‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 95 sur 180 · TO EI · texte numérisé non relu

TO EI

lèvent sa gorge, et chaque pensée apporte une teinte rosée sur son blanc visage; ses yeux brillent comme des étincelles; ses cheveux, noirs et lisses comme la plume du corbeau, sont tressés avec une ganse rouge, ils retombent négligemment sur ses gracieuses épaules ; elle est vêtue d’un Court jupon rouge et d’un tablier bordé d’une ganse amaranthe; sa taille mince et flexible est prise par une ceinture d’un métal brillant: sa chemise, qui monte jusqu’au cou, est attachée par un bouton. L'art de la coquetterie eût inventé ce costume qui faisait le désespoir de tous, et qui permettait les désirs à un seul.... Des rangs de perles de couleurs tournent autour de son cou; ses pieds nus sont blancs et potelés..… Tout ce qui est voilé est plein de grâces, tout ce qu'on voit est une perfection.

La jeune fille reste debout sur le tertre, ses yeux fixés vers le midi. Bientôt on voit venir de ce côté un Kosak monté sur un cheval blanc; il accourt bride abattue; son kolpak ponceau touche à la crinière du cheval, son sabre traîne sur les cailloux, et la semelle de ses bottines rase la terre. Îl arrive au triple galop, car il brûle d'être au pied du tertre, il a vu sa bien-aimée, il l'avait devinée avant de la voir...Le sang du jeune Kosak bouillonne dans ses veines, son cœur bat, leurs yeux se sont rencontrés; elle vient audevant de lui, leurs bras s’entrelacent, leur première parole est un baiser! La parole est inventée pour feindre l'amour quand il n’est plus; la passion vraie, la passion qui domine l'âme ne s'exprime pàs, elle pénètre. Quel mot en dira jamais autant qu'un baiser, un serrement de main ? Le Kosak et la jeune fille n’ont point prononcé les mots : Je t'aime; les caresses, les

samtes caresses de l'amour sont leurs serments. Le Kosak cesse d’embrasser son amie pour la regarder; la jeune fille sourit, elle est heureuse, elle est confiante : elle se sent aimée.

« Mon fidèle coursier, dit le Kosak, m'a sauvé de la mort, je lui en rends grâces. Quel bonheur que la vie, la vie que tu donnes si belle et si bonne! La rose n’est pas si jolie que toi.

— Ah! cher Oztaf, je serais plus jolie sans les inquiétudes que j'ai eues pendant la guerre; mais une pauvre fille, loin de son bien-aimé, est comme une fleur privée d’eau.

— Tranquillise-toi, ma chère, nous ne nous quitterons plus, j'ai dit adieu aux miens, j'ai bu avec eux le dernier verre d’eau-de-vie, j'ai vu les Zaporogues pour la dernière fois sans doute; je suis auprès de toi, Mariette, et c'est pour toujours. » |

En prononçant ces mots, Oztaf devint pensif:

les larmes qu'il avait versées en quittant son pays lui revenaient au cœur. Sa moustache s'abattit sur ses lèvres, ses sourcils se froncèrent.… Mariette vint s'appuyer sur son épaule et Caressa ses cheveux; . .. elle avait tout compris, et elle l’aimait mieux encore en le voyant souffrir.… Ostaf restait pensif, mais tout à coup il relève la tête, et dit:

« Le passé ne reviendra plus; allons, Mariette, allons nous jeter aux pieds de tes parents, et supplions-les de bénir notre amour. Laissons jà la pique ét le sabre, et prenons la charrue et la bêche. »

Et ils s’'acheminèrent vers le village ; le cheval blanc les suivait.

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Le vieux père et la mère de Mariette étaient assis devant la chaumière; les fils aînés étaient aux champs avec le bouvier, et les petits, à cheval sur des bâtons, couraient dans la cour.

« Femme, dit le père d’un air triste et pénétré, ce Kosak Zaporogue a tourné la tête à notre fille; elle n’est bonne ni au travail ni au plaisir, elle lasse tout son temps sur le tertre, elle le cherche des yeux, elle l'appelle, elle veut lattirer ; et lui, ‘court la Valaquie et la Moldavie. »

La mère aurait bien voulu défendre sa Mariette, mais elle ne savait quelle excuse inventer : elle s’en prit à Dieu, la pauvre femme!

« Si ce Kosak plaît tant à notre fille, c'est que

Dieu l’a voulu, dit-elle, et tout s'arrangera peutêtre pour le mieux. »

Pendant qu'ils discouraient ainsi, Mariette et Oztaf se présentèrent devant eux. Oztaf fit d'humbles salutations, et Mariette, rouge comme une framboise, n’osait lever les yeux. Les enfants agaçaient le cheval, jouaient avec sa crinière, lui tiraient la queue, et celui-ci se laissait faire, comme s'il avait le pressentiment de ce qui se passait. ‘?

On invita Oztaf à entrer dans la chaumière :

on mangea, on but de l’eau-de-vie, après quoi Oztaf dit aux parents : « Monsieur le père et vous madame la mère, je viens ici pour votre fille; si vous consentez à me la donner en mariage, j'appendrai mon sabre, ma pique, je cultiverai Ka terre, et je resterai chez vous jusqu'au jour où j'aurai bâti une chaumière; mais si vous me refusez votre fille, je serai au désespoir, et j'irai encore exposer ma vie contre les Tatars. Quant à Mariette, je ne sais ce qu'il en adviendra, car

1 elle m'aime de tout son cœur.»

Le père et la mère réfléchirent, et Mariette, debout près du poêle, n’osait dire un mot. Après quelques moments de silènce qui parurent des heures au jeune Kosak, le père dit enfin :

« Puisque tu es las de courir le monde, et que notre fille te plaît, envoie-nous des fianceurs, et nous verrons à arranger le mariage. »

Oztaf, après avoir fait des remerciments, alla chez les voisins pour les prier de faire sa demande.

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