans se passèrent sans hostilités de, la, part de la Moskovie. Cette trève mit fin à la guerre de dix ans, si glorieuse pour les Polonais, si mémorable par la bataille d’Orsza, mais cependant profitable aux Moskovites, par la conquête de Smolensk. En 1526 la trève fut encore prolongée et elle dura jusqu'en 1553. Dans la même année, Vassili épousa en secondes noces Hélène Glinska, qui finit par. obtenir l'élargissement {février 1527) de son oncle Michel Glinski, em-

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prisonné depuis quatorze ans, et que nous retrouverons encore sur la scène politique.

Sur ces entrefaites, la Hongrie venait d’être envahie par le sultan Soliman (1521). Sigismond envoya six mille Polonais, commandés par Tarnowski, au secours des Hongrois. Mais les Ottomans ayant eu le dessus, ils se rabattirent-sur l'ile de Rhodes dont ils firent la conquête; en 1526, Soliman revint en Hongrie avec des forces plus considérables. Pour empêcher Sigismond de donner du secours au roi Louis son neveu, il avait dirigé le khan de Krimée sur les terres russiennes, et tandis que les Tatars avançaient du côté de Lublin, Soliman avait déjà passé le Danube et était venu jusqu'à Mohatsch. Louis demanda du secours à la chrétienté; mais on s’excusa et personne ne voulut l’aider. Sigismond se montra au-dessus d’un lâche égoïsme, et, malgré les Tatars qui le menaçaient, il fit mar-

| cher en Hongrie un corps de cavalerie, sous les

ordres de Gnoinski; le duc d'Autriche, Ferdinand, envoya aussi trois mille fantassins. La mémorable bataille de Mohatsch fut livrée, perdue; et malgré de si généreux efforts, le roi Louis II y trouva la mort. | La modération et la loyauté étaient les traits caractéristiques de Sigismond. Pouvantse rendre maître de plusieurs couronnes, il les refusa pour se consacrer à son pays. Dès l’année 1519, le pape. Léon X, par ses bulles des 27 mars et 15 mai, lui avait promis la couronne impériale d'Allemagne. Après la mort de Louis Il, les Hongrois offrirent le sceptre à Sigismond, et il le refusa, comme il avait refusé deux fois (1522 et 1526) la couronne de Suède. Jean de Zapole, palatin de Transylvanie et père de la feue reine de Pologne, fut élu roi par la majeure partie des Hongrois. Cette élévation lui attira l'animosité de Ferdinand [er, archiduc d'Autriche. Sigismond fut invité à être médiateur entre ces deux princes, mais il ne put parvenir à les réconcilier. | Sentant que l'âge arrivait, Sigismond voulut

| assurer à son fils la succession au trône. Les Lit-

vaniens proclamèrent le jeune Sigismond-Auguste, âgé de dix ans, grand-duc de Litvanie (18 octobre 1529), et les Polonais, réunis à la diète de Piotrkow, le proclamèrent roi (18 décembre 4529), à condition que du vivant de son père il ne se mêlerait pas du gouvernement. Son couronnement eut même lieu l'année suivante (20 février 1530); mais avant de procéder à cette cérémonie, Sigismond donna à la noblesse la so-

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