TOME il
Au 31 décembre de l'année 1828, première année d'existence, le capital de la Banque était :
fl.dePol 19,C99,440.gr.H
Les capitaux et dépôts confiés à la Banque, y compris le fonds pour le service de la dette publique, s'élevaient
déjà à fl. de Pol 20,562,714 17
Les billets en circulation, à. . ........... 8,966,175 •
Les avances de la Banque montaient à 45,593,669 20
Son bénéfice net était de 10,874 p. 100.
Au 31 décembre 1830, troisième année d'existence, la Banque avait déjà prospéré d'une manière remarquable.
Son capital était au complet, fl 30,000,000 »
Les dépôts et capitaux à elle confiés, y compris le fonds restant sur le service de la dette publique, s'élevaient à 95,630,764 2
Les billets en circulation, à . 17,656,000 »
L'escompte et les avances de Banque sur nantissement, à 139,989,533 22
Son bénéfice net était de 8,655 p. 100.
Cette diminution de bénéfice, comparativement à l'année 1828, provenait de l'estimation de l'inventaire, non au prix coûtant, mais au cours auquel les événements de France, de Belgique et de Pologne avaient fait Qéchir toutes les valeurs.
C'est dans cet état que la Banque fut surprise par la révolution du 20 novembre 1830.
On conçoit l'influence que devait exercer sur les événements du jour la présence d'un capital disponible aussi considérable, surtout lorsque l'on songe que sur ce capital plus de 60,000,000 de fl. appartenaient au gouvernement.
Celte somme provenait en grande partie de l'emprunt fait au nom de l'Eut par l'entremise de la Banque en 1829, lors de la guerre de Turquie ; elle était à la disposition du gouvernement local; le gouvernement national établi à la suite de la révolution en a hérité ; c'est ce capital qui a permis de soutenir, pendant trois cents jours, celte lutte opiniâtre qui n'a jamais faibli, faute de fonds, et dont les chances n'ont tourné contre la nation qu'à cause des obstacles apportés par les gouvernements voisins à l'introduction en Pologne d'un fusil ou d'une livre de salpêtre.
Le président Ielski, alors charge du portefeuille des finances, avait déclaré en janvier 1831 , devant les Chambres réunies, qu'il avait en caisse les fonds nécessaires pour soutenir la lutte pendant une année. En effet, le budget de guerre,
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calculé pour cent mille hommes de troupes, ne présentait pas de déficit; mais, comme la guerre pouvait se prolonger, il fallait se mettre en mesure d'y parer à l'aide de nouvelles ressources. Un emprunt national fut décrété. Il fut fixé à 60,000,000 de florins de Pologne, en billets de 600 florins chacun, portant 4 p. 100 d'intérôls, cl auxquels, pendant les six premières années, étaient attachées des primes de 150 florins à 600 florins de Pologne. Cet emprunt devait être amorti progressivement en trente et une années ; il s'effectuait, non-seulement dans l'intérieur, mais encore à l'étranger. 11 donna lieu à un fuit rare , et dont les annales de l'histoire financière présentent peu d'exemples.
Les souscriptions se multipliaient en France et en Angleterre, sous la direction de Ielski ; les versements s'opéraient, lorsque survint la désastreuse nouvelle de l'occupation de Warsovie et de l'issue fatale de la guerre de Pologne.
Heureusement, les versements prrçusn étaient point encore entamés ; le président Ielski publia aussitôt leur remboursement, et il eut du moins la consolation de voir les amis de la Pologne échapper, pour leur part dans cet emprunt, aux désastres du pays.
11 est une justice que l'on ne peut refuser à la Pologne, c'est qu'en général, et pendant toat le cours de la guerre terrible de 1831, elle a prouvé à quel point elle savait respecter ses engagements.
Quelques mois avant les événements du 29 novembre 1830, une convention avait été conclue avec la Prusse, au sujet des créances hypothécaires et des propriétés possédées eu Pologne par des institutions prussiennes, et dont le gouvernement polonais s'était rendu acquéreur. Un terme des indemnités fixées avait été acquitté ; le second, s'élevanta plus de 5,000,000 de florins, devait échoir en l'année 1831. La i éclata. Tout présageait une guerre d'c tioo, le gouvernement prussien prenait une attitude hostile vis-à-vis du royaume; la créance n'en fut pas moins portée sur le budget, et sanctionnée par la diète.
On a déjà vu que, dans l'année 1828, lors de la guerre de Turquie, le royaume avait fait on emprunt; il s'élevait à 42,000,000; il était constitué en billets de 300 florins de Pologne, auxquels, pendant les vingt-cinq années qui formaient le terme de son amortissement définitif, étaient attachées des primes graduées; le
tirage était Gxé au mois de mars; la plupart de ces billets circulaient en Prusse et même en Russie; le canon grondait sons les murs de Warsovie ; la Banque, cependant, accomplissait le tirage, et ordonnait;! ses correspondants dans l'étranger le paiement des lots, dans quelque pays que les litres fussent présentés.
La Société territoriale, de son côté, a rempli les mêmes obligations par semestre, au sujet du service et de l'amortissement des lettres de gage, et cela deux fois dans le courant de la lutte.
Après la nuit du 29 novembre , on vit les porteurs de billets se précipiter en foule vers in Banque dont ils encombraient les portes; le conseil de la Banque délibérait sur la question de savoir s'il laisserait épuiser les caisses; on songeait à des expédients, on parlait de temporisation et de lenteurs à opposer à cette impatience. La direction de la Banque fit rejeter de tels moyens ; elle fit au contraire ouvrir les portes et les fenêtres, afin de multiplier l'échange des billets par toutes les issues; les porteurs d'effets d'une valeur importante eurent leur guichet à part, pour ne pas faire attendre ceux qui étaient nantis de valeurs moindres. — Cette mesure porta ses fruits, on rendit hommage à la bonne foi qui l'avait dictée ; dès le troisième jour les accès furent débarrassés, l'afOuence diminua successivement, et l'on finit par rapporter à la Banque l'argent qu'on en avait retiré : on trouvait plus de sécurité à garder des billets si bien servis que les espèces elles-mêmes.
Plus tord, à quelque degré de gravité et de perturbation que soient parvenus les événements, la Banque a su conserver la même attitude, et jamais elle n'a été dans le cas de suspendre le paiement de ses billets.
Il est encore un fait bien digne de remarque qui signale cette époque de rudes épreuves, c'est qu'elle se passa sans amener une seule faillite.
L'honneur en appartient à la Banque ; ses escomptes et ses avances étaient nombreux : si elle en eût réclamé impérieusement le paiement, elle eût ruiné bien des maisons, sans se garantir d'une perte certaine. Elle préféra une marche toute paternelle, elle se plia aux convenances de
ses débiteurs; elle eut lien de s'en applaudir, car le commerce et l'industrie ont supporté le choc, et les avances de la Banqtie sont rentrées avec le temps.
Si la Banque a fait preuve de discernement et surtout de respect pour les engagements contractés, elle a vu le même respect entourer son établissement et ses caisses; la nuit du 39 novembre, le bataillon du 4* de ligne vint se ranger de luimême sous ses péristyles pour la protéger, et le lendemain, les députés présents à Warsovie l'ont placée sous la sauvegarde de la représentation nationale.
La Banque devait tenir à la disposition du gouvernement national les fonds que l'ancien gouvernement lui avait confiés; mais ses propres fonds, ainsi que les fonds et les c'épôts privés, ont toujours été respectés et maintenus intacts.
A l'approche de l'ennemi, en février, la translation de la Banque à Kielcé, palatinal de Krakovie, a été décrétée ; les victoires l'ont ramenée à Warsovie; et lorsqu'après la chute de la capitale, les ciisses de la Banque ont suivi l'armée, ses deniers sont entrés intacts dans le royaume de Prusse. Parmi les hommes qui les accompagnaient et qui tous, abandonnant le sol natal, n'avaient plus pour perspective que la misère et l'exil, il ne s'y trouva pas une main qui osât y puiser une ressource en se retranchant derrière les exigences du moment. C'est de Thorn qu'on a rapporté ces caisses à Warsovie.
Il restait entre les mains du président Ielski (alors a Londres) des valeurs qui s'élevaient à environ 45,000,000 de florins. Il était résolu de partager le sort de l'émigration ; il fit à l'égard de la Banque ce qu'il avait fait à l'égard des tiers lorsqu'U était à la tête de cet établissement : il renvoya ces valeurs à la Banque de Warsovie, qui, en 1833, lui envoya l'acquittement de ces comptes après l'apurement.
Tout a changé en Pologne: constitution, armée, administration, et jusqu'aux divisions territoriales du royaume ; deux institutions seules sont restées intactes, la Société territoriale et la Banque.