PRINCESSE DE POLOGNE, REINE DE FRANCE
Une proscrite polonaisedevint reine de France : c'était Marie - Charlotte - Sophie-Félicité Leszczynska (prononcez Lechtchignska), fille de Stanislas Ier, roi de Pologne, née à Posen, capitale de la Grande-Pologne, le 23 juin 1705, au milieu des troubles qui agitaient alors sa patrie, vers le temps de la déposition d'Auguste, et de la première élection de Stanislas.
Jusqu'à l’âge de douze ans, elle ne connut que les périls et les alarmes. Les premiers sons qui frappèrent ses oreilles furent ceux des instruments de guerre, et les premiers objets qui s’offrirent à sa vue furent des camps et des armées.
Cette princesse n’était âgée que d’un an lorsqu'elle courut le plus grand danger. Le roi son père, jugeant que l’arméepolonaise, qu'ilcommandait lui-même dans Warsovie, n’était pas en état
de résister aux forces supérieures des Saxons
qui s’avançaient à grandes journées, quitta sa capitale pour aller joindre l'armée victorieuse du roi de Suède. Stanislas conduisait avec lui sa famille. À une demi-journée de Warsovie, dans un endroit où ses troupes faisaient halte, il apprend que l’armée saxonne n’est plus qu’à quelques lieues de distance. Sur-le-champ il fait sonner la marche ; l’ordre est exécuté avec tant de précipitation que les officiers de sa maison oublient de remettre la princesse Marie dans sa
voiture. La gouvernante croit qu'elle est auprès |
de sa nourrice, et celle-ci compte sur la gou-
vernante. L'armée s’avançait ; déjà l’on avait fait
une lieue que l’on reconnaissait seulement que la princesse manquait. Un détachement de cavalerie se reporte sur les lieux. On demande à l’aubergiste qui a reçu le roi, ce qu'est devenue la princesse sa fille. Cet homme répond qu'il l'ignore ; qu'on ne la lui a pas donnée en garde. C’est en vain qu'on lui fait les menaces les plus capables de l’effrayer, il se récrie qu’on cherche à le perdre : il persiste à protester de son innocence. Après d'inutiles recherches dans la maison, on parlait d'y mettre le feu, lorsque quelques soldats, visitant les bâtiments de la basse-cour, trouvent la petite Marie dans son berceau, tranquille au milieu des alarmes et souriant à ceux qui la cherchent. Etrange exemple des vicissi-